Russie: une élection qui n’en avait que le nom
C'était le premier scrutin en Russie depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022. Dans une atmosphère tendue par cette interminable guerre, par des attaques ukrainiennes toujours plus nombreuses à l'intérieur du territoire et par une économie nationale qui se déglingue sans cesse. Et un moral de la population qui serait au plus bas.
Pourtant, avant même que les résultats soient connus (ils sont très proches de ceux de 2021), on pouvait déjà affirmer que Vladimir Poutine allait sortir vainqueur de cette élection qui n'en portait que le nom. Une véritable mascarade.
Les partis et politiciens opposés à sa politique, et plus particulièrement à la guerre en Ukraine, ont tous été écartés de l'élection ces derniers mois. Seuls les plus dociles ont été autorisés à se présenter à l'élection face à Russie unie, le parti qui devrait à nouveau décrocher la majorité des sièges à la chambre basse. D'autant plus qu'en l'absence quasi totale d'observateurs indépendants, on peut craindre la manipulation des votes, qu'ils soient électroniques ou physiques. On se souvient des vidéos de bourrages d'urnes et de groupes d'électeurs transportés par bus d'un bureau à l'autre pour voter plusieurs fois en 2021. Et cette fois, dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, c'est par la force que des habitants ont été emmenés dans les bureaux de vote.
Qu'attend dès lors Poutine, maître de la Russie depuis plus de 25 ans, des résultats de cette élection ? Sans aucun doute une légitimation de la poursuite de la guerre, même si ce ne sera pas un blanc-seing pour une nouvelle mobilisation de troupes afin de faire définitivement basculer le conflit dans son camp. Il pourrait également profiter de ce mandat pour dérouler de nouvelles mesures: renforcer la répression, imposer de nouvelles restrictions sur internet, décider des hausses d'impôts permettant de faire face à la récession économique et au gouffre financier que représente la guerre.
Cette légitimité interne, bien que factice et obtenue par la contrainte, offre à Vladimir Poutine le vernis démocratique indispensable pour défier les pays européens. Reste à savoir jusqu'où la société russe pourra supporter ce fardeau économique et humain avant que les fissures du régime ne deviennent impossibles à masquer.
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