Preview : Saw : Genesis est un piège vicieux qui ne nous a pas laissés indemnes
Attention, nouvelle règle : si vous êtes une grande franchise de films d'horreur, vous serez nécessairement adapté en jeu multijoueur asymétrique avant la fin de la décennie. Voilà, c'est comme ça. Après...
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Attention, nouvelle règle : si vous êtes une grande franchise de films d'horreur, vous serez nécessairement adapté en jeu multijoueur asymétrique avant la fin de la décennie. Voilà, c'est comme ça. Après Vendredi 13, Massacre à la Tronçonneuse, Killer Klowns et bientôt Halloween, c'est Saw qui passe à la moulinette des galéjades entre amis sous la direction du studio polonais Bloober Team (Silent Hill 2, Layers of Fear). Voilà Saw : Genesis, étrange préquelle de la saga en dix épisodes.
Avec Saw : Genesis, Bloober Team a décidé de revenir dans le passé, vers les années 1920, pour suivre les expériences du Juge. À la manière du futur Tueur au Puzzle, le Juge estime que beaucoup d'humains gâchent leur vie bêtement, et qu'il s'agirait de les torturer avec des engins compliqués pour les remettre sur le droit chemin. Ainsi, trois joueurs incarnent les sujets d'expérience tandis qu'un quatrième participant incarne le Juge. Chaque match se déroule dans une carte générée procéduralement ; les survivants doivent chercher des clés et accomplir des épreuves en temps limité tandis que le Juge doit emprunter des voies dérobées pour semer des pièges ou essayer de les recapturer à la main. Il a aussi un sbire qui peut intervenir plus tard. Dès le début de la partie, le terrain de jeu est truffé de pièges à désamorcer, et les joueurs peuvent aussi fouiller les différentes pièces pour dégoter des objets (tuyaux, bandages, tournevis...). S'enclenche alors une routine toute mécanique pour essayer de passer les différents checkpoints jusqu'à l'arrivée.
Saw de la foi
Avant toute chose, comprenez que je suis un grand fan de la saga Saw. Avec une passion avérée pour le morbide, les dix films de la franchise ont tous une place dans mon cœur, même les abominables Saw 5 et Saw 3D dont les véritables victimes se trouvent plutôt sur le canapé que sur l'écran. J'avais ainsi de sacrées prédispositions pour m'attaquer à Saw : Genesis.
Par rapport aux autres "jeux d'horreur asymétriques", Saw : Genesis se distingue d'abord par sa claustrophobie. Le Juge peut attraper les joueurs, mais seulement lors d'une attaque-surprise, et son but est ainsi de diviser le groupe avant de capturer une brebis égarée ; parfois les joueurs seront amenés à se séparer pour essayer de couvrir plus de terrain, et aller plus vite, et c'est quand on court seul dans les couloirs de l'orphelinat abandonné en tendant l'oreille pour essayer d'entendre venir le tueur que se passent les meilleurs moments. Tout le problème réside finalement dans l'aspect multijoueur de la proposition. Bloober Team a jugé bon de distribuer des tuyaux de plomb et autres armes aux joueurs pour qu'ils puissent se défendre contre le Juge et son sbire. Résultat, la partie se résume parfois à tabasser un vieil homme jusqu'à ce qu'il retourne dans son repaire.
À trois joueurs, il est facile (bien que chronophage) de couvrir tous les angles de vue en avançant en tortue pour empêcher le Juge de venir nous attraper par derrière, ce qui, parfois, l'oblige manifestement à courir vers un joueur et tenter le tout pour le tout avant d'être châtié à coup de bâton comme un vulgaire bouffon de la commedia dell'arte. Finalement, il n'y a plus grand-chose à voir avec Saw, à part dans certains pièges. Un joueur attrapé est envoyé vers le sous-sol, où il doit sacrifier un membre - doigts, œil - ou mourir, sauf qu'il peut être secouru par ses alliés, d'autre part, et que le malus engendré par le piège n'est finalement pas si vilain. Extirper mon globe oculaire à la petite cuillère n'a que légèrement réduit ma vision sur le côté gauche, par exemple. Bref, la magie ne prend absolument pas, et Saw : Genesis apparaît comme une énième variation de Dead by Daylight qui échoue à renouveler significativement la formule.
L'histoire sans faim
Bon, reste un autre défaut crucial à aborder : l'histoire. Contrairement à l'image établie par ses multiples suites, Saw n'était pas vraiment du "torture porn", mais plutôt un thriller policier bien cradingue, dont le point d'orgue reste son ultime retournement de situation. Ensuite, la franchise s'est emmêlée dans un improbable soap opera entre John "Jigsaw" Kramer, son ex-épouse, ses apprentis meurtriers et la police. Ses scénaristes ont rivalisé d'inventivité - rarement de qualité - pour tisser de nouveaux liens entre les protagonistes et révéler toujours plus de secrets derrière la psyché de Kramer. Autrement dit, nous avons rarement autant plongé dans l'intimité d'un antagoniste de film d'horreur, et nous savons à peu près l'intégralité de ses raisonnements ou de sa descente aux enfers.
C'est pourquoi l'introduction du Juge et d'une mythologie rationalisante derrière les actes de Jigsaw est, à peu près, la pire décision possible. Désormais, nous sommes censés croire que le Tueur au Puzzle s'est en réalité inspiré d'un vétéran de la Première Guerre mondiale. Spirales rouge sang, sbire à tête d'animal, cochons et poupée aux longs cheveux graisseux : Saw : Genesis n'épargne aucune référence, quitte à finalement suggérer que John Kramer n'était qu'un vulgaire copiste dont toute l'esthétique était repompée sur un énigmatique prédécesseur, allant explicitement à l'encontre de tout ce qui a été répété et rabâché dans les films. D'après un onglet du menu principal, il y aura même des éléments narratifs à découvrir autour d'un culte de la spirale qui remonterait, au moins, au 19ème siècle... Jusqu'où ira la plaisanterie ?
Pourquoi Saw : Genesis ? Pourquoi s'emmêler les pinceaux dans une préquelle que personne n'avait demandée et qui n'a absolument aucun sens ? Que Bloober Team et/ou le détenteur des droits Lionsgate évitent d'approcher les films canoniques, à la rigueur, cela peut se comprendre. Mais si le Tueur au Puzzle n'est pas disponible, alors pourquoi ne pas exploiter ses admirateurs (Jigsaw) ou la piste d'un imitateur (Spiral) pour justifier un titre multijoueur dans son univers à l'époque contemporaine, sans jamais contredire les fondations de la saga ? Des questions qui resteront à jamais sans réponse, j'en ai peur. C'est assez fascinant de songer que Saw : Genesis se prive d'un terrain de jeu étalé sur dix épisodes, de la performance iconique de Tobin Bell en juge et bourreau, ou de multiples lieux cultes qui auraient pu être des extensions ou mises à jour (la maison du deux, le parcours du trois, le Mexique du dix...), garantissant ainsi un minimum de fanservice. Au moins, personne ne lui reprochera d'avoir commis des choix trop évidents...
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