Santé mentale, la grande cause nationale : rien n’est réglé
Chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, premier adjoint au maire de Créteil, Antoine Pelissolo réclame des investissements significatifs et des créations de postes dans le secteur de la santé mentale, alors que les discussions sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale doivent démarrer le 20 octobre.
La seconde année consacrée à la grande cause de la santé mentale n’est pas terminée, et pourtant le sujet semble clos : plus de son, plus d’image. Le dernier acte a été joué en juin dernier, avec un pseudo-bilan de l’année 2025 et quelques mesurettes, puis plus rien. Et, au contraire, des nuages s’annoncent, avec des réductions de financement dans le prochain budget sur des programmes pourtant essentiels pour les soins.
A quoi auront donc servi ces deux années lancées par Michel Barnier, et poursuivies tant bien que mal par ses successeurs à Matignon ? Beaucoup de communication, des colloques, des campagnes de sensibilisation sur le fait que nous avons tous une santé mentale et qu’il faut s’en occuper. C’était nécessaire, et le résultat est plutôt positif, même si rien n’est définitivement gagné : un peu moins de stigmatisation des troubles psychiques, et la parole est (un peu) libérée. Mais, du côté des soins et des solutions pour accueillir toutes les nouvelles demandes de consultation et de prise en charge en psychiatrie, on est très loin du compte, et la situation de nombreuses structures et filières de soins est de plus en plus catastrophique.
Certes le gouvernement peut mettre en avant des augmentations de financement, supérieures à ce que nous connaissions auparavant, et des créations de postes de soignants. Mais elles se comptent au mieux en centaines, alors qu’il en faudrait des milliers, voire des dizaines de milliers dans les centres médico-psychologiques, les hôpitaux, à l’école, à l’université, etc. Le retard accumulé au cours des dernières décennies est tel que l’investissement doit être massif et prolongé, pour sortir la psychiatrie et la pédopsychiatrie du désastre sur presque tout le territoire français. Des délais d’attente de plusieurs mois ou années pour des consultations, des urgences qui débordent avec des patients qui attendent des jours et des jours dans des conditions indignes, des départements entiers sans lits de pédopsychiatrie, rien ne s’est vraiment amélioré depuis deux ans.
Alors, certes, la période n’est pas la meilleure pour augmenter les financements, mais ne pas le faire coûterait encore plus. Les arrêts de travail de longue durée, les médicaments prescrits sans véritable suivi, ou les séjours qui se prolongent dans les hôpitaux par manque de place dans des foyers spécialisés, reviennent à plus de 100 milliards d’euros par an. Sans compter les coûts humains bien sûr, quand le nombre de tentatives de suicide des jeunes continue à augmenter ou quand des familles entières souffrent de la maladie psychique d’un proche non pris en charge correctement.
Pourtant, les acteurs de la psychiatrie, professionnels comme usagers, n’ont jamais été aussi mobilisés et motivés pour faire avancer des projets et mettre en œuvre des approches que l’on sait efficaces : équipes mobiles, soins de crises, centres de réhabilitation, maisons d’accueil spécialisées, etc. De plus, tous ceux qui connaissent les services de psychiatrie savent qu’il faut absolument recréer une formation spécialisée pour les infirmiers qui y travaillent, pour mieux maîtriser ces compétences très spécifiques ; mais le ministère de la Santé fait la sourde oreille à ce sujet, sans même discuter de cette proposition.
Nous étions nombreux à craindre que ces années de grande cause de la santé mentale n’accouchent que d’une souris, et qu’on referme ensuite le sujet pendant longtemps en considérant que l’essentiel avait été fait. C’est en train d’arriver, mais il est encore temps de tirer la sonnette d’alarme, surtout pour le budget et les élections à venir, il y a urgence.
Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie du CHU Henri-Mondor, premier adjoint au maire de Créteil.
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Par Antoine Pelissolo