Procès de Nicolas Ullens : pour la défense, c’est un meurtre non prémédité
La parole était à la défense, lundi après-midi devant la cour d'assises du Brabant wallon. Me Jean-Philippe Mayence a confié aux jurés que malgré son expérience, il était "stressé" de plaider après dix heures d...
La parole était à la défense, lundi après-midi devant la cour d'assises du Brabant wallon. Me Jean-Philippe Mayence a confié aux jurés que malgré son expérience, il était "stressé" de plaider après dix heures de plaidoiries des parties civiles et de réquisitoire. Pour glisser aussitôt qu'après tout ce temps, il restait bien en peine de dire quelle est la position de ses contradicteurs…
Ceux-ci affirment que la préméditation est établie, d'accord. Mais à partir de quand ? Certains ont évoqué à l'appui de leur thèse des menaces proférées plusieurs années auparavant, a fait remarquer l'avocat, tandis que d'autres estiment que Nicolas Ullens savait ce qu'il allait faire le matin du 29 mars 2023 quand il est parti de chez lui. Au début du procès, on semblait faire remonter la préméditation au moment où l'accusé est sorti déçu de la propriété où vivait son père et Myriam Lechien.
L'avocate générale n'a aucun doute : pour elle, Nicolas Ullens a commis un assassinat et "la victime n'avait aucune chance de survivre"Décrivant son client comme un homme effondré et miné par sa culpabilité, Me Jean-Philippe Mayence a indiqué aux jurés qu'il n'était pas là pour plaider l'acquittement. Pas parce qu'il n'y croit pas, alors qu'il a déposé un rapport du psychiatre de son client affirmant que Nicolas Ullens était en état de "dissociation" lorsqu'il a tiré sur sa belle-mère. Mais parce que le Lasnois, après y avoir réfléchi, ne l'a pas mandaté pour que la force irrésistible soit plaidée: il veut assumer ses actes.
Mais rien que ceux-ci. Et la préméditation, elle, est vigoureusement contestée. Ce qui a induit le passage à l'acte, pour l'avocat de la défense, ce n'est pas une réflexion mais, au contraire, un débordement émotionnel. Ce qui exclut la préméditation, cette disposition mentale suffisamment stable, comme l'indique le nouveau code pénal, pour permettre de planifier la commission d'une infraction puis de la commettre alors que l'auteur pouvait revenir sur sa décision.
"Si vous avez le moindre doute"
Au passage, Me Mayence a rappelé aux jurés qu'il n'y a pas d'appel possible des décisions de cour d'assises, et qu'ils n'ont dès lors pas le droit à l'erreur. "Mais pour vous rassurer, il y a la règle de la preuve et elle est simple, a-t-il plaidé.Si vous avez le moindre doute, vous êtes obligés de donner la réponse la plus favorable à l'accusé."
Le conseil s'est alors employé, méthodiquement, à balayer les éléments sur lesquels se sont appuyés les parties civiles et le ministère public pour estimer que la préméditation est établie.
D'accord, son client avait pris son Glock ce jour-là. Mais il travaillait dans un dossier sensible en lien avec le Congo, et prenait fréquemment cette précaution d'être armé. Une arme chargée, comme on lui a appris à la Sûreté…
En se rendant chez son père sans être annoncé, il n'était même pas sûr que le couple était présent à Ohain. Drôle de manière d'appliquer un plan. Et s'il avait prévu de tuer sa belle-mère sur place, pourquoi ne pas l'avoir fait directement, à l'intérieur de la propriété ?
Procès de Nicolas Ullens : "Un acte crapuleux et prémédité" disent les avocats de la sœur de Myriam LechienUn passage à l'acte sous le coup de l'émotion
Me Mayence a rappelé que dès sa première audition, son client a évoqué un débordement émotionnel, dû à l'accumulation de souffrances personnelles et professionnelles. Il était dans cet état d'esprit en sortant de chez son père, et les digues ont lâché face à la moue et à l'attitude de la victime, qui n'a baissé la vitre de sa portière que de quelques centimètres alors qu'il voulait discuter.
Pour la défense, si Nicolas Ullens était arrivé vers la voiture avec son arme en main pour exécuter son plan, jamais Myriam Lechien n'aurait abaissé cette vitre.
Le conseil a dès lors demandé aux jurés de répondre, ce mardi, "oui" à la question sur le meurtre, mais "non" sur la question de la préméditation.
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