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Rentrée littéraire 2026 : le retour de la fiction | Les Inrocks

Après le règne de l’autofiction en 2025, la fiction serait-elle de retour en 2026 ? C’est en tout cas ce que nous suggère de nombreux romans de cette rentrée littéraire. L’année dernière, on a beaucoup comment...

Après le règne de l’autofiction en 2025, la fiction serait-elle de retour en 2026 ? C’est en tout cas ce que nous suggère de nombreux romans de cette rentrée littéraire.

L’année dernière, on a beaucoup commenté l’abondance de récits familiaux parus au moment de la rentrée littéraire. Dans les romans publiés à cette période, beaucoup d’écrivain·es abordaient le passé de leurs aïeul·les. Cette profusion de textes personnels avait aussi entraîné des critiques sur le nombrilisme supposé de la littérature française. Pourtant, comme l’expliquait l’historien de la littérature William Marx sur France Culture en août dernier, cette “tendance” à l’autofiction n’est pas nouvelle et elle traverse notre littérature, de Montaigne à Colette en passant par le Nouveau Roman.

Bien qu’elle soit encore riche en récits intimes (Adèle Haenel, Louise Chennevière, Iris Brey…), la rentrée 2026 semble marquée par un retour en force de la fiction. On peut en dresser une liste non exhaustive en citant les romans de Karim Kattan, Phœbe Hadjimarkos Clarke, Kae Tempest, Souvankham Thammavongsa, Eva Baltasar, Laura Kasischke, Diaty Diallo, Antoine Volodine mais aussi les textes de primo-romancièr·es comme Jean-Philippe Louis ou Douce Dibondo.

En 2024, le Guardian consacrait un article à l’essor de la littérature horrifique au cœur d’une année 2023 particulièrement anxiogène. Pourquoi avait-on besoin de se plonger dans des univers fictifs sombres alors que la réalité semblait déjà tellement désespérée ? Ce succès disait quelque chose de notre désir collectif de fiction en ces temps troublés. Pas pour s’échapper du monde ou pour l’oublier le temps de la lecture, mais pour penser notre réalité autrement, pour explorer d’autres vies, comme autant d’expériences de pensée. J’ai vu plusieurs lecteur·ices raconter leur lecture bouleversée du Livre des souterrains de Phœbe Hadjimarkos Clarke au terme d’un été marqué par les canicules et les feux de forêt. L’autrice situe l’action dans un futur proche et décrit la sueur, la sensation d’étouffer. La fiction et la réalité entament un dialogue complexe. Karim Kattan m’a expliqué en interview (lire l’entretien dès le 4 septembre sur le site) que son roman – qui raconte la traversée d’un pays en pleine apocalypse – visait à parler de notre temps tout en restant ouvert à toutes les interprétations. On peut y lire aussi bien une évocation du génocide à Gaza qu’une métaphore du dérèglement climatique. Cette soif de fiction est peut-être le signe d’une brèche qui s’ouvre, dans laquelle peuvent se nicher notre imagination et nos angoisses contemporaines et collectives. Ou d’une trappe qui nous donne l’illusion que nous pouvons encore nous échapper.

Édito paru dans la newsletter Livres du 3 septembre 2026. Pour vous abonner gratuitement aux newsletters des Inrocks, c’est ici !