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“Qu’on l’aime ou pas, son avis compte” : Michel-Edouard Leclerc, de moins en moins commerçant, de plus en plus politique

Le porte-parole du groupe E.Leclerc a entretenu, durant plusieurs mois, le doute sur ses envies élyséennes, avant de fermer définitivement la porte au JT de 20 heures de France 2, lundi. Mais l'entrepreneur breton n'a pas pour autant renoncé à la vie publique.

Le porte-parole du groupe E.Leclerc a entretenu, durant plusieurs mois, le doute sur ses envies élyséennes, avant de fermer définitivement la porte au JT de 20 heures de France 2, lundi. Mais l'entrepreneur breton n'a pas pour autant renoncé à la vie publique.

France Télévisions

Publié le 05/09/2026 07:05

Temps de lecture : 8min

Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique de l'enseigne qui porte son nom, assure auprès de franceinfo avoir été sollicité par des politiques ces dernières semaines. (APOLLONIA HILVERDA / MAXPP / FRANCEINFO)
Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique de l'enseigne qui porte son nom, assure auprès de franceinfo avoir été sollicité par des politiques ces dernières semaines. (APOLLONIA HILVERDA / MAXPP / FRANCEINFO)

Il aura attendu la fin de l'été pour clore définitivement ce chapitre. Invité du journal de 20 heures de France 2, lundi 31 août, Michel-Edouard Leclerc a mis fin au suspense et a annoncé officiellement – et très solennellement – sa non-candidature à la présidentielle : "Ce n'est pas pour moi, je ne suis pas légitime." La messe est dite.

Début juillet, le message était pourtant très différent : "Je pourrais avoir envie d'y aller", osait-il à l'antenne de RMC-BFM. Mais voilà qu'à mesure de ses rencontres estivales très politiques sur les routes du Tour de France, sur ses terres bretonnes ou dans les médias, le représentant des plus de 750 magasins de l'enseigne qui porte son nom a amorcé le rétropédalage. "Après avoir rencontré tout le monde, après avoir vu comment se présente cette campagne", l'homme d'affaires confirme auprès de franceinfo avoir "mis un terme à ces réflexions et supputations".

"Ce n'est pas moi qui me suis mis en avant", rappelle d'ailleurs l'entrepreneur, qui juge les instituts de sondage coupables d'avoir lancé la rumeur de sa candidature, en testant la crédibilité d'un tel scénario dès 2025. "J'étais perplexe de me retrouver non pas commerçant, mais produit politique", assure-t-il, presque candide. Dans un récent sondage Odoxa pour Le Figaro publié mi-juillet, le patron de la grande distribution arrivait même à la première position des personnalités dites "alternatives", en étant considéré comme un bon candidat par 23% des sondés.

"Lorsque j'ai vu la une de 'Challenges' titrée 'Elysée 2027, et si c'était lui...', j'ai failli faire une crise cardiaque."

Michel-Edouard Leclerc

à franceinfo

Une thèse que le commerçant a pourtant embrassée avec délectation. "Les sondages le mettent en tête, et ça l'amuse", confirme un acteur du secteur, qui connaît bien le "patron préféré des Français", selon un classement du magazine Forbes daté de 2021. "Ça donne aussi du crédit à son action, et ça le renforce pour prendre la parole sur tous les sujets", analyse-t-il.

Une parole qui résonne sur toutes les chaînes, ou presque. Le natif de Landerneau (Finistère) se présente sur les plateaux de télévision et dans les matinales des radios à un rythme effréné. Locuteur du "parler vrai", il défend, à chacune de ses interventions médiatiques, le pouvoir d'achat du "consommateur", ce citoyen doté d'un portefeuille. Mais surtout, celui qui a passé sa scolarité dans un petit séminaire dirigé par des jésuites se décrit dans la presse comme un "évangéliste de Leclerc". Il prêche la bonne parole du groupe qu'il représente, mais qu'il ne dirige plus. Il endosse, à la place, depuis 2019, le rôle de président du comité stratégique.

Mais ce patron statutairement inopérant reste tout de même influent en interne, selon Elhadji Niang, secrétaire fédéral CGT de la grande distribution : "Pour les gens qui y travaillent, il est officieusement la personne qui dirige le groupe." Ses revenus, eux, viennent de prestations qu'il facture à l'association des centres distributeurs E.Leclerc pour ses différentes interventions de communication, notamment médiatiques. Une petite entreprise qui ne connaît pas la crise : sa société déclarait un résultat net de plus de 2,46 millions d'euros en 2025.

"Il ne connaît certes pas la réalité du quotidien à la tête d'un magasin", concède Thierry Cotillard, président du Groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto…). "Mais comme il est sans cesse en visite pour prendre le pouls [dans les magasins E.Leclerc], il en connaît les tenants et aboutissants." Bien que concurrents, les deux acteurs historiques de la grande distribution partagent "une relation dans la sincérité". "On peut s'appeler, échanger : il joue collectif", fait valoir Thierry Cotillard, qui reconnaît aussi, en son ami, ses talents d'orateur. "C'est un peu notre mentor à tous en communication", souligne-t-il.

"C'est un électron libre dans le secteur et il en joue."

Thierry Cotillard, président du Groupement Mousquetaires

à franceinfo

"C'est un excellent communicant, j'ai rarement vu aussi bon que lui dans les médias", souligne aussi Patrick Leclerc, maire divers droite de Landerneau qui partage, avec son cousin, un patronyme emblématique et le goût pour la chose politique. Une communication acérée qui diffère du style du fondateur de l'enseigne, Edouard Leclerc, qui parsemait ses interviews de références bibliques. "Il s'est beaucoup construit par rapport à ce père qui n'avait pas la même personnalité et qui a pu, à l'époque, être parfois perçu comme un 'illuminé'", estime son cousin. Mais loin de lui l'idée de tuer le père. Né Michel, Marie Leclerc, il change même son prénom pour celui de Michel-Edouard, s'inscrivant ainsi dans la droite lignée paternelle. "Il a essayé de corriger les défauts de la communication d'Edouard en gardant ses qualités, pour devenir un homme presque parfait", estime Patrick Leclerc.

D'autres acteurs de la vie économique lui trouvent des défauts avec moins de difficulté. Il est "un zébulon", il a un côté "un peu girouette que l'on ne peut pas totalement prendre au sérieux sur le commerce", vilipende la garde rapprochée d'un grand patron français. "Il fait parfois des annonces sans concertation de son réseau, cela peut l'amener à dire des choses qui lui font perdre en crédibilité", pointe du doigt un autre acteur du secteur cité plus tôt. A force de truster les plateaux de télévision, le communicant, toujours en jean-baskets, a pu se prendre les pieds dans le tapis. En pleine crise des carburants consécutive au blocage du détroit d'Ormuz, le surnommé "MEL" annonce tapageusement, mi-mars, une baisse imminente d'"à peu près 30 centimes" du litre de carburant à la pompe. Ristourne qui n'aura jamais lieu. Quatre ans plus tôt, alors sur le plateau de BFM Business, le communicant avait déjà trébuché sur la même marche.

"Il fait beaucoup de médias et dans un direct, on n'est pas à l'abri d'un dérapage. Ça n'a jamais été dramatique", tempère Alexandre Tuaillon, qui l'a conseillé durant douze ans. Ces sorties de route n'ont pas empêché le chef d'entreprise d'avoir eu l'attention des "plus de vingt ministres de l'Economie" croisés depuis le début de sa carrière, comptabilise fièrement Michel-Edouard Leclerc. Signe de son influence : la loi LME (loi de modernisation de l'économie), promulguée en 2008 sous Nicolas Sarkozy, est régulièrement renommée "loi MEL" par les acteurs du secteur, tant le chef d'entreprise aura pesé de tout son poids dans les discussions de l'époque. "Il est régulièrement consulté par des politiques", confirme Alexandre Tuaillon, resté très proche de son ancien patron, tout en s'abstenant de nommer ses disciples. Pas toujours aussi affable que dans les médias, l'homme d'affaires a cependant ses préférences. "Je l'ai déjà entendu dire à un ministre : 'Tu n'étais pas né que j'étais déjà là et je le serai toujours lorsque toi tu seras parti'", confie un acteur du secteur cité précédemment.

Depuis son bureau d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Michel-Edouard Leclerc se prête au jeu des rencontres en haut lieu sans réticence. "Je trouve qu'on leur doit ça, je suis quelqu'un qui critique la dérive actuelle de la politique partisane, mais je respecte beaucoup les personnalités", fait valoir le déférent patron, qui reconnaît œuvrer "pour nourrir le débat politique, de face ou derrière le comptoir". Parce qu'il assume parler à tout le monde, celui qui se décrit comme "social-libéral" s'affiche aussi, en 2023, avec Sébastien Chenu, vice-président Rassemblement national de l'Assemblée nationale, parti traditionnellement hostile à la grande distribution.

Merci à @Leclerc_MEL d’avoir répondu à mon invitation pour un échange sur la grande distribution et la baisse du pouvoir d’achat des Français. Je lui ai réaffirmé la proposition de @MLP_officiel : baisser la TVA à 0% sur un 🛒 de 100 produits de premières nécessités. pic.twitter.com/Gw9yCqkbEU

— Sébastien Chenu (@sebchenu) January 16, 2023

Un travail d'influence de longue haleine pour ce sportif à l'hygiène irréprochable, qui lui aura permis avant tout de "faire passer un cap très politique à la grande distribution", selon son ancien conseiller. Alors, lorsque pour la première fois de son histoire, la France se dote en 2025 d'un ministre du Pouvoir d'achat, thématique qu'il porte avec ardeur depuis des années dans les médias, le succès d'estime lui revient. La fonction, elle, est attribuée à Serge Papin, ancien directeur général de Système U. Depuis cette nomination ministérielle, voilà que les deux hommes s'écharpent par médias interposés. "Je ne parlerais pas d'animosité mais plutôt de chamaillerie, ça fait longtemps qu'ils se connaissent et se pratiquent", euphémise le cabinet du ministre.

MEL serait-il envieux de la promotion de celui qui fut son concurrent ? "Je trouve cela bien que parmi les ministres, il y ait des gens issus de la société civile, mais j'ai l'impression que, quelle que soit la qualité des personnes, le pouvoir de chaque ministre est assez réduit", fait-il savoir. La fonction lui a d'ailleurs déjà été proposée "à plusieurs reprises", assure-t-il, notamment à l'époque de Pierre Bérégovoy. Mais le vrai faux patron d'E.Leclerc représente plus de 155 000 salariés et "se doit donc d'être fédérateur", rappelle Alexandre Tuaillon. Une contrainte difficilement compatible avec un ministère ou tout engagement politique. "S'il prenait des positions partisanes, il devrait alors y avoir une clarification de son rôle au sein du groupe", ajoute son ancien conseiller.

"Ce n'est pas ma personne qui est sollicitée, c'est mon action à travers mon enseigne."

Michel-Edouard Leclerc

à franceinfo

Un faux sujet pour MEL. "J'aurais pu couper des chaînes et couper des liens, rien n'est impossible." Mais voilà que les raisons pour le faire viennent à manquer, maintenant que l'homme d'affaires n'est définitivement pas candidat à la présidentielle. "Des conseillers politiques sont venus me voir, il y en a même beaucoup en ce moment, sourit-il. Ils ne voient que le MEL communicant, mais si j'accumule ces points de popularité, c'est parce que E.Leclerc est l'enseigne, dans son domaine, préférée des Français (...) Notre popularité n'a pas à servir de tremplin à Untel ou Untel", tranche le patron.

Message entendu fort et clair. Lorsque, fin juillet, le candidat Gabriel Attal (Renaissance) vient sur ses terres bretonnes pour visiter le fonds culturel que l'entrepreneur a mis sur pied, l'équipe du candidat ne se fait que peu d'illusions : "On le sait, il n'a pas vocation à soutenir qui que ce soit." Mais du haut de ses 74 ans, MEL reste tout de même dans le coup. "Qu'on l'aime ou pas, son avis compte", estime l'équipe de Gabriel Attal. Et c'est bien tout ce qui importe à Michel-Edouard Leclerc.

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