Sortie ciné. Garance avec Adèle Exarchopoulos : le portrait noyé d’une jeune actrice alcoolique
C’est sans doute facile, mais tant pis. Garance dans Garance est une femme de verre : elle boit (trop), elle se brise (beaucoup). Avant que de tomber, la chronique scénarise sa chute progressive, de l’alcoolism...
C’est sans doute facile, mais tant pis. Garance dans Garance est une femme de verre : elle boit (trop), elle se brise (beaucoup). Avant que de tomber, la chronique scénarise sa chute progressive, de l’alcoolisme mondain festif à l’addiction chronique morbide. C’est le motif central de Jeanne Herry : la vie noyée à l‘éthanol. Avec tout ce que cela casse : la santé, le boulot, les amis, les amours. Garance en plus est intermittente du spectacle, précaire, cavalant pour joindre les deux bouts entre petits théâtres et petits boulots de doublage.
Le portrait est travaillé en surcouche, à l’opaque, sans aucun nuancé. Mais l‘épaisseur d’un trait n’est pas toujours synonyme de profondeur ni de complexité stimulantes. Ce personnage est assez transparent dans l’illustration démonstrative de ses gouffres, intimes comme sociaux. Et le scénario n’est pas sobre en sujets, démultipliés : « J’ai tendance à charger mes films », assume Jeanne Herry (Elle l’adore, Pupille, Je verrai toujours vos visages).
La dévastation alcoolique et ses conséquences
Au noir s’ajoute du blanc, l’amour retrouvé, ça sauve du marasme : Sara Giraudeau est une sorte d’ange de douceur et de patience, tombée du ciel. Les ailes lui vont bien et donnent de l’air bienvenu au film. L’actrice est subtile, dans un récit qui ne l’est pas tant que ça, tout à son souci de filmer et marquer la dévastation alcoolique et ses conséquences. « L’alcool c’est une béquille le soir, c’est un coup de poing dans la tête le lendemain matin », assène un personnage avec force didactisme, une espèce d’enseignement qui traverse tout le film, qui plus d’une fois paraît avoir été envisagé dans une perspective de prévention plus que de romanesque, comme si le film se devait d'être rassurant face aux ombres menaçantes de l’alcoolisme, traité en conscience et avec lucidité.
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Puisqu’il s’agit d’une histoire de vie chaotique, sur huit ans, de l’effondrement à la relève, en passant par la dévastation et la grande histoire d’amour, le récit va vite. La caméra d’Antoine Cormier traque d’abord en plans rapprochés le visage du cauchemar, puis s’en dégage pour faire sien l'élan vital retrouvé de Garance, menacée de mort imminente - un élément du scénario auquel on ne prête guère de foi.
L’énergie dramatique d’Adèle Exarchopoulos
Adèle Exarchopoulos, avec sa manière à elle, risque-tout, ne ménage pas sa peine, son corps, en quête d’une physicalité épuisée pour arracher la vérité de son personnage abîmé, comme s’il avait été découpé dans un morceau de réalité. Elle ne fait pas les choses à moitié pour faire oublier qu’elle joue et que tout cela c’est que du cinéma. La voilà avec de la bave, de la morve, des larmes, de la niaque ou au contraire de l’apathie. Et pour jouer une comédienne qui joue la comédie, rôle démultiplié d’une surprésence, elle se donne avec un surcroît d‘énergie dramatique pour qu’on croie avec elle à la femme qui morfle et qui se bat, en marche vers la résilience et découvrant l’amour comme réparation.
Le film doit beaucoup au naturel brut du jeu sensible d’Adèle Exarchopoulos, ici tour à tour vulnérable, triste, harassée, remontée, amoureuse. Sa performance viscérale rehausse ce portrait intime de femme dans tous ses états. On songe en la voyant, à Gena Rowlands dans Opening night (1977) de John Cassavetes, jouant une vieille actrice de théâtre alcoolique, hantée et abandonnée, sans artifice de jeu.
Garance de Jeanne Herry, en salles dès ce mercredi 23 septembre. Durée : 1 h 55.