Quand des voix surgissent d’un abri à Liège: une expérience saisissante
Ce 5 septembre, le Collectif Listening prendra place dans les anciens bassins de la Cité Miroir pour une expérience sonore immersive. L'occasion de replonger dans l'histoire de cette piscine monumentale mais aussi de découvrir sa toute nouvelle expérience immersive: l'abri.
"Il fallait être bon nageur pour l'apprécier, je pense." Avant de devenir directrice de La Cité Miroir, Axelle Van Harten a multiplié les longueurs dans les anciens bassins de la Sauvenière. "Ma mère y enseignait la gymnastique ; j'y venais le dimanche avec mon parrain, avant d'aller manger sur la Batte."
Froide, profonde, avec un niveau d'eau situé bien sous les rebords, la piscine pouvait impressionner. Mais ce n'est qu'après sa réhabilitation qu'Axelle Van Harten en a réellement mesuré la valeur architecturale. Il faut dire que le lieu met une petite claque dès l'entrée.
Vue du ciel, son immense silhouette moderniste se glisse dans la ville, juste à côté du cinéma Sauvenière. Direction les bassins pour un effet "oufti" garanti : lignes courbes, hublots, granito et volumes démesurés composent un décor de paquebot inspiré du Bauhaus.
Aujourd'hui, plus question d'y piquer une tête. Le grand bassin, rebaptisé Espace Georges Truffaut, est recouvert d'un vaste plateau d'exposition, tandis que ses gradins, ses échelles et ses margelles rappellent toujours sa première vie. C'est là que l'on découvre actuellement Spirou dans la tourmente de la Shoah, une exposition qui plonge le célèbre groom dans la Belgique occupée.
Une salle de spectacle se cache sous le grand bassin. Le petit bassin est, lui, devenu l'Espace Rosa Parks : une salle de 500 m² baignée de lumière grâce à sa façade vitrée surplombant la place Xavier Neujean. Splendide.
Une piscine pour rendre l'hygiène accessible à tous
Pour comprendre comment deux piscines ont pu se retrouver perchées aux troisième et quatrième étages d'un tel paquebot, il faut remonter à 1936. Liège ne possède alors aucune piscine couverte et les salles de bains sont encore loin d'avoir gagné tous les logements. "L'idée, c'était d'amener l'hygiène aux citoyens, mais de manière accessible."
Confié à l'architecte moderniste Georges Dedoyard, le projet se veut aussi ambitieux que populaire : deux bassins, des douches, des bains, de l'hydrothérapie, des salles de sport, un café-restaurant et même un dancing. Une gare d'autobus prendra également place au rez-de-chaussée.
Les travaux débutent en 1938, alors que la situation internationale se tend. La guerre retarde le chantier, mais les Bains et Thermes de la Sauvenière ouvrent finalement en mai 1942, sous l'Occupation. "Un joli pied de nez de l'Histoire : leur architecture s'inspire du Bauhaus, considéré comme un art "dégénéré" par les nazis, sourit la directrice. Symboliquement, c'est assez beau de se dire que ce lieu a été ouvert et actif malgré tout." Le succès est immédiat : en 1943, plus de 800 000 baigneurs franchissent déjà ses portes.
Pendant des décennies, les Liégeois y apprennent à nager, s'y lavent ou y pratiquent la boxe, le judo ou encore la danse. Mais le bâtiment vieillit et les bassins ferment en 2000. Partiellement classé en 2004, le site échappe à un projet de parking grâce aux Territoires de la Mémoire et au Centre d'Action Laïque de la Province de Liège. Il renaît en 2014 sous le nom de La Cité Miroir, un lieu consacré à la culture, à la citoyenneté et à la mémoire.
Une expérience sonore immersive dans l'ancien bassin
Ce 5 septembre, le grand bassin changera encore de visage avec *I N S o U N D*, du Collectif Listening. Le public prendra place au cœur d'un cercle formé d'une vingtaine de musiciens, au plus près des archets et des vibrations, tandis qu'une trapéziste évoluera au-dessus de cette scène totalement hors norme. Une manière spectaculaire de faire résonner, une nouvelle fois, la mémoire des anciens Bains de la Sauvenière.
-> Note de la rédaction : cet article s'inscrit dans un partenariat avec VISITWallonia, qui nous conseille sur des lieux à découvrir en Wallonie.
Sous La Cité Miroir, l'abri antiaérien qui replonge Liège sous les bombes
Ouvert au public depuis le 6 juin, l'abri antiaérien caché sous La Cité Miroir offre une nouvelle raison de visiter les anciens Bains de la Sauvenière. Une immersion saisissante dans le quotidien des civils liégeois réfugiés sous les bombes.
On quitte la lumière monumentale des anciens bassins pour s'enfoncer sous terre. Ouvert au public depuis juin, l'abri antiaérien de La Cité Miroir replonge les visiteurs dans le quotidien des civils réfugiés sous les bombes. Une expérience saisissante et quelque peu oppressante.
L'escalier descend sous les anciens Bains de la Sauvenière. Au bout du passage, une lourde porte métallique s'ouvre sur six alcôves circulaires reliées entre elles. "L'abri a une architecture très différente de celle des bains. On voit qu'il a été ajouté aux plans", explique Axelle Van Harten, directrice de La Cité Miroir.
Jusqu'à 400 personnes pouvaient s'entasser dans ces 300 m². Aujourd'hui, les groupes sont limités à quinze visiteurs, à partir de 11 ans. Claustrophobes, vous êtes prévenus.
Un abri ajouté dans un contexte de guerre
L'abri ne figurait pas dans le projet initial de 1936. Dans une Europe marquée par le bombardement de Guernica, la Ville réclame son ajout. Mais lorsque les Bains ouvrent en 1942, Liège est déjà occupée. "Il a servi en 1944, après la Libération. Les Américains étaient déjà là, mais c'était la bataille des Ardennes et les Allemands pilonnaient à nouveau la ville de Liège."
À l'intérieur, tout ou presque semble être resté en place. "Les portes grises sont authentiques." Les anciennes consignes sont toujours peintes sur les murs. Les imposantes gaines témoignent, elles, d'un dispositif de ventilation particulièrement élaboré. "Celles d'origine contenaient de l'amiante. On a dû les enlever et elles ont été reproduites à l'identique."
Puis les voix surgissent. Des scènes inspirées de témoignages font revivre les conversations des Liégeois réfugiés ici : l'alerte, la peur, l'attente… et même un chat emporté sous terre. "Quand nous avons soumis le scénario à un historien, il m'a dit : "Axelle, l'histoire du chat, c'est un peu tiré par les cheveux." Mais cela vient réellement du témoignage d'une personne qui y descendait avec son chat."
Le visiteur placé au centre du récit
Plus loin, des projections à 360 degrés envahissent les murs. Le visiteur n'observe plus l'Histoire à distance : il se retrouve au centre du récit. "On est vraiment sur la question des victimes civiles de guerre, à la fois sur l'armement et les attaques aériennes, mais aussi sur les traumatismes, les pertes de biens et la manière dont les gens font preuve de résilience."
Plus qu'un vestige caché sous Liège, l'abri antiaérien devient ainsi un lieu de réflexion sur les victimes civiles et sur notre manière de faire société lorsque la guerre menace.
Où se loger à Liège ?
Vous arrivez en train ? Le YUST Liège est le choix le plus pratique. Situé à trois minutes à pied de la gare des Guillemins, il propose des chambres, des dortoirs et des logements familiaux, mais aussi un bon restaurant et un très chouette rooftop. Coup de cœur pour la décoration très années 70' de la réception et pour ses espaces de coworking.
Pour séjourner dans le cœur historique de Liège, préférez l'Hôtel Neuvice : douze chambres contemporaines aménagées dans d'anciennes maisons, autour d'une cour intérieure particulièrement calme.
Rue Hors-Château, le N°5 Bed & Breakfast compte cinq chambres, un jardin et un sauna, à deux pas du Grand Curtius.
Voici l'adresse gourmande à ne pas rater
Avant de repartir, détour obligatoire par Une Gaufrette Saperlipopette, rue des Mineurs. On y retrouve des gaufres artisanales et d'autres douceurs à la Petite Boutique, du pain et des glaces à la Grande Boutique, des frites à La Cuisine et d'autres parfums givrés à la Crème Glacée. Leurs produits sont également vendus dans les épiceries Uhoda.