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Sans rien dire Jean-Luc Mélenchon a (déjà) gagné la primaire de la gauche

L'OEIL DE COTTA - Grand absent du premier débat de la primaire, Jean-Luc Mélenchon en a pourtant été la vraie star : son ombre a suffi à diviser les cinq candidats et à raviver la guerre des gauches irréconciliables.

Mélenchon

Les cinq candidats ont débattu de la place de Jean-Luc Mélenchon au sein de la gauche.

© FREDERIC PETRY

Michèle Cotta 24/09/2026 à 07:39, Mis à jour le 24/09/2026 à 09:48

L'OEIL DE COTTA - Grand absent du premier débat de la primaire, Jean-Luc Mélenchon en a pourtant été la vraie star : son ombre a suffi à diviser les cinq candidats et à raviver la guerre des gauches irréconciliables.

Et finalement, Jean-Luc Mélenchon a remporté la première manche. Lorsqu’il a été question de lui, à cette première confrontation de la primaire sociale-démocrate, ce jeudi soir, il était déjà tard. Tout, dans ce combat, qui durait déjà depuis deux heures, s’était passé dans une harmonie inattendue, entre représentants d’un même parti, ou plus exactement d’un même courant de pensée, tentant, pour chacun d’entre eux, de démontrer qu’il ou qu’elle était le ou la meilleure pour conduire les électeurs de son camp à la victoire présidentielle.

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Pas de coup bas entre les cinq combattants, qui pourtant ne s’étaient pas épargnés au cours de la semaine précédente. Les deux favoris, Olivier Faure, jusqu’à il y a quelques semaines Premier secrétaire du Parti socialiste, et Raphaël Glucksmann, le fondateur du mouvement Place publique, ne s’étaient pas directement affrontés. De rouge éclatant vêtue, la seule femme du débat, Ségolène Royal, qui avait déjà mené ce combat il y a vingt ans, n’avait pas fait mystère, dans les jours précédents, de son agacement à l’égard de Glucksmann, dont elle avait abondamment dénoncé l’inexpérience, sinon l’amateurisme, en politique. Mais apparemment, entre eux, la hache de guerre semblait enterrée. Quant aux deux derniers, les moins connus, Jérôme Guedj, député de l’Essonne, ancien président de son conseil départemental, et Emmanuel Maurel, député La Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) du Val-d'Oise, ils avaient avec bonheur démontré, dès le début de la confrontation, qu’ils méritaient, par leur présence, leur éloquence aussi, d’y participer.

Peu de solutions nouvelles proposées

Quelques divergences, bien sûr, entre les cinq candidats à la candidature, sur les moyens et remèdes aux difficultés économiques de la France, sur son niveau d’endettement, et les moyens de rétablir les grands équilibres financiers. Peu de solutions nouvelles proposées : seul Jérôme Guedj avait mis l’accent sur la nécessité de faire des économies, comme s’il ne s’agissait pas d’un mot grossier. Tout cela sur un ton de courtoisie inédite dans un tel exercice, dominé par la condamnation commune des dix années de macronisme. La seule divergence grave entre les cinq sur l’emploi du mot « génocide », à propos de la répression israélienne à Gaza, était presque oubliée, lorsque vint la question, abordée en fin de course, comme si elle était subsidiaire, de l’alliance éventuelle avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise.

Et là, d’un coup, est apparue, béante, la fracture - dont personne n’avait encore osé parler - entre deux gauches irréconciliables. Le premier, Jérôme Guedj, exprima son refus définitif d’envisager la moindre alliance avec le patron de La France insoumise. Et Raphaël Glucksmann enfonça le clou, repoussant avec une conviction confinant à l’indignation quelque rapprochement électoral que ce soit avec Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle ou pour les législatives qui suivront. Parce que les principes sont les principes, et que la gauche sociale-démocrate et la gauche radicale ne partagent pas les mêmes valeurs. Et aussi, par intérêt, tout bonnement : parce que le patron de La France insoumise « clive et antagonise » tout débat, parce qu’il fait peur à une majorité de Français et que, du même coup, la gauche socialiste, la vraie, récupérerait, en rompant les ponts avec lui, « les millions de Français qui ne veulent en aucun cas voter pour lui ».

« Ne crache pas sur le reste de la gauche »

Manifestement, Olivier Faure et Ségolène Royal n’étaient pas du tout sur la même longueur d’onde. Tandis que le premier demandait à Glucksmann de ne « pas cracher sur le reste de la gauche » dont on pourrait bien avoir besoin pour gagner les législatives, la seconde dénonçait « l’obsession » contre LFI. Tout en soulignant malignement que celui-ci n’appartenait pas au PS, elle accusait celui qu’elle avait qualifié de « stagiaire » en politique de songer, en refusant les électeurs mélenchonistes, à s’allier avec la droite. « Pas d’incohérence » pour Guedj, pas de division de la gauche pour Olivier Faure. Et, pour Glucksmann, cette certitude : Mélenchon, par ses outrances, est aujourd’hui « le marchepied du RN ».

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Bref, Mélenchon, à l’heure qu’il est, ne doit pas être mécontent. Sans rien dire, il a réussi ce qu’il réussit le mieux : diviser ses adversaires.

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