REPORTAGE. “Ça fait du bien de déconnecter pendant une semaine” : dans le Gers, de jeunes adolescents expérimentent des vacances sans écran ni téléphone
À Ramouzens, dans le Gers, une poignée d’adolescents a passé six jours sans téléphone, entre forêt, baignades, nuits sous tente et activités collectives. Une déconnexion numérique qui s’inscrit dans un séjour pensé pour des jeunes neuroatypiques, avec l’objectif de recréer du lien et de la confiance.
l'essentiel À Ramouzens, dans le Gers, une poignée d’adolescents a passé six jours sans téléphone, entre forêt, baignades, nuits sous tente et activités collectives. Une déconnexion numérique qui s’inscrit dans un séjour pensé pour des jeunes neuroatypiques, avec l’objectif de recréer du lien et de la confiance.
"Ça fait du bien de déconnecter pendant une semaine, mais ça fait aussi du bien d’avoir son téléphone", résume Chloé, 13 ans. Pour Hector, 14 ans, le plus difficile est ailleurs : "Le plus dur, c’est qu’il n’y a ni mon frère ni mes parents." Louka, 13 ans, reconnaît lui aussi que la coupure n’est pas toujours simple : "J’ai des amis qui m’envoient des messages, je ne peux pas leur répondre, et le savoir me perturbe."
Pourtant, plusieurs jeunes reviennent chaque année. Lola, 12 ans, raconte avoir progressivement changé ses habitudes : "Tu découvres de nouvelles choses sur toi, c’est vraiment une petite aventure de cinq jours." Elle raconte notamment avoir changé son rapport à la nourriture : "Avant, je n’aimais pas les pois chiches. Maintenant, je les aime." Hector, lui, profite surtout de la nature et aime fabriquer des objets avec ce qu’il trouve dans la forêt.
Une colo pour accompagner les jeunes neuroatypiques
Créée en 2018, l’Abeille Verte accueille chaque été environ 80 jeunes. À l’année, l’association reçoit également des jeunes accompagnés par l’aide sociale à l’enfance. Sa cofondatrice Loïca, ingénieure de formation, a voulu créer un cadre mieux adapté aux jeunes neuroatypiques, souvent confrontés à des difficultés de compréhension et d’accueil dans d’autres structures. Ce terme englobe l’autisme, les troubles de l’attention (TDAH), la dyslexie, la dyspraxie et d’autres variations neurologiques.
Sur le camp des 12-17 ans, les profils sont variés. "Ce qu’on retrouve souvent, c’est une difficulté à gérer les émotions", explique Loïca. La coupure des écrans fait partie du dispositif, mais n’en constitue pas l’unique objectif : il s’agit surtout de "recréer du lien, de la confiance et des expériences communes".
Les séjours durent six jours, du dimanche au vendredi. Les journées alternent activités, repas collectifs, baignades, découverte de la forêt et moments de discussion. Chaque matin, le "pot" permet aux adolescents de parler de leurs émotions et de leur ressenti.
Ici, le confort est volontairement réduit : toilettes sèches, douche solaire, hamacs, tipis ou nuits à la belle étoile. Pour certains, c’est une découverte. "Il y en a qui sont très à l’aise pour sortir de leur zone de confort, pour d’autres, c’est vraiment un défi", constate Loïca.
Déconnecter, mais surtout se reconnecter
Les téléphones restent interdits pendant le séjour, mais les adolescents peuvent appeler leurs proches deux fois dans la semaine. Un appareil photo numérique circule également entre eux, avec dix clichés maximum par jeune et par jour. L’idée : conserver une trace du séjour sans retomber dans l’usage permanent de l’écran.
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Pour Patricia, directrice adjointe du camp, les difficultés rencontrées ne sont d’ailleurs pas forcément liées au téléphone. "Ils parlent parfois des téléphones et des réseaux sociaux, mais je n’ai jamais eu de crise uniquement à cause de ça", explique-t-elle. Le changement d’environnement, la vie en groupe ou l’éloignement de la famille peuvent être plus déstabilisants.
Dans le Gers, la déconnexion apparaît donc moins comme une cure contre les écrans que comme une occasion de vivre autrement, ensemble. "On essaie de leur redonner confiance en eux et en l’autre", résume Loïca.