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REPORTAGE. Maire d’Alès menacé de mort par la DZ Mafia : “Là, on s’en prend à un élu de la République, c’est quoi la prochaine étape ?”

Les menaces de mort de la DZ Mafia à l'encontre du maire d'Alès Christophe Rivenq, obligé d'être exfiltré en pleine nuit par le Raid, font beaucoup réagir les habitants de la capitale des Cévennes, quand ceux-ci veulent bien s'exprimer sur le sujet.

l'essentiel Les menaces de mort de la DZ Mafia à l'encontre du maire d'Alès Christophe Rivenq, obligé d'être exfiltré en pleine nuit par le Raid, font beaucoup réagir les habitants de la capitale des Cévennes, quand ceux-ci veulent bien s'exprimer sur le sujet.

Sous un soleil de plomb, un certain climat de méfiance règne dans les rues quasi désertiques d'Alès ce jeudi. Dans la capitale des Cévennes, les menaces proférées par la DZ Mafia à l'encontre du maire Christophe Rivenq, exfiltré de son domicile par le Raid dans la nuit du 20 au 21 juillet, suscitent une profonde indignation, de la peur, mais aussi une forme d'indifférence, notamment chez les plus jeunes.

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"C'est écœurant, je n'ai même pas envie d'en parler", lance une retraitée, en pleine discussion avec des proches devant le Monoprix du centre-ville, et désireuse de couper court à tout échange sur le sujet. Un peu plus loin sur un banc, une dame esquive le sujet d'un grand sourire : "Vu le contexte, je ne préfère pas donner mon avis".

Dans une ville de 46 000 habitants très convoitée par les narcotrafiquants — comme le soulignait récemment le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez — et où la DZ Mafia tente de s'implanter depuis un an, le sentiment d'insécurité est "indéniable", résume un restaurateur du centre. "Des balles dans une enveloppe, une exfiltration, c'est chaud quand même, poursuit-il après avoir inscrit le menu du jour sur l'ardoise accrochée à la devanture de l'établissement. Un truc comme ça qui arrive à Marseille, tu te dis qu'il n'y a rien d'étonnant. Mais là, chez nous, dans une petite ville... Je ne crois pas que le maire soit très aimé certes, mais la situation est inadmissible. Il a raison de ne pas se laisser faire, de garder la tête haute."

"À force de répéter qu'il fait bon vivre à Alès, ça lui revient en pleine tête"

Élu le 15 mars 2025 après avoir été longtemps dans la roue de l'indéboulonnable Max Roustan, démissionnaire, et resté 30 ans à la tête des affaires de la sous-préfecture du Gard ; Christophe Rivenq (LR) a conservé son fauteuil de maire en mars dernier (réélu à 55 %, face à un candidat RN, NDLR). Volontariste sur le front de la lutte contre le trafic des stupéfiants, le premier édile est désormais pris pour cible.

"Je suis désolée de le dire comme ça, mais quelque part, c'est bien fait pour sa gueule, lance Sarah en promenant son chien au pied d'un ensemble de résidences à deux pas du centre-ville. À force de répéter qu'il fait bon vivre à Alès, bah voilà le résultat, ça lui revient en pleine tête. C'est triste d'en arriver là mais je ne suis pas inquiète pour lui, il est bien protégé. J'ai plus peur pour les gens qui vivent au milieu des trafics. Des choses sont faites oui, mais c'est trop tard, les problèmes ne datent pas d'aujourd'hui."

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Cette mère d'une adolescente de 14 ans fait référence aux quartiers des Cévennes et des Près Saint-Jean. C'est dans ce dernier qu'un jeune de 18 ans a été tué par balle début juin, quelques mois après la mort d'un homme de 54 ans mi-janvier à proximité d'un point de deal. "Le plus dingue, c'est que les collèges et lycées sont là-bas, poursuit la jeune femme. Une fois, ma fille est sortie du bus et ça tirait : ce sont les surveillants du collège qui lui ont dit de s'abriter. Le lendemain, ils ont fouillé les sacs des gamins à l'école, mais les points de deal, ils sont en face, de l'autre côté de la rue."

Sentiment d'abandon

Une colère froide, mais également un sentiment d'abandon de la part des pouvoirs publics, en général, que de nombreux Alésiens semblent partager. Matthieu, 27 ans, a beau indiquer qu'il aime sa ville de toujours, le jeune homme décrit lui aussi un climat ambiant "pas vraiment rassurant". "On vit dans un no man's land, et le maire fait ce qu'il peut avec les moyens qu'il a, expose-t-il. Je n'ai pas voté pour lui, mais il est courageux. Ici, chacun fait un peu ce qu'il veut et dès que quelqu'un tape du poing sur la table, forcément ça ne plaît pas. Mais là, on s'en prend à un élu de la République : c'est quoi la prochaine étape ?"

Assis sur les escaliers de la Maison de la jeunesse du centre-ville, à l'ombre des platanes, deux adolescents s'interrogent eux sur les motivations de la DZ Mafia. "Il y a une vidéo qui tourne sur les réseaux (où des personnes se revendiquent de l'organisation criminelle, NDLR) où ils disent que ce n'est pas eux, lance le plus âgé des deux, 18 ans à peine. Donc je ne sais pas : c'est quoi l'intérêt de cibler un maire ? Soit ils nous prennent pour des cons, soit ils disent vrai."

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Son acolyte, lui, avoue ne pas savoir si c'est une bonne chose ou non de lutter contre les trafics. "Il (le maire) peut toujours essayer, mais il va galérer", lance-t-il avant que son pote embraye d'un ton aussi surprenant que détaché, toujours à propos de l'élu : "S'il cherche trop la merde, en face, ils sont tellement capables de tout qu'ils pourraient tirer au hasard sur des gens pour faire passer un message."