Saint-Avold. « Je me suis saignée pour cette voiture » : après les incendies de véhicules, la vie des victimes bouleversée
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« Je me suis saignée pour cette voiture » : après les incendies de véhicules, la vie …
La série de véhicules incendiés au début du mois d’août dans le quartier du Faubourg, pour laquelle trois individus ont été interpellés et placés en garde à vue cette semaine, laisse derrière elle des victimes encore sous le choc. Au-delà des pertes matérielles, ces sinistres bousculent leur quotidien et font naître la crainte d’être à nouveau prises pour cible.
David Weichert -
Aujourd’hui à 07:00
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« Je ne me sens pas bien depuis cette nuit. Je ne dors plus, j’ai du mal à manger… », confie d’emblée Charlène. Cette nuit, c’est celle du 5 août. Vers 4 h 30, sa Peugeot 207 stationnée devant son immeuble, dans le quartier du Faubourg, est ravagée par les flammes. À ce moment-là, onze voitures avaient subi le même sort à Saint-Avold depuis le 12 juillet. La sienne devient la douzième ; celle garée juste à côté, la treizième. Depuis, le décompte est monté à seize véhicules incendiés, tandis que trois individus ont été interpellés et placés en garde à vue dans le cadre de l’enquête cette semaine. « Quelques jours avant, un autre véhicule avait brûlé sur le parking en contrebas de mon immeuble. Il m’arrivait de me garer là-bas, mais après cet incendie, j’ai décidé de mettre ma voiture devant mon bloc, explique-t-elle. Jamais je n’aurais pensé que cela pourrait m’arriver, surtout à cet endroit, si proche des habitations. » Depuis, plus rien n’est vraiment comme avant, car au choc de voir partir en fumée un véhicule auquel elle était particulièrement attachée, puisqu’il avait été acheté par son père, s’ajoutent les conséquences très concrètes de sa disparition.
Une vie à réorganiser
Sa vie professionnelle, Charlène l’a dédiée à l’accompagnement. Auxiliaire de vie à son compte, la jeune femme de 27 ans se rend tous les jours au domicile de personnes âgées, malades ou en situation de handicap pour les assister dans les gestes essentiels de la vie courante. Un métier pour lequel la voiture est évidemment indispensable. « Je suis désormais obligée de prendre celle de mon conjoint, mais cette solution ne peut durer qu’un temps. » À cette réorganisation quotidienne se greffe désormais la crainte de voir le scénario se répéter. Alors le couple préfère ne prendre aucun risque : « Mon conjoint gare la camionnette de son travail chez ses parents, loin de Saint-Avold. Quant à son véhicule personnel, il le laisse à au moins cinq kilomètres de notre logement. Il doit ensuite rentrer à pied, raconte Charlène, par ailleurs mère de famille. J’ai changé mon fils d’école il y a peu. Elle est située à plusieurs kilomètres, donc je ne sais pas encore comment on va s’organiser. »
À ce moment-là, onze voitures avaient subi le même sort à Saint-Avold depuis le 12 juillet. Celle de Charlène devenait la douzième ; celle d’Angélique, la treizième. Photo David Weichert
« Je la revois brûler »
À 70 kilomètres de là, du côté d’Hayange, Angélique Quinton peine, elle aussi, à trouver le sommeil. Elle est la propriétaire de cette fameuse treizième voiture incendiée, garée aux côtés de celle de Charlène, alors qu’elle était simplement venue passer quelques jours de repos chez une amie. « Je la revois brûler, encore et encore », confie-t-elle. Dans les jours à venir, un ami lui prêtera sa voiture pour qu’elle puisse continuer à se rendre à Fameck, où elle travaille comme vendeuse dans un magasin de produits surgelés. Une solution qui, à l’instar de Charlène, ne peut être pérenne. « J’avais encore un crédit sur ma voiture et je ne suis assurée qu’au tiers. Je me suis saignée pour cette voiture, sachant que je n’ai pas un très gros revenu et que je suis seule. » Liées par cette même épreuve, Angélique et Charlène se sont appelées pour se réconforter. « Je suis là pour toi », se sont-elles promis.
Des cagnottes pour les aider à reprendre la route
La série de voitures incendiées au quartier du Faubourg a été suivie de plusieurs élans de solidarité et appels aux dons lancés par les victimes ou leurs proches ; Angélique et le conjoint de Charlène ont ainsi ouvert des cagnottes dans l’objectif de financer un nouveau véhicule. « Elles ont du mal à décoller, mais si chacun donnait ne serait-ce qu’un euro, cela nous aiderait grandement », témoignent-ils. De son côté, Bérangère Mesnier a été « touchée » par l’incendie qui a frappé le premier véhicule dans le quartier du Faubourg, le samedi 1er août. « Je connais la propriétaire, une mère seule de quatre enfants. Quand j’ai appris qu’elle n’avait plus de voiture, j’ai voulu faire quelque chose. » Sa cagnotte a ainsi récolté 818 euros en un peu plus d’une semaine, à la faveur notamment de nombreux partages sur les réseaux sociaux.
D.W.