Comment le budget peut embarrasser Attal et Philippe dans leur course à l’Élysée
Les deux candidats vont devoir discipliner leurs troupes et préserver un semblant de cohérence entre leurs positions cet automne et leurs projets présidentiels. QUENTIN DE GROEVE / Hans Lucas via AFP ...
Les deux candidats vont devoir discipliner leurs troupes et préserver un semblant de cohérence entre leurs positions cet automne et leurs projets présidentiels.

QUENTIN DE GROEVE / Hans Lucas via AFP
Edouard Philippe et Gabriel Attal, ici en février 2026, risquent d’être embarrasser par la discussion sur le budget.
La saison de tous les dangers ? Sébastien Lecornu et ses ministres entrent dans une zone de turbulences avec la présentation des budgets (de l’État et de la Sécurité sociale) et les débats qui vont en découler. Un exercice contraint, de nouveau, par l’absence de majorité au Parlement et des marges de manœuvre financières toujours plus réduites. Mais le chef du gouvernement n’est pas le seul à envisager une saison difficile, huit mois avant l’élection présidentielle.
Dans cette période de précampagne, deux catégories de candidats se distinguent. D’un côté, les adversaires farouches du macronisme entendent profiter de cette séquence pour aiguiser les flèches qui leur servent à fustiger le bilan du président de la République. La France insoumise a déjà indiqué qu’elle voterait contre les budgets, et censurerait tout gouvernement qui serait tenté de les faire passer par le 49-3. Le Rassemblement national, lui, étrille de « mauvaises mesures » mais se montre enclin à accepter des textes qu’il espère modifier une fois installé à l’Élysée.
De l’autre, on retrouve les héritiers politiques du chef de l’État, Édouard Philippe et Gabriel Attal. Pour les deux candidats, actuellement concurrents au sein de l’espace dit « central », la tâche est autrement plus complexe. Ils sont censés soutenir l’action du gouvernement (qui compte plusieurs de leurs proches), mais sans perdre trop de plumes. Une gageure ?
« Ils vont être emmerdés »
Officiellement, le duo affiche une forme de solidarité à toute épreuve avec l’exécutif, motivée selon eux par la nécessité pour la France de se doter d’un budget en bonne et due forme après deux ans de retard et autres délais. « Mon but est d’être toujours responsable. Le meilleur moyen d’éviter une crise de la dette, c’est d’avoir un budget solide à la fin de l’année », a ainsi expliqué Gabriel Attal mercredi 23 septembre, lors d’une conférence de presse, en promettant de « n’entraver en rien le gouvernement dans sa tache » actuelle. Un esprit de concorde que l’on retrouve aussi du côté du maire du Havre.
Mais dans les faits, l’équation sera bien plus épineuse que cela, à l’heure où chaque vote ou prise de position à l’Assemblée nationale pourra être lu comme autant d’indices sur le projet présidentiel des deux aspirants. Dans cette optique, Édouard Philippe, comme Gabriel Attal, vont tout d’abord devoir discipliner des troupes qui n’ont pas brillé par leur vision ou leur assiduité les deux années précédentes. Ensuite, gare aux incohérences.
« Ils vont être emmerdés. En particulier Attal : je ne vois pas comment il tient ses soutiens, surtout au moment où Lecornu préfère envoyer des signaux au RN, censé être l’adversaire numéro un des macronistes », résume ainsi au HuffPost une figure de l’opposition à l’Assemblée, pour qui les embardées pourraient se multiplier parmi les appuis du gouvernement.
En clair, s’il veut appliquer concrètement cette solidarité, l’ancien Premier ministre va devoir convaincre ses députés de se renier, en acceptant par exemple l’ersatz de « priorité nationale », défendu par Sébastien Lecornu à travers le délai de carence qu’il veut imposer aux étrangers avant de bénéficier de certaines prestations sociales (pour lesquelles ils cotisent.) Un principe normalement étrillé par les centristes, en ce qu’il répond à l’architecture du projet du Rassemblement national, et aux marottes de l’extrême droite.
Projet politique contre principe de réalité
De fait, ce genre de contorsions pourraient être légion si Sébastien Lecornu continue de tendre la main au parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Gabriel Attal, qui plaide désormais pour un fédéralisme européen à travers ses « États-Unis d’Europe », n’a pas vraiment goûté par exemple l’intention du chef du gouvernement de réduire la contribution de la France au budget de l’Union. Que fera-t-il si l’idée est confirmée ? En fera-t-il une ligne rouge, au risque de compliquer encore la marche de l’exécutif ? Ou mangera-t-il son chapeau, quitte à brouiller un message essentiel de sa campagne présidentielle ?
En réalité, les dilemmes seront similaires du côté d’Édouard Philippe et Horizons. Pour s’assurer un automne sans trop de risques, le locataire de Matignon regarde aussi du côté des socialistes pour tenter d’obtenir leur bienveillance. L’année dernière, celle-ci est venue grâce à la suspension de la réforme des retraites d’Élisabeth Borne, et plusieurs mesures de dépenses supplémentaires. Une hérésie pour l’ancien Premier ministre, qui a fait de « l’ordre dans les comptes publics », son premier credo de campagne.
Du reste, un exemple récent illustre bien les tensions possibles entre le projet politique du Havrais et les principes de réalité éprouvés cet automne. Alors qu’Édouard Philippe plaide pour doubler les aides sur le carburant au moment où le pouvoir d’achat des Français est sévèrement compressé par la hausse des prix à la pompe, sa numéro 2 Christelle Morançais (pressentie pour s’installer à Bercy en cas de victoire), s’indigne d’une proposition de « chèque en blanc » irresponsable.
« Je ne suis pas en accord avec lui sur ce sujet », a-t-elle expliqué cette semaine, en étrillant au passage un budget qui fait « cracher au bassinet » les Français, sans grande réduction de dépense. Alors, que feront les trente députés Horizons au cours des prochains débats ? La séquence, peut-être anecdotique, laisse entrevoir un automne délicat ici aussi, entre impératif de stabilité et cohérence politique.