“Si on veut encore réaliser des économies dans la santé, il faudra nous dire comment faire”
Pedro Facon, le patron de l'Inami, assure qu'il exécutera loyalement les économies demandées par le gouvernement fédéral. Mais il met en garde contre de nouvelles mesures qui toucheraient les patients et les soignants. Il vaut mieux, selon lui, travailler à des réformes structurelles sur l'organisation des soins.
Il fut le "Monsieur Covid" du gouvernement durant la pandémie, de 2020 à 2022. Pedro Facon revient sur le devant de la scène en tant qu'administrateur général de l'Inami, l'Institut national de l'assurance maladie-invalidité, un poste qu'il occupe depuis le 1er janvier. Son département fait l'objet de toutes les attentions politiques en raison des énormes budgets qu'il gère, dédiés aux soins de santé (assurance maladie) et à l'incapacité de travail (assurance invalidité). Il prévient : attention aux économies sur le dos des patients et des soignants. Il vaut mieux privilégier, dit-il, des réformes systémiques permettant de mieux utiliser les moyens disponibles.
"Les mutualités ont un rôle à jouer auprès des patients qui demandent des soins injustifiés sur le plan scientifique"Une note de l'Inami a beaucoup fait parler d'elle la semaine dernière. Elle chiffre des pistes d'économies dans les soins de santé, telles qu'un doublement du ticket modérateur (la part que paie le patient pour ses soins) ou l'instauration d'une franchise comme dans le secteur des assurances. Qui vous a demandé d'écrire cette note ?
Cette note intègre la préparation du budget 2027 du gouvernement fédéral. En juin, ce dernier a demandé aux administrations de calculer les mesures reprises dans un inventaire du Bureau du Plan. Chaque parti de la coalition pouvait aussi introduire quelques mesures supplémentaires pour les faire chiffrer. Il est important de préciser que ce ne sont pas des propositions de l'Inami.
Tensions dans l'Arizona autour des économies à réaliser dans les soins de santéPlaidez-vous néanmoins pour certaines de ces mesures ?
Non, ce n'est pas notre job. C'est à la politique de décider. Le déficit au niveau fédéral est de 25 milliards d'euros. Le gouvernement a l'objectif de trouver 10 milliards d'ici à 2029. Je ne suis pas naïf. Je sais que l'on regarde notre secteur. On sent qu'on est au centre du débat politique et médiatique depuis quelques mois, ce qui est normal vu qu'on représente 19 % des dépenses publiques totales. On a un budget d'environ 64 milliards d'euros pour les soins de santé et l'invalidité. C'est presque autant que le budget du gouvernement flamand. Mais je veux rappeler qu'on a déjà un programme d'économies prévu. Il va devoir être réalisé. Si on ajoute encore des économies supplémentaires, il faudra nous dire comment on va faire. Selon le Bureau du Plan, l'augmentation naturelle des dépenses en soins de santé est de 2,7 % par an à politique inchangée. C'est plus que la norme de croissance actuelle du budget des soins de santé (2 % en 2026 et 2027, NdlR). Cela montre qu'il y a déjà une tension. Quand on parle d'économies, il est important de bien réfléchir aux mesures que l'on prend. Elles doivent, d'une part, protéger les patients et, d'autre part, permettre de dépenser l'argent de manière plus efficiente avec des réformes systémiques, par exemple dans le paysage hospitalier ou l'organisation des soins en général.
guillementJe ne suis pas naïf. Je sais que l'on regarde notre secteur. Mais je trouve qu'il y a une attention sélective de la part de la classe politique, dictée par l'idéologie.
Vous craignez que de nouvelles mesures d'économie se fassent sur le dos des patients ?
Je constate simplement que, dans les propositions que nous avons chiffrées, on pense rapidement à des mesures qui touchent le patient. Les débats sur la part que le patient paie pour ses soins sont légitimes. Le gouvernement a décidé l'année passée d'adapter le ticket modérateur de certains médicaments, comme les statines et les IPP. Mais je pense qu'on ne doit pas toujours regarder les patients ou les professionnels de santé, qui pourraient par exemple ne pas recevoir l'indexation de leurs honoraires. Ces mesures ont l'avantage d'être techniquement faciles à implémenter et leur rendement budgétaire est assez sûr et rapide. Les réformes systémiques sont beaucoup plus compliquées à mettre en place, elles prennent plus de temps. Mais leur rendement est plus important et, en plus, elles épargnent les patients. On doit faire attention : certaines mesures pourraient impliquer que des groupes vulnérables reportent leurs soins, ce qui engendrerait encore plus de coûts à long terme (car lorsque ces patients vont finalement voir un médecin, la pathologie est plus avancée et le traitement plus cher, NdlR).
"Pour ces patients, cela représente 130 euros de plus par an": Frank Vandenbroucke veut augmenter le ticket modérateur de certains médicamentsD'ici à 2029, le gouvernement attend de l'Inami qu'il réalise 684 millions d'euros de "gains d'efficience" sur ses budgets (dont 247 millions dès 2028). Une économie de 1,9 milliard est programmée sur l'incapacité de travail. Et, selon les dernières estimations, il faudra résorber un dérapage de 638 millions (dont 171 millions en 2027) sur le budget des soins de santé. Toutes ces économies vous paraissent-elles réalistes ?
Ce n'est pas à un fonctionnaire de décider de l'orientation politique. Les économies qui ont été convenues par le gouvernement, on doit les réaliser. On est en train de développer des mesures pour y arriver. Mais ce qui m'inquiète, c'est qu'une illusion s'est créée selon laquelle il serait facile d'encore ajouter des économies. Je demande un effort juste. Il y a beaucoup d'attention pour notre secteur, peut-être moins pour d'autres. L'Inami a reçu 30 ou 40 mesures à évaluer. On l'a fait. Mais je voudrais savoir si d'autres administrations ont aussi fait cet exercice. Je voudrais aussi savoir comment avance le débat sur les missions clés de l'État. J'estime que l'Inami effectue l'une de ces missions clés. C'est peut-être moins le cas ailleurs. La société et le gouvernement peuvent attendre que l'on gère de manière efficace nos budgets. Je voudrais qu'on ait la même sévérité avec tous les secteurs. Je trouve qu'il y a une attention sélective de la part de la classe politique, dictée par l'idéologie.
À quels secteurs pensez-vous ?
Ce n'est pas à moi de le dire. Il faut cultiver son jardin. Le mien, c'est l'assurance maladie et l'assurance invalidité. Si chaque ministre regarde de manière correcte dans ses budgets, je pense qu'il y a des possibilités.
La suite de l'interview avec Pedro Facon est à découvrir ici...
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