thejournalofsierraleonestudies.com

Robots attrapeurs de moustiques, élevages en laboratoire, inspections à domicile… A Singapour, mobilisation générale contre les insectes vecteurs de la dengue

À Singapour, où 10 000 personnes en moyenne contractent la dengue chaque année, les moustiques sont un enjeu de santé publique. La cité Etat leur mène une guerre sans relâche jusque chez les habitants.

Publié le 10/08/2026 20:56

Mis à jour le 10/08/2026 23:49

Liste des vidéos similaires

Article rédigé par France 2 - A. Forget, A. Védeilhé, D. Tan, L. Delfolie. Édité par l'agence 6Medias

France Télévisions

À Singapour, où 10 000 personnes en moyenne contractent la dengue chaque année, les moustiques sont un enjeu de santé publique. La cité Etat leur mène une guerre sans relâche jusque chez les habitants.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.


Ils sont le cauchemar de nos nuits et le fléau de nos étés. À 10 000 km de la France, un petit pays au climat tropical où ils prolifèrent fait tout pour les éradiquer. Singapour déploie partout sur son territoire une série d'outils pour ne leur laisser aucun répit. La dernière innovation ? Un robot attrapeur de moustiques. Une dizaine d'entre eux patrouille dans toute la cité-État.

Ce matin-là, l'un d'eux a été affecté au pied d'un immeuble résidentiel. "Je pense que les moustiques sont partout. Donc ces robots, c'est une bonne chose. Chez moi, j'utilise une raquette électrique", confie une riveraine. Pour attirer les moustiques, le robot diffuse de la lumière et des phéromones, des molécules qui imitent l'odeur humaine. Piégés, ils sont ensuite avalés. L'inventeur de cet outil est Mohan Rajesh Elora, ingénieur et professeur à l’université de technologie et de design de Singapour. En moyenne, son robot attrape 150 moustiques par jour dans un rayon de 800 mètres seulement.

"Voici notre piège à glu. Là, il y en a un et là d'autres plus petits", montre-t-il d'abord. Cette technique a pour lui l'avantage de ne pas avoir d'impact sur l'environnement. Il explique ensuite : "Contrairement à l'épandage d'antimoustiques qui consiste à diffuser des produits chimiques, nous, pour attirer les moustiques, nous utilisons des phéromones qui imitent notre sueur. Ce robot est donc respectueux de l'environnement."

Pour les éliminer, en plus de les attraper, Singapour veut aussi les empêcher de se reproduire. Il y a dix ans, les autorités ont eu une idée surprenante. Pour enrayer la prolifération de moustiques, des agents libèrent dans les airs d'autres moustiques. À l'intérieur, des mâles uniquement. Ils ne piquent donc pas, car seules les femelles se nourrissent du sang des humains. Mais surtout, ils ont tous été infectés par une bactérie, la Wolbachia, qui les empêche de se reproduire. "C'est une bactérie qu'on trouve à l'état naturel chez d'autres espèces d'insectes. Ce qui se passe, c'est que quand un moustique mâle rencontre un moustique femelle, il s'accouple, mais les œufs ne peuvent pas éclore", détaille Lee Peu Shan, chercheuse à l’Agence Nationale de l’Environnement de Singapour.

D'après leurs études, dans les quartiers où la technique a été déployée, le nombre de moustiques a diminué de près de 90%. Mais pour être sûr qu'elle fonctionne, il faut constamment inonder la ville de ces moustiques, et donc en produire en très grande quantité. Alors, dans un laboratoire financé par l'État, une chercheuse en crée 5 millions chaque semaine. "Toutes ces cages-là sont remplies de moustiques. On en a 40 comme ça", désigne-t-elle.

Ces moustiques, auxquels la bactérie a déjà été inoculée, s'accouplent dans les cages. Les larves sont ensuite déposées sur ces plateaux. Elles grandissent et sont nourries, puis les mâles sont séparés des femelles. Ce sont eux qui seront relâchés. Une production industrielle. "Nous avons besoin de la science, de sa rigueur, de la production, de l'optimisation et de toute l'innovation pour nous aider à combattre ces moustiques, qui sont vraiment très malins et très performants", affirme Ng Lee Ching, professeure et directrice à l’Agence Nationale de l’Environnement de Singapour.

Empêcher leur reproduction, mais aussi détruire leur habitat. Pour ne leur laisser aucune chance, à Singapour chaque jour, des fonctionnaires inspectent les lieux publics à la recherche de points d'eau stagnante, nids à prolifération de moustiques. Si des larves sont présentes, ils peuvent imposer des amendes aux gestionnaires du quartier pour manquement à leurs obligations. Ils inspectent même les caniveaux. "On utilise la louche pour être sûr de ne passer à côté d'aucune larve. Là, on constate que tout va bien", glisse un agent.

Les particuliers aussi peuvent être sanctionnés. Alors, comme la plupart des habitants de Singapour, Janice Tan, enseignante, fait très attention. Quand elle arrose ses plantes, elle veille à ne jamais laisser l'eau stagner. "S'il y a de l'eau, ne serait-ce que de la taille d'une pièce de 20 centimes, cela peut être un nid à moustiques", explique-t-elle. Si des agents la contrôlent et trouvent des larves de moustiques, elle risque jusqu'à 3 500 euros d'amende en cas de récidive. "C'est une très bonne chose pour que les gens apprennent de leurs erreurs. Se battre contre les moustiques, c'est quelque chose que tout le monde doit avoir en tête. Il faut faire attention à garder notre environnement sans danger", lance l'enseignante.

À Singapour, la lutte contre les moustiques, vecteurs de maladie, constitue une priorité majeure de santé publique. En moyenne, 10 000 personnes contractent la dengue chaque année dans la Cité-État.

Sur le même thème

À regarder