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Social. « Il y a un effet de contagion » : comment les mobilisations lycéennes en France inspirent à l’étranger

Près de trois semaines après le début du mouvement lycéen en France, l’importance des événements a généré une couverture médiatique conséquente. Ils suscitent l’intérêt par-delà les frontières. La présence mard...

Près de trois semaines après le début du mouvement lycéen en France, l’importance des événements a généré une couverture médiatique conséquente. Ils suscitent l’intérêt par-delà les frontières. La présence mardi de la militante suédoise Greta Thunberg devant le lycée Paul Éluard à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en témoigne. Ainsi, des préoccupations similaires se sont fait entendre dans d’autres pays, dans lesquels des jeunes ont également montré leur mécontentement.

« Il y a un effet d’identification des jeunes aux mouvements, avec une tranche d’âge qui semble toujours être le parent pauvre des politiques publiques, souligne la sociologue Valérie Becquet (*), professeure à Cergy Paris Université. Les médias font écho des mobilisations à l’échelle mondiale. Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle, on voit que ça circule partout. »
« Faisons comme en France »

En Belgique francophone, les blocages en France ont probablement relancé la contestation des jeunes jusqu’à Bruxelles contre des réformes sur l’éducation validées en juin, avec des revendications similaires. « Il y a un effet de contagion propre aux mouvements sociaux, explique le sociologue Paulo Stuppia (*), professeur à Sciences Po Paris. Dans l’Union européenne, les politiques d’austérité qui touchent la jeunesse sont un peu les mêmes. »

Comme en France, la contestation en Belgique a mené à des débordements et à de nombreuses arrestations.   Photo Sipa /Jonas Roosens
Comme en France, la contestation en Belgique a mené à des débordements et à de nombreuses arrestations. Photo Sipa /Jonas Roosens

L’inspiration est ouvertement revendiquée en Italie avec le slogan « Come in Francia » (Faisons comme en France, NDLR). Des organisations étudiantes y ont également dénoncé l’état des établissements et le manque de moyens pour l’enseignement. Comme en Espagne, des jeunes manifestent aussi contre le coût du logement. En Allemagne fin septembre, lycéens et étudiants avaient manifesté contre la perspective du retour du service militaire obligatoire, un projet du gouvernement du chancelier Friedrich Merz. Des nouveaux appels à manifester sur le modèle des mobilisations en France ont été lancés.

A Turin, l'institut Lagrange a été occupé par les étudiants le 6 octobre, en soutien aux blocus en France. Photo Sipa/Daniele Solavaggione

A Turin, l'institut Lagrange a été occupé par les étudiants le 6 octobre, en soutien aux blocus en France. Photo Sipa/Daniele Solavaggione

Phénomène de « népalisation »

Paulo Stuppia explique qu’il y a « de nombreux points communs » entre les mouvements récents et ceux de la Gen Z dans les pays du Sud l’année dernière, au Népal notamment, mais aussi au Maroc, à Madagascar ou en Indonésie. « Aujourd’hui, tout le monde s’y retrouve, il y a la culture pop en commun avec le symbole du drapeau dans le manga One Piece », précise-t-il. On parle ainsi de « népalisation », indique Valérie Becquet, « en particulier dans la manière dont les mouvements essaiment d’un pays à un autre ». Ceux-ci ne seraient donc qu’une continuité logique de la vague de protestation de la jeunesse dans le monde ces derniers mois.

En Inde, le mouvement d’opposition des « cafards » porté par les jeunes est toujours mobilisé. Paulo Stuppia relève qu’il s’agit plutôt « d’un camp progressiste » de la jeunesse, qui se soulève contre plusieurs choses, telles que le réchauffement climatique, les moyens financiers qui lui sont réservés, les priorités des politiques ou encore les conditions de genre. « Il y a une superposition des causes qui mène à des revendications variées. Cela traduit, à mon avis, des questions qui sont vraiment systémiques », conclut le sociologue.

(*) Auteurs du livre Géopolitique de la jeunesse (éd. Le Cavalier Bleu)