Sécheresse. Pénurie d’essence en Alsace : le train pour remplacer les barges sur le Rhin ?
On le sait, la sécheresse qui sévit sur l’Europe assèche les rivières et les fleuves. Le Rhin est tombé à un niveau historiquement bas, ce qui le rend impropre à la navigation dans son cours libre, après Lauter...
On le sait, la sécheresse qui sévit sur l’Europe assèche les rivières et les fleuves. Le Rhin est tombé à un niveau historiquement bas, ce qui le rend impropre à la navigation dans son cours libre, après Lauterbourg en allant vers l’embouchure. La situation a commencé à devenir problématique dès la fin juin, et puis elle s’est encore compliquée depuis la fin juillet. Les barges chargées de carburant en provenance des grands ports de la mer du Nord (ARA, pour Amsterdam, Rotterdam, Anvers) n’approvisionnent plus l’Alsace et une bonne partie de l’est de la France. Chacune d’entre elles pouvait charger 3 000 m 3 de sans-plomb 95 ou 98.
Et ce sont bien ces carburants-là que l’automobiliste alsacien trouve en rupture de stock dans nombre de stations-service. Car l’essence nous arrive essentiellement par la voie fluviale, quand le gasoil voyage par pipeline et les biocarburants sur le Rhin canalisé (donc navigable) en provenance d’Alsace. Comment faire face à cette pénurie d’essence ? L’une des solutions avancées par les distributeurs est « d’entamer les stocks stratégiques ». Il faut pour cela l’autorisation des pouvoirs publics, qui permettent « des ponctions au compte-goutte ». Le stock stratégique permet de « tenir en cas de coup dur » – un cas de force majeure, un conflit.
22 wagons, 70 à 90m 3 d’essence dans chacun d’eux
La meilleure des solutions reste le recours à des modes de transport alternatifs. « La logistique fluviale se réinvente sur le train », indique Stéphane Simon, directeur des terminaux du port aux énergies de Strasbourg et de Reichstett pour l’entreprise Tepsa (ex-Rubis), où sont stockés quelque 800 000 m 3 de carburant – dont une part non négligeable constitue le “stock stratégique”. Le transport de carburant par la voie ferroviaire est un peu une nouveauté pour l’est de la France, puisque jusqu’alors le transport fluvial sur le Rhin suffisait.
Pour compenser sa disparition momentanée, des tests de transport par le train ont été réalisés la semaine dernière. Ce n’est pas chose évidente puisque se posent de nombreux problèmes logistiques : disponibilité des wagons, des locomotives, des tranches horaires de circulation… Un wagon-citerne peut emporter de 70 à 90 m 3 de carburant. Une rame peut comporter 22 wagons. Faites le calcul : un train convoie moins de 2 000 m 3.
L’espoir d’un retour à la normale
L’autre voie de transport, c’est le pipeline, qui pourrait acheminer de l’essence en provenance des stockages de Mardyck (Nord), de la Mède (Bouches-du-Rhône) et de Feyzin (Rhône), mais il est surtout dédié au gasoil.
« L’espoir repose sur un mix de tout cela », souligne Stéphane Simon. « C’est impressionnant de voir des stations-service vides, mais ça va se résorber », assure-t-il. Il reste aussi à espérer que le Rhin, grâce à des pluies prochaines, retrouve un niveau normal. En attendant, veut croire le cadre de Tepsa, la situation permet au public de prendre conscience de l’intérêt des stockages si décriés. « Nous sommes un peu les mal-aimés : nous créons de la nuisance et des zones de danger, mais l’Alsace a besoin de stocks, elle ne raffine plus de pétrole. »