thejournalofsierraleonestudies.com

REPORTAGE. “Il y a déjà quinze jours de travail pour accueillir 600 spectateurs en toute sécurité…” : immersion dans les coulisses de ce festival du Lot avant le lever de rideau

À quelques heures de l'ouverture de la 46e édition du Festival de Saint-Céré, techniciens et artistes peaufinent les derniers préparatifs au Théâtre de l'Usine. Entre le montage de l'opéra Cendrillon et les répétitions du bal qui prolongera la soirée d'ouverture, immersion dans les coulisses d'un festival où la magie commence bien avant le lever de rideau.

l'essentiel À quelques heures de l'ouverture de la 46e édition du Festival de Saint-Céré, techniciens et artistes peaufinent les derniers préparatifs au Théâtre de l'Usine. Entre le montage de l'opéra Cendrillon et les répétitions du bal qui prolongera la soirée d'ouverture, immersion dans les coulisses d'un festival où la magie commence bien avant le lever de rideau.

9 heures. Un poids lourd recule lentement derrière le Théâtre de l'Usine. Les portes s'ouvrent. En quelques minutes, une dizaine de techniciens se glissent dans le ventre du camion pour faire passer, à la chaîne, des dizaines de caisses noires numérotées. Sur scène, les premiers panneaux de décor prennent déjà place. Plus loin, une plate-forme se monte pour accueillir les musiciens. Ici, personne ne chante encore. Pourtant, le spectacle a déjà commencé.

Marie Bonnier, régisseuse de la compagnie La co[opéra]tive donne les consignes pour adapter les décors de l'opéra Cendrillon aux spécificités du Théâtre de l'Usine. Cette adaptation pétillante fait l'ouverture de la 46ème édition du Festival de Saint-Céré ce dimanche 26 juillet.
Marie Bonnier, régisseuse de la compagnie La co[opéra]tive donne les consignes pour adapter les décors de l'opéra Cendrillon aux spécificités du Théâtre de l'Usine. Cette adaptation pétillante fait l'ouverture de la 46ème édition du Festival de Saint-Céré ce dimanche 26 juillet. DDM DN

Depuis plusieurs jours, chacun occupe sa place dans une organisation parfaitement rodée. Au total, près de 200 artistes, techniciens, costumiers, régisseurs et bénévoles participent à l'aventure du 46e Festival de Saint-Céré dont le public ne verra que le résultat final.

Au milieu de cette agitation, Guillaume Hébrard circule d'un pas rapide. Le directeur technique de ScénOgraph ajuste lui-même un élément de décor à l'aide d'une cisaille. "Accueillir deux opéras, c'est un vrai défi. Le spectacle est conçu pour des opéras. Ici, il faut l'adapter au lieu. C'est tout le travail de préparation que personne ne voit."

À Saint-Céré, on adapte les spectacles aux lieux

Au Théâtre de l'Usine, Cendrillon ne pouvait pas être présenté comme ailleurs. Dans la plupart des théâtres, les décors disparaissent dans les cintres avant de laisser apparaître les suivants. Impossible ici. Les équipes du festival et de la compagnie La co[opéra]tive ont donc imaginé une solution, née de plusieurs mois de réflexion. Mais pas question de la dévoiler pour garder l'effet de surprise. Pour Marie Bonnier, régisseuse, cette contrainte est devenue une force. "On était dans une forme de confort en tournant jusqu'à présent dans des théâtres classiques. Là, on invente autre chose. C'est stimulant." Une surprise que le public découvrira ce dimanche à 11 h et à 18 h dans cette adaptation pétillante de l'opéra de Pauline Viardot, mis en scène par David Lescot.

Pour accueillir Cendrillon, Guillaume Hébrard, directeur technique de ScénOgraph, adapte certains éléments du décor aux particularités du Théâtre de l'Usine.
Pour accueillir Cendrillon, Guillaume Hébrard, directeur technique de ScénOgraph, adapte certains éléments du décor aux particularités du Théâtre de l'Usine. DDM DN

Quand Cendrillon se termine, la fête commence

À quelques mètres du plateau, un air de cabaret s'élève dans les escaliers. Fanny Aguado répète quelques pas avec la chanteuse Sarah Lazerges. Pendant que les techniciens montent les décors, la chorégraphe prépare la deuxième partie de la soirée d'ouverture avec le Bal'Ograph. Une première estivale. "On veut accueillir les spectateurs autour d'une fête. Il y aura un DJ, des danseurs, un carnet de bal mais surtout l'envie que tout le monde participe." Elle sourit lorsqu'on lui demande si certains pourraient hésiter. "Qui ne sait pas danser ? Personne. Tout le monde danse." Ce samedi, bénévoles et habitants apprendront même quelques chorégraphies avant d'entraîner le public. Le conte ne s'arrêtera donc pas au dernier accord de l'opéra.

La chanteuse Sarah Lazerges et Fanny Aguada de la compagnie Evidanse en répétition pour un Bal’Ograph exceptionnel dimanche 26 juillet à partir de 20h. Le temps d’une soirée, la cour du Théâtre de l’Usine se transforme en une salle de bal sous les étoiles avec un DJ set.
La chanteuse Sarah Lazerges et Fanny Aguada de la compagnie Evidanse en répétition pour un Bal’Ograph exceptionnel dimanche 26 juillet à partir de 20h. Le temps d’une soirée, la cour du Théâtre de l’Usine se transforme en une salle de bal sous les étoiles avec un DJ set. DDM DN

Pendant ce temps, un château devient un opéra

À une quinzaine de kilomètres de là, un autre chantier mobilise les équipes. Dans la cour du château de Castelnau-Bretenoux, Fidelio prend forme. Le seul opéra de Beethoven sera présenté cet été dans une mise en scène de Pauline Laidet avec le Théâtre Impérial Opéra de Compiègne, sous la direction musicale de Gabriel Pidoux. Une création dont l'idée est née au Festival de Saint-Céré. Mais avant les premières répétitions, il faut transformer la cour du château en salle de spectacle. "Il y a déjà quinze jours de travail pour accueillir 600 spectateurs en toute sécurité" explique Guillaume. "Ensuite seulement, on commence à parler du spectacle."

Fidelio, unique opéra de Beethoven, renaît les 31 juillet, 2 et 3 août 2026 dans une mise en scène immersive inédite au Château de Castelnau-Bretenoux.
Fidelio, unique opéra de Beethoven, renaît les 31 juillet, 2 et 3 août 2026 dans une mise en scène immersive inédite au Château de Castelnau-Bretenoux. Loran Chourrau

Ouvrir l'opéra à de nouveaux publics

Depuis son bureau, Gabriel Lucas de Leyssac suit d'un œil les derniers préparatifs. Pour le coordinateur de ScénOgraph, cette 46ᵉ édition poursuit un même objectif en ouvrant l'opéra à ceux qui n'osent pas toujours en franchir les portes. "Cette année, on ouvre avec un opéra familial. C'est un vrai signal. Cendrillon est accessible dès 8 ans. C'est une formidable porte d'entrée pour les enfants, les parents et tous ceux qui pensent que l'opéra n'est pas fait pour eux".

L'opéra Cendrillon, accessible à partir de 8 ans, fait l'ouverture de la 46ème édition du Festival de Saint-Céré.
L'opéra Cendrillon, accessible à partir de 8 ans, fait l'ouverture de la 46ème édition du Festival de Saint-Céré. Christophe RAYNAUD DE LAGE

L'autre singularité du festival est de faire vivre cet art dans des lieux où on ne l'attend pas. "Pour moi, c'est sans doute le seul festival en France qui propose de telles créations dans des lieux non dédiés. Jouer Cendrillon au Théâtre de l'Usine ou créer Fidelio dans la cour de Castelnau-Bretenoux, c'est offrir une autre façon de découvrir l'opéra, beaucoup plus proche du public." Cette volonté d'ouverture se retrouve aussi dans toute la programmation, avec des rendez-vous gratuits, des rencontres avec les artistes, des ateliers, du cinéma en plein air et une politique tarifaire pensée pour rester accessible au plus grand nombre.

Le Festival de Saint-Céré jusqu'au 7 août mobilise près de 200 artistes, musiciens, techniciens et bénévoles.
Le Festival de Saint-Céré jusqu'au 7 août mobilise près de 200 artistes, musiciens, techniciens et bénévoles. DDM DN

En fin d'après-midi, le Théâtre de l'Usine retrouve son calme. Les artistes vont prendre possession du plateau et les derniers réglages se poursuivront jusqu'au lever de rideau. Demain, lorsque les premières notes de Cendrillon résonneront, le public n'en verra rien. C'est peut-être cela, la magie du Festival de Saint-Céré : faire naître, au cœur d'un territoire rural du nord du Lot, l'un des plus grands festivals lyriques d'Occitanie, où l'émotion de l'opéra se prolonge jusque dans la fête et la danse.