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Sécurité. Après les violences du 17 octobre, le gouvernement sommé de rendre des comptes

Sur les trottoirs du boulevard Magenta, les morceaux de vitrines fracassées crissent encore sous les pieds. On croise des entrelacs de vélos carbonisés, et des commerçants occupés à nettoyer. Paris s’éveille so...

Sur les trottoirs du boulevard Magenta, les morceaux de vitrines fracassées crissent encore sous les pieds. On croise des entrelacs de vélos carbonisés, et des commerçants occupés à nettoyer. Paris s’éveille sonné, et au fracas des mortiers et des grenades succède une cacophonie de questions. Pourquoi un tel fiasco ? Comment de telles scènes de pillages ont-elles été rendues possibles ? L’ampleur du mouvement a-t-elle été sous-estimée par le renseignement territorial ? Les forces de l’ordre étaient-elles assez nombreuses ?

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, se retrouve sur le gril. Les appels à sa démission se multiplient - occasion d’une rare unanimité entre une gauche qui l’accuse de jouer le pourrissement à des fins politiciennes, et une extrême droite qui l’estime incapable de maintenir l’ordre. « Laurent Nuñez est complètement dépassé et incompétent face à cet ensauvagement, il aurait du démissionner », a déclaré dimanche Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône. « Il m’a l’air dépassé, débordé, affolé. Il a démontré l’incapacité à faire face à un mouvement lycéen. Il doit partir », a jugé Alexis Corbière, député du groupe Écologiste et social de Seine-Saint-Denis, sur franceinfo.

À Paris, comme à Lyon et Marseille, les forces de l’ordre ont vite été submergées par l’étendue et l’intensité des violences. Photo Sipa

À Paris, comme à Lyon et Marseille, les forces de l’ordre ont vite été submergées par l’étendue et l’intensité des violences. Photo Sipa

Le nombre de casseurs sous-évalué

« Le dispositif n’était pas sous-dimensionné », s’est défendu le locataire de Beauvau samedi soir, attribuant la responsabilité des violences à l’ultragauche. Selon France Inter, le ministère de l’Intérieur avait prévu de déployer 42 compagnies de policiers et gendarmes dans la capitale, soit probablement de l’ordre de 4000 à 5000 hommes. La participation restait toutefois la grande inconnue. Le ministère de l’Intérieur semblait attendre entre 100 000 et 200 000 manifestants au niveau national, dont quelques dizaines de milliers à Paris. Selon le comptage du ministère de l’Intérieur, ils auront finalement été 550 000 dans l’ensemble du pays et 110 000 dans la capitale. Les organisateurs, eux, évoquent le chiffre de 800 000. C’est sans compter les milliers d’autres empêchés de rejoindre les cortèges officiels, ou surtout venus pour d’autres raisons. « On a sous-évalué le nombre d’individus, de casseurs, de militants d’extrême gauche et surtout le nombre gigantesque de jeunes de quartiers qui sont venus se mêler à cette casse dans les centres-villes », a reconnu Rudy Manna, délégué national du syndicat Unsa-Police, sur franceinfo.

Commission d’enquête parlementaire

Dans les Bouches-du-Rhône, la préfecture affirme avoir dénombré 30 000 pilleurs à Marseille, dont 8 000 qualifiés d’« émeutiers ». Les affrontements avaient été particulièrement violents dans la cité phocéenne, dont le maire socialiste Benoît Payan a demandé des comptes au gouvernement. « Je veux savoir ce qui s’est passé. Je veux savoir pourquoi, dans cette ville, des gens ont pu impunément casser », a exigé l’édile, qui affirme qu’une seule compagnie de CRS était déployée quand les violences ont éclaté.

Les maires des trois villes doivent être reçus prochainement par le Premier ministre Sébastien Lecornu, à leur demande. « Nous exigeons qu’un diagnostic précis soit établi, expliquant l’enchaînement d‘événements ayant abouti à cette situation », avaient écrit Emmanuel Grégoire, Grégory Doucet et Benoit Payan dans une lettre commune. Critiquant lui aussi l’insuffisance du dispositif policier, le maire de Limoges Guillaume Guérin (LR) a menacé dimanche de démissionner si l’État ne prenait pas en charge la reconstruction de l’Hôtel de Ville incendié.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé l’ouverture cette semaine d’une commission d’enquête, chargée tout à la fois d’examiner le « mode opératoire des groupuscules violents », mais aussi les « éventuels dysfonctionnements » en matière de maintien de l’ordre. Dans son allocution dimanche soir, le président Emmanuel Macron a promis de « la transparence » et il a demandé au ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, de « tirer toutes les leçons en matière de renseignement et d'anticipation ». 

Cellule de crise convoquée lundi

C’est aussi toute la doctrine du maintien de l’ordre, déjà dénoncée lors du mouvement lycéen, qui est pointée du doigt. La CGT a dénoncé samedi « la répression visant à empêcher la population de participer aux manifestations », estimant que le gouvernement portait la responsabilité politique de la montée des violences par son « refus obstiné de répondre aux revendications ». « Les manifestants pacifiques font l’objet de plus de répression que les commerçants qui se font piller ne sont protégés », a ironisé la candidate écologiste Marine Tondelier, dimanche sur France Inter, face à un Bruno Retailleau accusant une fois encore La France insoumise d’encourager les violences. « Le gouvernement est seul responsable. Il n’a pas su organiser le maintien de la tranquillité publique », a martelé dimanche soir Jean-Luc Mélenchon, qui s’était clairement désolidarisé des violences la veille : « Je ne sais pas qui entendra ma voix dans de telles circonstances, mais mon message est clair : ceux qui partagent notre combat n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage », avait écrit le leader insoumis sur X.

Sébastien Lecornu doit présider ce lundi à 10 heures une cellule interministérielle de crise. Le président de la République Emmanuel Macron doit également réunir à l’Élysée à 17 h 30 le Premier ministre et les ministres concernés par le dossier.