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Relancer un collectif déçu, faire oublier Deschamps, trouver une nouvelle identité aux Bleus… Les défis qui attendent Zinédine Zidane à la tête de l’équipe de France

Le champion du monde 1998 devra réussir rapidement, après 14 ans d'une grande régularité sous l'égide de Didier Deschamps, qui a ramené un seul trophée majeur. ...

Le champion du monde 1998 devra réussir rapidement, après 14 ans d'une grande régularité sous l'égide de Didier Deschamps, qui a ramené un seul trophée majeur.

France Télévisions - Rédaction Sport

Publié le 28/07/2026 11:53

Mis à jour le 28/07/2026 13:00

Temps de lecture : 6min

Zinédine Zidane lors de sa présentation comme sélectionneur de l'équipe de France, le 28 juillet 2026. (AURELIEN MORISSARD / SIPA)
Zinédine Zidane lors de sa présentation comme sélectionneur de l'équipe de France, le 28 juillet 2026. (AURELIEN MORISSARD / SIPA)

La succession la plus naturelle qui soit. En prenant la tête de la sélection, après sa nomination officialisée mardi 28 juillet, Zinédine Zidane reprend le flambeau de son ancien coéquipier en Bleus Didier Deschamps, qui a remporté à ses côtés la première étoile de champion du monde, vingt ans avant de mener les Bleus de Paul Pogba et Kylian Mbappé à un second triomphe.

Malgré les excellents résultats des Bleus, mais aussi en raison de ce beau bilan qu'il doit prolonger, ou améliorer, l'ancien entraîneur du Real Madrid (entre 2016 et 2018 puis entre 2019 et 2021) devra faire ses preuves, au lendemain d'une élimination douloureuse en demi-finales du Mondial contre l'Espagne. Avec, en ligne de mire, l'Euro 2028 pour premier objectif.

Panser un collectif frustré

"Il y a beaucoup de déception, les joueurs sont anéantis", résumait en quelques mots Didier Deschamps, au micro de M6, après la défaite brutale de l'équipe de France par l'Espagne à Dallas, le 14 juillet dernier. La première mission de Zinédine Zidane sera forcément de redonner de l'allant à un groupe abattu en plein vol, qui se voyait très fort et s'était même choisi le surnom de "méchants" avant d'être éteint par la Roja.

La déception de Désiré Doué après la défaite contre l'Espagne, le 14 juillet 2026 à Dallas (Etats-Unis). (ALEXANDRE MARTINS / AFP)
La déception de Désiré Doué après la défaite contre l'Espagne, le 14 juillet 2026 à Dallas (Etats-Unis). (ALEXANDRE MARTINS / AFP)

Durant ses deux expériences au sein de la Casa Blanca, "Zizou" a montré qu'il savait aussi bien gérer les égos que tisser des relations de confiance avec les cadres, à l'image d'un Isco qui n'a jamais autant rayonné que sous son égide. Son pedigree lui octroie forcément une légitimité presque illimitée auprès des Bleus, même les plus expérimentés, et son arrivée pourrait suffire à remotiver chacun des sélectionnés, désireux de lui prouver leur valeur. Il pourra aussi compter sur un Kylian Mbappé toujours prompt à rebondir, comme il l'a exprimé le soir-même de l'élimination, au micro de M6 : "Même si ça paraît un peu robotique, il va falloir relever la tête, aller en vacances et repartir sur autre chose. Parce que le football n'attend personne, il va falloir apprendre et repartir pour mettre cet échec de côté."

Faire oublier le règne de son prédécesseur

Un trophée majeur pour trois finales en quatorze ans sous Didier Deschamps : il y a des raisons d'être frustré de ce bilan, avec deux des générations les plus talentueuses de l'histoire des Bleus. Mais le désormais ex-sélectionneur des Bleus a eu le mérite de redresser une sélection traumatisée par Knysna, puis d'en refaire progressivement un cador du football mondial. "Il y a eu la finale gagnée de 2018, la finale perdue de l'Euro 2016 en France, la finale perdue au Qatar en 2022, récapitulait Bixente Lizarazu pour franceinfo. Il y a donc eu de très, très bons moments. Mais ce qu'on retiendra, c'est cette étoile. [...] On avait tendance à s'habituer un peu trop vite, au moins à atteindre les demi-finales de Coupe du monde. C'était presque une normalité pour nous." Zinédine Zidane ne devra pas déroger aux nouveaux standards d'une sélection qui n'a raté le dernier carré d'une grande compétition qu'une fois sur les dix dernières années, lors de l'Euro 2021. Il le sait, et a expliqué qu'il allait "faire différent. DD c'est DD, Laurent Blanc c'était Laurent Blanc, Zizou c'est Zizou. je vais essayer de faire ce que je sais faire. C'est une continuité, avec l'objectif de faire que l'équipe de France continue à gagner", a-t-il expliqué en conférence de presse, mardi 28 juillet.

Pour faire au moins aussi bien que Didier Deschamps, son ancien partenaire en Bleus aura pour objectif de guider la France vers une troisième étoile. Il pourra d'ailleurs s'appuyer sur bon nombre de cadres encore dans la fleur de l'âge en 2030 : Kylian Mbappé aura 31 ans, William Saliba en aura 29, Michael Olise seulement 28... La relève a déjà été progressivement intégrée – Robin Risser, Warren Zaïre-Emery, Rayan Cherki, Désiré Doué et Bradley Barcola sont tous âgés de moins de 24 ans – mais d'autres joueurs sont déjà prêts à injecter du sang neuf, si le nouveau sélectionneur le juge nécessaire : Castello Lukeba (23 ans, Leipzig), Adrien Truffert (24 ans, Bournemouth), Senny Mayulu (20 ans, Paris Saint-Germain) ou encore Eli Junior Kroupi (20 ans, Bournemouth) entre autres.

Donner une identité de jeu

En conférence de presse après la victoire argentine en demi-finales, le sélectionneur argentin Lionel Scaloni disait des Espagnols que "tout le monde sait comment ils jouent, quel est leur style". Difficile d'en dire autant des Bleus depuis des années. Souvent pragmatique, voire défensive, comme lors du Mondial 2018 et de l'Euro 2024, parfois joueuse et prolifique, aux deux extrémités de son mandat (Coupes du monde 2014 et 2026), l'équipe de France de Didier Deschamps était protéiforme, mouvante, malléable au gré des forces à disposition, avec un certain succès. S'il n'a jamais semblé très dogmatique tactiquement avec le Real Madrid, Zinédine Zidane devra apposer sa patte, sans doute autour d'un pressing haut et de velléités plus offensives.

"Je ne peux pas vous expliquer comment on va gagner en deux mots, s'est-il d'abord montré prudent en conférence de presse, mardi, avant de se dévoiler un peu plus. J'ai une équipe extraordinaire qui va être en place. Il faut que j'atterrisse, que je vois les joueurs, que je leur explique mon projet de jeu, ce que l'on va faire ensemble. Ça sera ensuite à moi en tant qu'entraîneur de continuer à faire gagner cette équipe."

Car la décennie 2020 est celle des sélections à l'identité marquée : l'Espagne donc, et son jeu de possession, que connaît parfaitement Zidane, mais aussi l'Argentine. La "Scaloneta", autre surnom de l'Albiceleste depuis qu'elle est guidée par Lionel Scaloni (nommé au lendemain du Mondial 2018), rafle tout ou presque depuis cinq ans. Et sa recette reste inchangée : une liberté absolue pour Lionel Messi, compensée par des milieux de terrains aussi habiles que bagarreurs. Le nouveau patron des Bleus devra donc composer avec la vision qu'il a du football, son expérience, mais aussi inévitablement avec le profil des joueurs qu'il aura choisis.

Trouver la solution au problème espagnol

Il fut un temps où rencontrer l'Espagne était de bon augure pour les Bleus : entre 1981 et 2001, l'équipe de France a enchaîné huit matchs sans défaite contre la Roja, avec notamment deux succès sur la route de ses sacres européens (2-0 en finale de l'Euro 1984 et 2-1 en quarts de l'Euro 2000), et, plus tard, une autre victoire décisive en huitièmes de finale du Mondial 2006 (3-1). C'est une époque révolue.

Les Français Thierry Henry et Zinédine Zidanecélèbrent leur victoire devant l'Espagnol Sergio Ramos en huitièmes de finale de la Coupe du monde, le 27 juin 2026 à Hanovre (Allemagne). (PATRIK STOLLARZ / AFP)
Les Français Thierry Henry et Zinédine Zidanecélèbrent leur victoire devant l'Espagnol Sergio Ramos en huitièmes de finale de la Coupe du monde, le 27 juin 2026 à Hanovre (Allemagne). (PATRIK STOLLARZ / AFP)

Désormais menée par l'homme du cru, Luis de la Fuente, qui a entraîné presque toutes les sélections de jeunes avant d'être intronisé avec les A, l'Espagne reste sur trois victoires, toutes franches, contre la France. Avec l'Euro 2028 pour première échéance, Zinédine Zidane devra mettre fin à l'hégémonie continentale d'une sélection qui n'a plus perdu contre une équipe européenne depuis plus de trois ans (défaite 2-0 en Ecosse en mars 2023, en éliminatoires de l'Euro). Pour envisager un sacre, il faudra donc se montrer supérieur à ce collectif si bien huilé.

"Il n'y a pas que celui-là [comme défi], il faut battre toutes les équipes, l'Espagne est une équipe coriace mais ce n'est pas la priorité, la priorité, c'est la Turquie", a tenu à relativiser le nouveau patron des Bleus, préférant évoquer sa première grande échéance face aux Turcs à l'occasion de la 1re journée de la phase de groupes de la Ligue des nations, le 25 septembre prochain.

"L'Espagne a respecté son plan, ce à quoi elle est fidèle, une équipe qui aime avoir le contrôle du ballon, le contrôle du tempo du match", analysait Kylian Mbappé après la désillusion de Dallas. Exactement comme en demi-finales de l'Euro 2024 (défaite 2-1), les Bleus ont été baladés dans l'entrejeu, ne sont jamais parvenus à gêner les relances adverses, et ont surtout eu toutes les peines du monde à se procurer la moindre occasion franche. "Lorsque nous avons commencé, il y a près de quatre ans, avec une idée, nous sommes restés fidèles à cette idée, et c'est celle-ci qui nous a menés jusqu'ici", se félicitait Luis de la Fuente après la victoire espagnole en demi-finales. Il faudra au moins ça à Zinédine Zidane, une idée, pour enfin enrayer la mécanique ibérique et mettre fin à la série noire des Bleus contre la Roja. Et aller chercher de nouveaux titres pour l'équipe de France.

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