“SFR, c’est nous”: en grève, les salariés de SFR, bientôt racheté par Bouygues Telecom, Free et Orange, dénoncent “un gâchis” et un “plan social catastrophique”
En grève ce 24 septembre 2026, les salariés de SFR confessent un sentiment de résignation, mais la plupart veulent encore se battre pour préserver les emplois et "faire payer un actionnaire maltraitant".
"SFR, c'est nous": en grève, les salariés de SFR, bientôt racheté par Bouygues Telecom, Free et Orange, dénoncent "un gâchis" et un "plan social catastrophique"
Publié aujourd'hui à 19h28
Lire dans l'appEn grève ce 24 septembre 2026, les salariés de SFR confessent un sentiment de résignation, mais la plupart veulent encore se battre pour préserver les emplois et "faire payer un actionnaire maltraitant".
À quelques mois de la probable signature finale actant le rachat de l'opérateur SFR par un consortium composé de Bouygues Telecom, Free et Orange, la résistance s'organise chez les salariés. Toujours officiellement entre les mains d'Altice, SFR est en vente alors que son actionnaire principal, le milliardaire Patrick Drahi, doit rapidement trouver des fonds pour soutenir son immense dette auprès de ses créanciers.
Le rachat, s'il est finalement signé et validé, va voir SFR être revendu à la découpe entre les trois opérateurs restants. La procédure, toujours en cours, pourrait ne pas être finalisée avant 2028, au mieux, alors qu'une décision de l'Autorité de la concurrence est attendue d'ici fin 2027. Un délai qui ne permet pas d'apaiser la situation, nous souffle-t-on du côté du consortium d'opérateurs, qui indique néanmoins avoir organisé six journées de négociations avec les représentants du personnel jusqu'à présent, d'autres étant évidemment déjà prévues.
3.000 salariés encore dans l'incertitude
Car si les abonnés et équipements vont être redistribués, les salariés, eux, sont les grands oubliés de ce futur plan, estiment-ils. Environ 5.000 personnes vont être reprises, quand SFR en compte actuellement de 8.000. Ce mouvement de grève ce 24 septembre 2026 est donc un moyen d'alerter les pouvoirs publics d'une casse sociale de grande ampleur en approche.
Sur le parvis de l'immense campus Altice, les salariés ont répondu en nombre aux appels des différents syndicats de SFR. Dès midi, des représentants du personnel jouaient du mégaphone dans la cour de l'immense bâtiment regroupant plusieurs milliers de salariés afin de les alerter que "la grève commençait à 13h30".
À l’extérieur, face au ministère des Armées, un seul mot d'ordre: "SFR, c'est nous!".
Face à une petite scène improvisée, des centaines de salariés. L'abattement et la résignation se lisent sur la plupart des visages, comme celui de Geneviève, qui travaille chez SFR depuis 17 ans: "On ne se voile pas la face, on sait que ce rachat va se faire. Mais ce qu'on veut, c'est être entendu, qu'il y ait plus de nos collègues qui soient repris."

Thomas Reynaud (Iliad) : Rachat SFR, quel avenir pour les salariés ? - 01/09
7:22
"On est loin d'un projet socialement responsable, comme on a pu l'entendre au moment de son annonce", constante pour BFM Tech Olivier Lelong, représentant CFDT. "C'est une véritable casse sociale, qui fait beaucoup de mal aux salariés. SFR est une entreprise qui gagne de l'argent, alors où est-il parti?".
Une absence politique qui interroge
"Nous allons continuer à nous battre", lance Jérôme, technicien fibre chez SFR depuis quinze ans. "SFR, c'est déjà une bonne partie de ma vie, j'y ai rencontré mes meilleurs amis. Le voir disparaître de cette manière, c'est dégoûtant."
Les salariés interrogés sur le piquet de grève s'inquiètent aussi de l'absence de réaction politique: "On est à huit mois de la présidentielle, des milliers de personnes vont peut-être se retrouver sur le carreau, et personne n'en parle. On est complètement oublié, notamment par le gouvernement qui ne voit que la partie clients", juge Céline, qui est entrée chez SFR au tout début des années 2000.
Les représentants syndicaux s'alarment également de l'impact psychologique d'une telle situation: "Les salariés sont démotivés, mais sont aussi dans une incertitude terrible, ça pèse sur le moral", ajoute Olivier Lelong.
Le rôle trouble de Patrick Drahi dans le destin de SFR pointé du doigt
Tous pointent du doigt le rôle de Patrick Drahi dans la situation actuelle. Et notamment la manière dont l'homme d'affaires aurait utilisé les fonds et la rentabilité de l'opérateur pour éponger les dettes d'Altice. "Ce n'est pas la faute des salariés si aujourd'hui, SFR perd des clients, ce sont les choix de la direction et les changements incessants de politique qui ont mené à cette situation", souligne Olivier Lelong, qui dénonce également un "gâchis" et un "plan social catastrophique".
Même chose du côté des filiales, où l'incertitude demeure: "Chez Coriolis (MVNO, opérateur mobile virtuel, propriété d'Altice, NDLR), on va disparaître, on va être aspiré et on ne sera pas tous repris," s'alarme un autre représentant syndical.

Interrogé par BFM Tech au sujet de ce mouvement social, mais aussi du malaise en interne, Bouygues Telecom, principal bénéficiaire de ce rachat, explique avoir "une priorité": "Préserver l'emploi dans le cadre d'un projet industriel crédible, responsable et qui s'inscrit dans la durée."
Quant aux indemnités de départ, qui sont jugées insuffisantes par les représentants syndicaux au regard de celles qui avaient été négociées pour de précédents plans de licenciement chez SFR, Bouygues Telecom met les choses au point: "Pour les salariés qui choisiraient un projet professionnel extérieur, nous proposons des mesures d'accompagnement significatives. Pour un salarié au salaire médian de SFR, les indemnités proposées représentent près de trois années de salaire net."
L'opérateur explique par ailleurs être "pleinement engagé dans le dialogue" et fait état de discussions constructives avec les organisations syndicales. SFR, c'est eux, pour encore quelques mois, et leur combat continue.
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