Rachat d’easyJet : le fonds Apollo s’offre la deuxième low-cost européenne pour 6,7 milliards d’euros | Air Journal
Le fonds d’investissement américain Apollo Global Management a confirmé, jeudi 6 août, le rachat de la compagnie aérienne low-cost easyJet via une offre publique d’acquisition en numéraire de 5,7 milliards de l...
Le fonds d’investissement américain Apollo Global Management a confirmé, jeudi 6 août, le rachat de la compagnie aérienne low-cost easyJet via une offre publique d’acquisition en numéraire de 5,7 milliards de livres, soit environ 6,7 milliards d’euros, à 7,15 livres par action.
Recommandée à l’unanimité par le conseil d’administration de la low-cost britannique, l’opération, qui intervient après le retrait de l’autre prétendant Castlelake, doit être finalisée au premier trimestre 2027 et pose d’ores et déjà la question du contrôle européen de la deuxième compagnie low cost du continent.
Apollo l’emporte face à Castlelake
Après plusieurs semaines de bras de fer, Apollo sort vainqueur de la bataille pour le contrôle d’easyJet. Le fonds américain propose 7,15 livres par action, valorisant la compagnie à 5,7 milliards de livres (6,7 milliards d’euros), soit une prime substantielle par rapport au cours déprimé de la low-cost en raison des tensions au Moyen-Orient et de la flambée du carburant.
Castlelake, qui avait initialement mis sur la table une offre concurrente à 6,90 livres par action, a finalement renoncé à déposer une offre ferme, laissant le champ libre à Apollo jeudi 6 août. Le conseil d’administration d’easyJet avait déjà indiqué à la mi-juillet qu’il était « disposé à recommander » l’offre d’Apollo, jugée « supérieure » pour les actionnaires par rapport à celle de Castlelake.
Une prime pour les actionnaires, loin des sommets pré-Covid
L’offre d’Apollo représente une prime d’environ 81% par rapport au cours de clôture du 28 mai, retenu comme cours de référence par la compagnie. Selon les communiqués de la société, chaque actionnaire se verra proposer 7,15 livres en numéraire par action, avec une alternative possible consistant à échanger ses titres contre des actions non cotées de la holding qui contrôlera easyJet après le rachat, dans la limite de 49,9% du capital de cette holding.
Pour autant, cette valorisation reste très en deçà des sommets atteints par easyJet avant la pandémie de Covid‑19. L’analyste Danni Hewson (AJ Bell) rappelle que le prix payé par Apollo « est une prime significative par rapport au niveau auquel l’action easyJet se négociait avant la guerre en Iran, mais ce montant reste très en deçà des sommets atteints par l’entreprise avant la pandémie ». Une manière de souligner le caractère opportuniste d’une offre qui intervient dans un contexte de résultats fragilisés.
Profits sous pression et envolée du kérosène
Comme ses concurrentes, la compagnie à la livrée orange subit de plein fouet la hausse du prix du carburant liée au conflit au Moyen-Orient. Sur son troisième trimestre décalé, clos fin juin, easyJet a vu son bénéfice avant impôts plonger de 70%, à environ 99 millions d’euros.
Les autres grandes low-cost européennes ne sont guère mieux loties : Ryanair a enregistré un recul de 34% de son bénéfice net au premier trimestre de son exercice décalé, à 538 millions d’euros, tandis que la hongroise Wizz Air a basculé dans le rouge ces derniers mois. Face aux premières offres jugées trop faibles, easyJet n’avait pas hésité à dénoncer « le caractère très opportuniste du calendrier, alors que le cours de l’action easyJet est temporairement déprimé en raison de la situation actuelle au Moyen-Orient ».
Slots, réseau et easyJet Holidays : les atouts qui séduisent Apollo
Si easyJet suscite autant de convoitises, c’est d’abord en raison de la valeur stratégique de ses créneaux aéroportuaires dans les grands hubs européens, de Londres-Gatwick à Paris-CDG, Genève ou Amsterdam. La compagnie occupe des positions fortes sur de nombreuses bases et détient un portefeuille de slots difficile à reconstituer pour un nouvel entrant.
Apollo ne s’y trompe pas. Le fonds explique qu’il suit la low‑cost « depuis de nombreuses années » et la considère comme « l’une des entreprises les plus attractives du secteur aérien mondial », mettant en avant « sa marque de premier plan », son « réseau étendu » et ses « positions solides sur des marchés attractifs ». Le développement rapide de la filiale de séjours easyJet Holidays, devenue l’un des moteurs de croissance du groupe, a également pesé dans la balance et constitue un relais de revenus moins volatil que le seul transport point à point.
Stelios Haji‑Ioannou reste à bord, structure capitalistique hybride
L’opération ne se traduit pas par une sortie totale de l’actionnariat historique. Le fondateur chypriote-grec d’easyJet, Stelios Haji‑Ioannou, et sa famille, qui détiennent encore environ 15,3% du capital, ont accepté l’offre et conserveront leur participation dans la future holding en échangeant leurs actions easyJet contre des titres non cotés du véhicule d’acquisition d’Apollo.
Cette structure hybride – une majorité de numéraire pour les actionnaires souhaitant sortir et une option de réinvestissement dans la holding – permet à Apollo d’aligner sur le long terme certains investisseurs clés tout en répondant aux contraintes réglementaires sur le contrôle des compagnies aériennes européennes. D’après les documents communiqués, Apollo ne détiendra qu’un maximum de 49,9% du capital, le solde devant rester entre des mains européennes, notamment via un trust dédié pouvant monter jusqu’à 5%.
Un montage sous forte contrainte réglementaire
Même si easyJet est basée au Royaume-Uni, elle dépend de licences européennes pour exploiter ses lignes intra‑UE via easyJet Europe, basée en Autriche. Les règles britanniques et européennes exigent qu’une compagnie aérienne reste « majoritairement détenue et effectivement contrôlée » par des intérêts britanniques ou européens. Le règlement (CE) n° 1008/2008 encadre ainsi la propriété et le contrôle des transporteurs aériens de l’UE, imposant une majorité de plus de 50% de capital et de droits de vote détenus par des ressortissants ou États membres européens.
Dans ce contexte, Apollo devra démontrer que, malgré sa participation économique, il ne prend pas le contrôle effectif d’easyJet, au sens où l’entend la réglementation européenne. Le projet prévoit que le fonds reste minoritaire, à 49,9%, complété par un trust européen et la présence d’actionnaires européens de référence pour satisfaire à ces exigences. La Commission européenne envisage par ailleurs de préciser et durcir les règles de propriété pour éviter que des structures complexes ne contournent l’esprit du texte, ce qui pourrait peser sur la revue de l’opération.
Une opération à finaliser d’ici 2027
Selon les deux parties, l’OPA recommandée doit être finalisée au premier trimestre 2027, sous réserve de l’obtention des autorisations des autorités de concurrence et des régulateurs aéronautiques concernés, ainsi que de l’approbation des actionnaires. Le siège d’easyJet restera au Royaume-Uni et la compagnie continuera à opérer sous sa marque actuelle, une condition essentielle pour préserver la valeur commerciale du groupe.
Apollo n’en est pas à son coup d’essai dans le secteur. Le fonds gère plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs à l’échelle mondiale et a déjà investi dans Aeromexico, Sun Country Airlines, Atlas Air, ou encore dans des financements structurés d’Air France‑KLM et de Virgin Atlantic. Son offensive réussie sur easyJet pourrait faire figure de précédent pour d’autres opérations de private equity dans le ciel européen -c’est-à-dire des fonds qui prennent des participations, souvent significatives, dans des entreprises pour en accroître la valeur puis revendre au bout de quelques années avec une plus‑value… Alors que le secteur est traditionnellement marqué par des consolidations entre compagnies plutôt que par des prises de contrôle par des fonds d’investissement.

@easyJe