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REPORTAGE. Sécheresse historique : “Je n’ai jamais vu ça, la suite c’est la clé sous la porte” Près de Toulouse, cet agriculteur lance un cri d’alarme

Les terres sont déjà brûlées, les rendements s'effondrent et les stocks de fourrage fondent à vue d'œil. À Bonrepos-Riquet, au nord-est de Toulouse, l'agriculteur Mathieu Maronèse fait face à une sécheresse qu'il juge "historique", conséquence des épisodes de canicule à répétition. Entre pertes économiques, récoltes compromises et inquiétude pour l'avenir, il alerte sur une agriculture de plus en plus menacée. On est allé à sa rencontre, sur ses terres.

l'essentiel Les terres sont déjà brûlées, les rendements s'effondrent et les stocks de fourrage fondent à vue d'œil. À Bonrepos-Riquet, au nord-est de Toulouse, l'agriculteur Mathieu Maronèse fait face à une sécheresse qu'il juge "historique", conséquence des épisodes de canicule à répétition. Entre pertes économiques, récoltes compromises et inquiétude pour l'avenir, il alerte sur une agriculture de plus en plus menacée. On est allé à sa rencontre, sur ses terres.

Depuis plus de quinze ans, Mathieu Maronèse cultive les terres familiales à Bonrepos-Riquet, au nord-est de Toulouse. Avec ses deux frères, il exploite 600 hectares de cultures et élève une trentaine de vaches. Un métier, un mode de vie, aujourd’hui fragilisés par les épisodes caniculaires à répétition et une sécheresse d’une précocité inédite. En ce mois de juillet 2026, l’agriculteur tente tant bien que mal de maintenir son exploitation à flot.

"Cela fait trois mois que certaines cultures n’ont pas vu une goutte d’eau"

"Cet été, on subit la canicule. Après un hiver extrêmement pluvieux, on est passé à une sécheresse historique", constate d’emblée Mathieu Maronèse. Une situation critique qui résulte de plusieurs mois quasiment sans pluie. "Cela fait trois mois que certaines cultures n’ont pas vu une goutte d’eau. Aujourd’hui, on va enregistrer des pertes gigantesques", poursuit le secrétaire général adjoint des Jeunes agriculteurs de Haute-Garonne.

"Actuellement, seuls 30 hectares sur les 600 que compte l'exploitation sont irrigués"
"Actuellement, seuls 30 hectares sur les 600 que compte l'exploitation sont irrigués" DDM - YAHEL VILLERS

Pour lui, cette sécheresse survient avec plus d’un mois d’avance. "Historiquement, je n’ai jamais vu des terres aussi sèches aussi tôt dans la saison. On enchaîne les épisodes de sécheresse et de canicule depuis le début du mois de mai."

Des rendements divisés par deux

Les conséquences sont déjà visibles dans les champs. Certaines cultures enregistrent des pertes considérables. "Pour les tournesols, on s’attend à perdre environ 50 % de la récolte. Habituellement, on produit 2,3 tonnes à l’hectare. Cette année, on espère seulement entre une et une tonne et demie à l’hectare. Les rendements vont quasiment être divisés par deux", explique l’agriculteur.

Le tournesol est loin d’être le seul touché. Maïs, blé, colza... Les dix cultures de l’exploitation souffrent du manque d’eau. L’élevage est lui aussi impacté. "Normalement, les vaches broutent de l’herbe verte jusqu’à la fin juillet. Cette année, on a déjà dû entamer les stocks de l’hiver parce que les prairies sont totalement sèches. Cela signifie qu’il faudra refaire des réserves, faucher davantage, aller chercher du fourrage chez des voisins plus éloignés, voire acheter du foin. Ce sont des charges supplémentaires."

Habituellement, les vaches broutent une herbe encore bien verte jusqu'à la fin du mois de juillet. Cette année, le pré est déjà complètement sec.
Habituellement, les vaches broutent une herbe encore bien verte jusqu'à la fin du mois de juillet. Cette année, le pré est déjà complètement sec. DDM - YAHEL VILLERS

Au bout du compte, les pertes économiques s’annoncent très lourdes. "À la fin de l’année, on aura entre 30 et 40 % de chiffre d’affaires en moins", s’inquiète Mathieu Maronèse.

"La suite, c’est la clé sous la porte l’an prochain"

Face à la répétition des sécheresses et des canicules, l’agriculteur redoute l’avenir de son exploitation. "Si rien ne change, la suite, c’est la clé sous la porte l’an prochain. Nous voulons des perspectives d’avenir, des filières qui se développent, des prix rémunérateurs. Il nous faut une vision à moyen et long terme, pas simplement des aides versées en fin d’année."

Selon lui, une solution existe néanmoins : "Le seul levier qui pourrait nous sauver, c’est une hausse des prix de vente. Il faut que nous puissions vivre de notre travail. Aujourd’hui, mon blé tendre est acheté 180 euros la tonne. Pour que mon exploitation soit viable, il faudrait le vendre autour de 250 euros. Sinon, on finira l’année dans le rouge. Il faudra vivre à crédit, vendre du foncier ou tout arrêter pour aller travailler ailleurs."