Sécurité. Blocus des lycées : Laurent Nuñez interdit les grenades assourdissantes et défend sa doctrine
Une première mutilation puis une suspension. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé mercredi que l’usage des grenades de désencerclement assourdissantes était suspendu pour le mouvement lycéen, « le...
Une première mutilation puis une suspension. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé mercredi que l’usage des grenades de désencerclement assourdissantes était suspendu pour le mouvement lycéen, « le temps de comprendre mieux ce qu’il s’est passé ». Cette décision intervient après la mutilation d’un lycéen de 15 ans à Lens (Pas-de-Calais), lundi. Lors d’une manifestation, l’adolescent a eu une main arrachée à cause de cette arme, dans des circonstances qui restent encore à déterminer. Une enquête de l’IGPN devra notamment établir s’il a ramassé la grenade, ou si elle a atterri sur lui, et si le tir était réglementaire.
Laurent Nuñez a qualifié cette grave blessure « d’atteinte à l’intégrité physique très grave ». D’après le maire de Wingles, la commune proche de Lens où le jeune homme est domicilié, le lycéen a été amputé de la main gauche et a reçu une greffe.
Les grenades de désencerclement assourdissantes peuvent blesser très gravement. Photo Sipa/Alain Robert
Des précédents pour une grenade similaire
Selon des documents du fabricant de la grenade consultés par Le Monde, « après avoir parcouru environ 80 mètres, la grenade est censée se décomposer et éjecter le module contenant la composition pyrotechnique. Celui-ci doit alors tomber au sol, et exploser, avec pour objectif principal, un effet assourdissant avec un niveau sonore de l’ordre de 160 décibels à 10 mètres ».
Le journal compare cette puissance à celle de la grenade à effet modulaire lacrymogène GM2L, qui a déjà causé plusieurs mutilations. En 2021, un jeune homme participant à une rave party à Redon (Ille-et-Vilaine) avait eu la main arrachée, tout comme le pouce d’une manifestante pacifique à Rouen (Seine-Maritime) en 2023. Le syndicat Alliance Police nationale, plutôt en faveur de ce type d’armes, s’inquiétait alors des risques. Mais avec l’interdiction des grenades de désencerclement assourdissantes, les forces de sécurité devront sans doute se tourner vers ce modèle.
« Pas de retenue dans une intervention »
Plus tard dans la journée, Laurent Nuñez a défendu pied à pied sa gestion du maintien de l’ordre depuis le début du mouvement, rejetant tout changement de doctrine, devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. Face aux députés, le ministre de l’Intérieur n’a concédé aucune erreur stratégique, jugeant notamment « excessif de parler de répression policière ».
Le ministre a répété à plusieurs reprises qu’il ne « réviserait pas le schéma national de maintien de l’ordre (SNMO) ». « Il n’y a pas de retenue dans le principe d’une intervention », a-t-il insisté. Laurent Nuñez a rejeté l’abandon des armes intermédiaires (LBD, grenades, pistolets à impulsion électrique, etc.), alors que plusieurs personnalités politiques de gauche l’avaient demandé. Il a aussi donné un nouveau bilan depuis le 28 septembre : 6 629 interpellations, 761 policiers et gendarmes blessés, 215 élèves blessés, 89 enseignants blessés.