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Shahed: des technologies occidentales aux composants chinois, comment l’Iran a transformé un drone low-cost en l’une des armes les plus emblématiques de la guerre moderne

Des frappes iraniennes dans le Golfe aux attaques russes en Ukraine, le Shahed est devenu l'un des symboles de la guerre des drones. Petit, peu coûteux et produit en masse, cet appareil repose aussi sur une chaîne technologique mondialisée, avec de nombreux composants venus de Chine, parfois via des...

Shahed: des technologies occidentales aux composants chinois, comment l’Iran a transformé un drone low-cost en l’une des armes les plus emblématiques de la guerre moderne

Publié aujourd'hui à 07h48

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Comment le drone Shahed est devenu l’une des armes les plus emblématiques de la guerre des drones (illustration)

Comment le drone Shahed est devenu l’une des armes les plus emblématiques de la guerre des drones (illustration) - BFM Tech

Des frappes iraniennes dans le Golfe aux attaques russes en Ukraine, le Shahed est devenu l'un des symboles de la guerre des drones. Petit, peu coûteux et produit en masse, cet appareil repose aussi sur une chaîne technologique mondialisée, avec de nombreux composants venus de Chine, parfois via des circuits d'approvisionnement détournés ou difficiles à tracer.

Le "Shahed-136" et ses différentes variantes sont devenus l’un des symboles de la guerre des drones. Petit, relativement peu coûteux et capable de frapper à longue distance, ce drone d’attaque iranien est utilisé massivement par la Russie en Ukraine depuis 2022, notamment pour saturer les défenses aériennes et viser des infrastructures critiques. Des appareils de ce type ont également été employés au Moyen-Orient et même au Mali par les forces maliennes et leurs supplétifs russes.

Son succès repose notamment sur son faible coût, estimé à quelques dizaines de milliers de dollars par appareil, sa longue portée et sa simplicité d’emploi. Lancés en nombre, les Shahed peuvent saturer les défenses adverses et les contraindre à utiliser des intercepteurs bien plus coûteux. Leur petite taille et leur faible signature radar compliquent également leur détection, tandis que leur guidage par coordonnées permet de les programmer avant le lancement, sans nécessiter de pilotage à distance.

Petit, peu coûteux et produit en masse, cet appareil repose aussi sur une chaîne technologique mondialisée (infographie BFM Tech, sources: CSIS, Wall Street Journal, AFP)
Petit, peu coûteux et produit en masse, cet appareil repose aussi sur une chaîne technologique mondialisée (infographie BFM Tech, sources: CSIS, Wall Street Journal, AFP) © BFM Tech

Pour développer le Shahed, l’Iran s’est initialement appuyé sur des technologies inspirées notamment de modèles américains et ouest-allemands. Le drone est ainsi en partie né de l’isolement technologique de l’Iran, qui cherche depuis plusieurs décennies à développer une industrie militaire autonome, tout en restant dépendant de composants et de technologies étrangers pour certains éléments clés.

C’est notamment le cas du moteur. L’Iran s’est d’abord appuyé sur le L 550 E, un moteur de conception allemande fabriqué par Limbach Flugmotoren. Selon des documents diplomatiques américains, cités par le Wall Street Journal, Téhéran aurait réussi à s’en procurer grâce à des intermédiaires et à de faux documents. Plus largement, certains composants occidentaux auraient transité par des sociétés écrans en Chine continentale ou à Hong Kong afin d’en dissimuler l’origine.

Au fil du temps, l’Iran a toutefois cherché à remplacer ces composants par des productions locales. Le pays a notamment développé sa propre version du moteur, qui reste dépendante de pièces chinoises. Une entreprise chinoise avait commencé à distribuer les moteurs Limbach dès 2012, avant de racheter le fabricant allemand en 2017. Des intermédiaires chinois auraient également facilité l’achat de pièces destinées aux Shahed, faisant de la Chine un maillon important de la chaîne d’approvisionnement de ces drones iraniens.

Pièces et composants chinois

Le département du Trésor américain a d'ailleurs sanctionné Xiamen Limbach Aircraft Engine, la filiale chinoise du fabricant allemand, pour avoir fourni des moteurs à la Russie dans le cadre de son programme de drones. Ma Jie, un homme d’affaires chinois, a également été visé par les sanctions américaines, Washington l’accusant d’avoir facilité l’approvisionnement iranien en composants destinés aux moteurs des Shahed, notamment en mettant en relation des responsables de la défense iranienne avec des fournisseurs chinois et en utilisant des entreprises basées en Chine et à Hong Kong.

"Pendant longtemps, la fabrication du Shahed reposait principalement sur l’acquisition de composants occidentaux. C’était un aspect primordial", a expliqué Kerri Bitsoff, ancienne responsable du Trésor américain, au Wall Street Journal. "Aujourd’hui, je pense que la situation a évolué, car la Chine a considérablement renforcé ses capacités de fabrication de pièces et de technologies de ce type."

Une affiche représentant des images symboliques de l'ancien commandant de la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), le général de division Qassem Soleimani, , le 6 janvier 2026 (photo d'illustration)
Une affiche représentant des images symboliques de l'ancien commandant de la Force Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), le général de division Qassem Soleimani, , le 6 janvier 2026 (photo d'illustration) © Photo de Morteza Nikoubazl/NurPhoto

Mais les sanctions américaines ne semblent pas avoir véritablement freiné la diffusion du drone, devenu, avec ses différentes variantes, l’un des "best-sellers" de l’industrie de l’armement iranienne. En 2022, Téhéran aurait ainsi conclu avec la Russie un accord portant sur plus de 13.000 Shahed, ainsi que sur des composants et des équipements destinés à leur production, pour un montant d’environ 324 millions de dollars, à en croire le quotidien financier américain.

Le Shahed reste par ailleurs un engin particulièrement létal. Sa première attaque meurtrière connue remonte au 29 juillet 2021, lorsque l’un de ces drones a frappé le pétrolier Mercer Street au large d’Oman, tuant son capitaine roumain et un agent de sécurité britannique. Depuis, le Shahed et ses variantes continuent d’être utilisés sur plusieurs théâtres de guerre: massivement par la Russie en Ukraine, mais aussi par l’Iran et ses alliés au Moyen-Orient. Dans des conflits de plus en plus asymétriques et où les coûts peuvent exploser de manière impressionnante, le Shahed prévaut par son rapport qualité-prix, en quelque sorte, parce que l'argent sera toujours le nerf de la guerre.

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