Sabotage et espionnage : ce que l’on sait de la « vaste campagne cyber russe », qui touche la France et une dizaine de pays européens
La France, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont annoncé des sanctions contre neuf individus et quatre entités “responsables de cette campagne de cyber”, orchestrée “par le FSB”, a indiqué Jean-Noël Barrot.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Varsovie (Pologne), le 9 juillet 2026. WOJTEK RADWANSKI / AFP
Paris convoquera l’ambassadeur de Russie en France « dans les prochains jours » après une « vaste campagne cyber » à des fins de sabotage et d’espionnage conduite par Moscou dans une dizaine de pays européens, dont la France, a annoncé lundi 13 juillet le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. L’Union européenne (UE) compte également imposer de nouvelles sanctions à l’encontre les responsables de ces opérations.
• La France ciblée par des activités « cyber-malveillantes »
La France et l’UE accusent la Russie d’avoir mené une campagne de cyberattaques d’ampleur contre plusieurs pays européens. Paris attribue ces activités malveillantes au FSB, le Bureau de sécurité, « le Service de sécurité fédéral de la Russie », a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFMTV/RMC. Le ministre a précisé que les opérations de cybercriminalité visaient notamment des ministères, des entreprises, des opérateurs avec l’objectif « soit de capter de l’information, soit de saboter le fonctionnement, par exemple, d’infrastructures ferroviaires, comme ça a été le cas en Pologne ».
Il a néanmoins souligné que la France avait « considérablement renforcé [ses] défenses contre ces attaques cyber ». « Ces dernières années, la Russie n’a cessé d’intensifier ses actions cyber malveillantes, ciblant particulièrement l’Ukraine et ses soutiens. La Russie renforce ses propres capacités cyber-offensives, tout en s’appuyant, à des fins de déstabilisation, sur un écosystème diversifié d’acteurs non étatiques, y compris des groupes soi-disant “hacktivistes” », a ajouté le ministère dans son communiqué.
• Plusieurs pays de l’UE aussi visés
Dans le reste de l’UE, ces activités ont « consisté en l’infiltration de réseaux gouvernementaux et le sabotage d’infrastructures critiques », précise un communiqué de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas. « La France, l’Allemagne, la Pologne, Chypre, les Pays-Bas, l’Autriche, la Slovaquie, la Roumanie et la Finlande », ont notamment été ciblés. Les faits rapportés sont graves. « En Allemagne, des entités gouvernementales ont été ciblées », précise le communiqué.
Le Royaume-Uni et l’UE ont aussi, pour la première fois, désigné ensemble les services de renseignement russes derrière une attaque contre le réseau électrique polonais. Le FSB avait ciblé des entreprises du secteur avec un « un wiper, un logiciel malveillant conçu pour effacer les données sur un réseau informatique », précise « Le Monde ». Cette cyberattaque, qui a échoué, aurait pu priver 500 000 personnes d’électricité « en plein cœur de l’hiver », a dénoncé Londres.
Outre le FSB, l’UE souligne que « des cybercriminels, des hacktivistes autoproclamés et des sociétés privées liées à la Russie (…) ont mené, permis et facilité un large éventail d’activités malveillantes » au sein de l’UE. Ces attaques « constituent une menace persistante contre les intérêts français et européens », ont indiqué des sources sécuritaires françaises à Franceinfo.
• Turla, l’outil du FSB pour de l’espionnage au long cours
La France dénonce spécifiquement le mode opératoire d’attaque (MOA) appelé Turla, entre les mains du FSB « et plus particulièrement son unité 61 240, chargée du ciblage de la France », et située près de Krasnoïe Selo, près de Saint-Pétersbourg. Avec Turla, « le FSB a notamment visé des comptes de messagerie internet du ministère des Armées depuis 2017, ainsi que le réseau du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à l’ambassade de France à Moscou en 2018 », rappelle le ministère.
« En février 2025, un institut de recherche sur les technologies sensibles travaillant pour l’industrie de défense française a également été visé par des cyberattaques conduites par le 16e Centre du FSB, conduisant à l’exfiltration d’un volume significatif de données », ajoute cette source. « Nous disposons en matière de lutte contre cette agressivité ou ces agressions hybrides en provenance de la Russie, de l’un des dispositifs les plus aboutis en Europe et dans le monde », a affirmé Jean-Noël Barrot.
Ces dispositifs établis par Viginum, le service officiel français chargé de la lutte contre les ingérences étrangères numériques, et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), « dont les compétences sont reconnues dans le monde », permettent de « lutter contre les campagnes de désinformation qui pourraient parasiter, par exemple, les processus électoraux », a également expliqué Jean-Noël Barrot.
• Des sanctions prévues en France et au Royaume-Uni
Outre la convocation de l’ambassadeur par la France, « nous allons également prendre des sanctions à l’encontre de neuf individus et de quatre entités responsables de cette campagne de cyber orchestrée par le FSB », a déclaré Jean-Noël Barrot. Parmi les cibles de ces sanctions figure « un groupe ayant revendiqué des actions de déstabilisation contre les Jeux de Paris en 2024 », a précisé le ministère dans un communiqué ultérieur.
Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont aussi annoncé lundi prendre des sanctions contre les mêmes cibles. La Grande-Bretagne a annoncé prendre des sanctions contre 24 individus et entités liées aux services de renseignement russes, l’UE annonçant de son côté des sanctions contre 13 entités et individus, dont des officiers du renseignement militaire russe (GRU). L’Allemagne a aussi dit avoir convoqué l’ambassadeur russe pour une « campagne de cyberattaques ».
• La Russie dénonce des accusations « gratuites »
De son côté, le Kremlin a qualifié de « gratuites » ces accusations de cyberattaques. « Nous n’acceptons pas ces accusations (…). Ces accusations sont toujours gratuites, elles ne sont jamais argumentées et jamais appuyées par des preuves », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en réponse à une question de l’AFP lors de son point presse quotidien.
Par Service Actu