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Sandra Kim : dans le documentaire Ce n’est pas moi, elle raconte l’après-Eurovision

Quarante ans après sa victoire à l’Eurovision, Sandra Kim reste associée à l’image de l’adolescente en nœud papillon qui chantait J’aime la vie. Le documentaire Sandra Kim, ce n’est pas moi revient sur ce succè...

Quarante ans après sa victoire à l’Eurovision, Sandra Kim reste associée à l’image de l’adolescente en nœud papillon qui chantait J’aime la vie. Le documentaire Sandra Kim, ce n’est pas moi revient sur ce succès fondateur, mais aussi sur ses conséquences. À 53 ans, la chanteuse regarde son parcours avec lucidité.

Vous êtes devenue un souvenir collectif avant même d’être adulte. Comment vit-on avec cela ?

On finit par s’y habituer. Je ne me suis jamais vraiment habituée à être une célébrité, en revanche. Le fait que l’on me parle encore aujourd’hui de cette victoire, ce n’est pas ma faute : la Belgique n’a plus gagné l’Eurovision depuis. Forcément, le souvenir revient chaque année. Après quarante ans, il ne se passe pratiquement pas une semaine sans que quelqu’un m’en parle. Oui, ça a parfois été pesant. Mais avec le temps, j’ai appris à vivre avec.

Avez-vous le sentiment que le public connaît davantage le personnage que la personne ?

Oui. Les gens se sont habitués à l’image qu’ils ont vue à la télévision : cette petite fille habillée de blanc et de fuchsia avec son nœud papillon. J’aime la vie est devenue une chanson intemporelle. Qu’on aime ou non ce style musical, tout le monde la connaît. En Wallonie, beaucoup continuent à imaginer cette enfant de 13 ans. Ils voient encore la petite fille de l’Eurovision et pensent presque que je vais arriver sur scène avec le nœud papillon. Pourtant, je vais avoir 54 ans. Tout cela appartient au passé, même si je ne renie rien.

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Votre histoire résonne aujourd’hui avec les débats sur la surexposition des enfants artistes. Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre propre parcours ?

Je pense que 13 ans, c’est trop jeune. Mes parents ont été emportés dans un tourbillon qu’ils n’avaient pas vu venir. Aujourd’hui, je crois qu’ils auraient probablement dit non. Avant l’Eurovision, je chantais dans des concours pour le plaisir. Je n’avais aucune ambition particulière. J’avais simplement une voix qui avait attiré l’attention de ma famille. Ensuite, tout s’est enchaîné à une vitesse folle. Moi, honnêtement, je faisais surtout ça pour faire plaisir à mon entourage. Je n’avais pas ce désir de célébrité.

Compreniez-vous ce qui vous arrivait ?

Pas du tout. Il y a eu un tel engouement que personne dans ma famille ne comprenait ce qui se passait. Nous étions des gens très simples. Puis la victoire est arrivée et tout s’est emballé. En quelques mois, je me suis retrouvée dans les plus grandes émissions de variétés européennes, de la Norvège à la Turquie, du Portugal à Israël. Pour une enfant, voyager est excitant. Mais ce n’est pas une vie saine.

Quel a été le prix à payer ?

J’ai grandi trop vite. J’étais entourée presque exclusivement d’adultes. Mes musiciens avaient quinze ou vingt ans de plus que moi. Mon entourage professionnel était beaucoup plus âgé. Tout ce que je voulais, c’était être avec des jeunes de mon âge. Mais les adolescents ne s’intéressaient pas vraiment à moi. Mon premier grand amour avait presque dix ans de plus que moi. Je me suis retrouvée propulsée dans un monde d’adultes sans l’avoir choisi.

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Derrière le succès, il y avait aussi de la solitude ?

Énormément. Je me souviens d’un voyage en ex-Yougoslavie. J’étais seule dans ma chambre d’hôtel à Belgrade, il faisait moins vingt degrés dehors et il n’y avait ni téléphone portable ni internet. Entre deux prestations, il y avait des heures entières à tuer. Mes parents et ma sœur me manquaient. Ce n’était pas évident. On parle de cette solitude dans le documentaire.

Qu’est-ce qu’il reste d’une carrière quand un événement occupe toute la mémoire collective ?

C’est la réalité. On me renvoie toujours à l’Eurovision alors que j’ai enregistré plusieurs albums ensuite. On dit souvent que Tokyo Boy a été un succès moindre. Pourtant, il s’est vendu à 60.000 exemplaires, ce qui était énorme pour la Belgique à l’époque. Simplement, quand on compare cela aux 360.000 ventes de J’aime la vie, tout paraît plus petit. J’ai parfois eu l’impression qu’on cherchait surtout à souligner ce qui n’avait pas fonctionné plutôt que ce qui avait marché.

Pourquoi réduit-on si souvent un artiste à son plus grand succès ?

Je me pose la question moi-même. Regardez tous ces chanteurs des années 1980 : beaucoup ont plusieurs chansons à leur actif, mais le public n’en retient qu’une. Il faut aussi reconnaître que je n’ai pas toujours été soutenue. Certaines radios nous ont vite rangés dans une case. Mon image est restée figée. À 13 ans, on m’habillait avec des tailleurs et des nœuds papillon. Moi, j’aurais préféré porter des perfectos et des baskets.

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Le documentaire insiste justement sur cette image qui vous colle à la peau. Qu’espérez-vous que le public découvre ?

J’espère qu’il comprendra certaines souffrances et qu’il réalisera qu’il s’est parfois fait une fausse image de moi. Je pense aussi que les gens verront tout le travail qu’il y a derrière ces quarante années. Je chante depuis l’âge de deux ans. J’ai pris des cours, j’ai travaillé ma voix, je continue encore aujourd’hui. On me demande parfois pourquoi je n’arrête pas tout. Mais je ne sais rien faire d’autre que chanter. Et surtout, je sais que lorsque je chante, je procure du plaisir aux gens. C’est quelque chose dont je suis fière.

Comment est né ce documentaire ?

C’est le réalisateur Sébastien Rançonnet qui est venu me chercher. Il m’a expliqué qu’il ne voulait pas réaliser un simple reportage de coulisses ou un portrait à charge. J’ai accepté parce que j’ai senti une réelle bienveillance dans sa démarche. Je lui ai fait confiance.

Quarante ans après l’Eurovision, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Aujourd’hui, je suis sereine. J’ai connu des moments compliqués, mais je suis heureuse. Je travaille avec les bonnes personnes et tout va bien. Quand je pars en vacances en Italie et que personne ne me reconnaît, j’apprécie aussi cette liberté. Mais je reste quelqu’un de très simple. Je fais mes courses, mon ménage, ma vie. Je n’ai jamais cessé d’être cette personne-là.

Vous repartirez bientôt en tournée en Wallonie…

Oui, même si cela m’impressionne toujours un peu. Je tourne beaucoup en Flandre, où le public me suit depuis longtemps. En Wallonie, c’est plus rare. Nous avons donc prévu quatre dates (Sandra Kim concert Belgique 2026 | Vibes Factory). C’est une manière de revenir progressivement à la rencontre du public. Si cela fonctionne, pourquoi ne pas aller plus loin ? Mais je préfère les salles à taille humaine, celles où l’on peut encore parler aux gens.

Sandra Kim, c’est pas moi Inédit

Mardi 22 Tipik 20h50

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