“Quand ma retraite tant attendue est enfin arrivée, je me sentais inutile. J’ai connu une renaissance grâce à un potager”
La retraite devait marquer le début d’une vie plus calme pour Lorenzo. À 68 ans, il a pourtant dû apprendre à composer avec la disparition de ses anciens repères. À 68 ans, Lorenzo S. pensait enfin pouvoir prof...
La retraite devait marquer le début d’une vie plus calme pour Lorenzo. À 68 ans, il a pourtant dû apprendre à composer avec la disparition de ses anciens repères.
À 68 ans, Lorenzo S. pensait enfin pouvoir profiter du temps qui lui a longtemps manqué. Cet ancien chef d’entreprise milanais, habitué à travailler jusqu’à treize heures par jour, a attendu sa retraite avec impatience. Après quatre décennies consacrées presque entièrement à sa carrière, il a imaginé retrouver sa femme, ralentir et reprendre tout ce qu’il a constamment remis à plus tard. Les premières semaines lui ont d’ailleurs donné raison. Mais une fois la nouveauté passée, ce quotidien sans horaires ni responsabilités a pris une tournure beaucoup moins agréable.
Le travail n’occupait pas seulement ses journées : il définissait aussi largement la manière dont Lorenzo se percevait. « Pendant quarante ans, je me suis défini par mon travail », reconnaît-il dans les colonnes de La Repubblica. Il était habitué à décider, à résoudre des problèmes et à être sollicité quotidiennement. « Je pensais que la retraite serait une libération. Au lieu de cela, après quelques mois, je me suis rendu compte qu’avec le téléphone toujours silencieux, qui ne sonnait plus, les journées semblaient interminables. » Plus déstabilisant encore, il ne savait plus très bien quelle place occuper une fois son ancien rôle disparu : « Je me sentais invisible. »
La retraite le prive de ses repères avant une rencontre décisive
Progressivement, le repos tant désiré s’est transformé en ennui. Lorenzo passait des heures devant la télévision sans réellement regarder les programmes et devenait plus silencieux, parfois irritable. Sa femme a rapidement remarqué ce changement. Derrière cette humeur nouvelle se cachait moins la nostalgie du bureau que la perte du sentiment d’être nécessaire. « J’ai réalisé que le monde continuait très bien sans moi. » Cette idée, d’abord acceptée comme une conséquence normale du départ à la retraite, a fini par lui peser. Après avoir longtemps eu l’impression que son avis comptait, il s’est soudainement retrouvé sans personne pour le solliciter.
Le déclic est venu d’un ami, Claudio, qui lui a proposé de rejoindre un projet de jardin urbain partagé. Lorenzo n’avait jamais cultivé de légumes et ne se voyait pas particulièrement devenir jardinier. Il a pourtant accepté, pensant simplement occuper quelques matinées. Sur place, il a découvert un univers très éloigné de celui de l’entreprise : retraités, étudiants, jeunes familles et habitants du quartier travaillent ensemble sans se soucier du parcours professionnel des uns et des autres. Son ancien poste n’impressionne personne. Pour participer, il suffit de mettre la main à la pâte.

Après une retraite marquée par l’ennui et la perte de repères, Lorenzo retrouve un nouvel élan grâce à un jardin partagé
Le potager donne un nouveau sens à sa retraite
Cette nouvelle manière de fonctionner a néanmoins demandé un temps d’adaptation. Habitué pendant des années à encadrer des équipes, Lorenzo s’est d’abord surpris à vouloir expliquer aux autres comment procéder. Peu à peu, il a appris à écouter plutôt qu’à diriger. « J’ai découvert que même ceux qui avaient vingt ans de moins que moi pouvaient m’apprendre quelque chose. » Son expérience continue à avoir une valeur, mais elle s’exprime désormais autrement : « Et, sans même m’en rendre compte, j’ai commencé à partager mon expérience d’une manière totalement différente. Non pas en donnant des ordres, mais en me rendant disponible. » Une évolution qui lui redonne progressivement une place parmi les autres.
Un an après son départ à la retraite, le potager fait toujours partie de son quotidien. Lorenzo s’y rend chaque semaine et participe à un projet dont l’utilité dépasse largement le simple jardinage. « Aujourd’hui encore, je vais dans ce jardin chaque semaine. Nous cultivons des légumes que nous partageons avec des familles en difficulté du quartier, et nous organisons des journées portes ouvertes dans les écoles. » Ces activités lui permettent de transmettre, de rencontrer des personnes qu’il n’aurait probablement jamais côtoyées auparavant et, surtout, de contribuer concrètement à quelque chose sans avoir besoin d’un titre pour légitimer sa présence.

Grâce au potager, Lorenzo apprend à transmettre autrement et retrouve le sentiment d’être utile aux autres
Une autre forme de reconnaissance émerge avec la retraite
Ce changement l’a aussi conduit à revoir sa définition de la reconnaissance. « Le plus beau, c’est que je n’éprouve plus le besoin de prouver qui j’étais. Je suis heureux de savoir ce que je peux encore faire. » Avec le recul, Lorenzo estime avoir trop longtemps associé le respect à la position professionnelle : « J’ai compris que j’avais trop longtemps confondu respect et pouvoir. » Aujourd’hui, il affirme trouver davantage de satisfaction dans les liens créés autour du jardin. « La retraite n’a pas effacé mon identité. Elle m’a obligé à en construire une nouvelle, beaucoup plus authentique. Aujourd’hui, l’importance m’importe peu. Je suis heureux de me sentir utile. Et c’est un sentiment que je n’avais pas éprouvé depuis des années. »
Pour Anna Merolle, psychologue et psychothérapeute spécialiste des dynamiques relationnelles, l’expérience de Lorenzo illustre une difficulté fréquente au moment de quitter la vie active. « Pour beaucoup, le travail est bien plus qu’un simple emploi : c’est un ancrage psychologique. » Il apporte un cadre, des relations sociales et une forme de reconnaissance qui peuvent disparaître brutalement au moment de la retraite. Le jardin partagé a permis à Lorenzo de reconstruire ces repères dans un autre environnement, où son identité ne dépend plus de son statut. Une transition qui lui a surtout appris qu’après une carrière consacrée à être important, se sentir utile pouvait suffire à retrouver un équilibre.
En bref
- 👨💼 Lorenzo S., ancien chef d'entreprise, a pris sa retraite à 68 ans après une carrière de quarante ans.
- 🌱 Il a rejoint un projet de jardin urbain partagé, redécouvrant un sens à sa vie après la retraite.
- 🔄 Cette expérience lui a permis de redéfinir la reconnaissance et de trouver un nouvel équilibre personnel.