RECIT. Affaire Jubillar, la reconstitution : “Cette nuit-là, j’ai brisé la vie de Delphine, la mienne et celle des enfants” Comment Cédric a raconté les faits lors de sa dernière audition
Entre désir de rédemption, volonté de dire la vérité et mémoire défaillante, Cédric Jubillar, 39 ans, reste lucide : "J’ai peur de prendre la même peine dans tous les cas..." Lors de sa dernière audition du 18 septembre 2026, que nous avons pu consulter, celui qui a reconnu, plus de cinq ans après les faits, avoir étranglé sa femme, Delphine, en décembre 2020, dans le Tarn, avant de faire disparaître son corps dans un tas de terreau, relate les détails de son crime.
l'essentiel Entre désir de rédemption, volonté de dire la vérité et mémoire défaillante, Cédric Jubillar, 39 ans, reste lucide : "J’ai peur de prendre la même peine dans tous les cas..." Lors de sa dernière audition du 18 septembre 2026, que nous avons pu consulter, celui qui a reconnu, plus de cinq ans après les faits, avoir étranglé sa femme, Delphine, en décembre 2020, dans le Tarn, avant de faire disparaître son corps dans un tas de terreau, relate les détails de son crime.
Le 6 juillet dernier, dans une lettre d'aveux transmise à ses avocats, Cédric Jubillar avait reconnu être "l'auteur de la disparition" de sa femme Delphine, après plus de cinq ans de dénégation et une condamnation à 30 ans de prison en première instance. Depuis, des restes de la dépouille de son épouse ont été retrouvés, son procès en appel a été reporté (il aura lieu du 30 avril au 14 mai 2027) et l'artisan plaquiste a été interrogé par un juge le 18 septembre à Toulouse. Une audition capitale durant laquelle il a détaillé les faits, une version qui sera confrontée aux éléments de l'enquête ce vendredi, lors d'une nouvelle reconstitution.
Le contexte avant la mort de Delphine
Cédric Jubillar et son épouse, couple trentenaire établi à Cagnac-les-Mines (81) et parents de deux enfants, sont en instance de divorce. L’ambiance est électrique. L’infirmière d’Albi envisage de refaire sa vie. Elle lui annonce officiellement, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, qu’elle a une autre relation.
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Un étranglement dans la cuisine
Selon Cédric Jubillar, l’étranglement se serait donc passé dans la cuisine du pavillon familial. "Je la tiens avec mes deux mains, elle est face à moi, je regarde mes pieds, je n’en peux plus, je lui répète tais-toi !". Il aurait "vrillé" après une phrase prononcée par son épouse, "J’en ai trouvé un qui fait mieux l’amour que toi". Il poursuit : "Comme j’étais dans un état second, je n’ai pas senti ma force, je l’ai donc serrée fort". Une scène qui aurait duré deux minutes. Son épouse ne se serait pas débattue et tout se serait passé dans la maison vers 1 h 30.
Cédric Jubillar ne comprend toujours pas le témoignage de son fils, Louis, six ans au moment des faits, qui a dit avoir assisté à une dispute par l’entrebâillement d’une porte. "Je ne comprends pas qu’il ait pu dire cela, la porte du couloir était grande ouverte, je l’aurais vu." Ensuite, il raconte avoir paniqué.
Pas de lunettes
Cette nuit-là, "pour moi, elle n’a pas ses lunettes, elle ne les met pratiquement plus car elles sont cassées". Cédric Jubillar affirme qu’il n’a "plus d’intérêt à mentir". Les lunettes de vue de Delphine Jubillar ont été retrouvées en plusieurs morceaux sur la table du salon. Une branche a été récupérée derrière le canapé.
Un crime "non prémédité"
Lorsque la juge Élodie Billot lui demande "Avez-vous mûri ou prévu ce qui s’est passé cette nuit-là ?" Cédric Jubillar réfute toute notion de préméditation : "Si j’avais dû prévoir quelque chose, j’aurais creusé un trou et je ne l’aurais jamais fait (étrangler sa femme) à la maison pendant que les enfants dormaient."
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Les menaces de mort indirectes relatées dans les investigations ? "J’ai dit cela car j’étais en colère contre elle, ce n’est pas quelque chose que je pensais". Les consultations du site de Mailhoc – où des restes de la dépouille de Delphine ont été retrouvés en juillet – sur l'application Google Maps, le 5 décembre, entre 7 h 12 et 7 h 14 ? "Je ne regarde pas les zones, ou alors c’est parce que j’avais un chantier dans la région mais ça ne me dit rien..."
Mailhoc, "pour les tas de terreau"
C’est à une douzaine de kilomètres de Cagnac que Cédric Jubillar va déposer le corps de sa femme, dans un tas de terreau, selon lui. Après l’avoir étranglée, il dit l’avoir chargée dans le coffre de la voiture en la portant sur son épaule droite. La Peugeot 207 "est garée dans le sens de la descente". Frein à main desserré, il n'allume pas le moteur dans les premiers mètres. À Mailhoc, l’enfouissement du corps aurait pris dix minutes. "J’ai creusé un trou à la main assez grand pour la mettre. Puis j’ai récupéré le corps (dans le coffre de la voiture) et je l’ai mise dans le trou et je l’ai cachée."
Pourquoi à Mailhoc ? Il dit avoir roulé et évité Albi pour prendre une route plus sombre, en direction de Cordes-sur-Ciel. C’est là qu’il aurait vu les tas de terreau. "Je ne sais pas où je vais, je roule sans objectif, je cherche un endroit où je pouvais dissimuler le corps, dans la panique je n’ai pas réfléchi". Dans la voiture, sur le chemin du retour, il aurait décidé du scénario pour "masquer" son crime. Il aurait attendu 3 h 54 pour se réveiller après s’être endormi brièvement et entamer ses premiers appels à sa femme, à ses copines et à la gendarmerie à 4 h 09, déclarant "ma femme a disparu".
Un téléphone jeté dans une poubelle
Lorsqu’il revient à Cagnac, il aperçoit le téléphone de sa femme sur le canapé. Il décide de le faire disparaître dans un sac-poubelle avec sa doudoune et des bottines. Il ressort de la maison et aurait mis le sac-poubelle dans un conteneur situé entre 50 et 100 mètres de la maison (NDLR : les éboueurs passent le lundi soir, rue Yves-Montand). La réactivation de ce téléphone à 6 h 52 ? "Je ne comprends pas, je n’ai pas le code de l’empreinte pour le déverrouiller. J’ai voulu m’en débarrasser, je n’ai aucun intérêt à vous mentir, vraiment, je ne comprends pas." Le téléphone de Delphine n'a jamais été retrouvé.
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Enfin, Cédric Jubillar évoque l’aide psychologique apportée par son "accompagnatrice" et celle de son avocat, Pierre Debuisson. "Ils m’ont aidé à exprimer ce que je ressentais vraiment et j’aimerais continuer à faire ce travail en prison."