Présidentielle 2027 : angoissés, révoltés, ou fatigués, les électeurs dans le désarroi à un peu plus de six mois de l’élection
Les électeurs français expriment une majorité de sentiments négatifs, et s’avouent en demande d’une rupture forte, à un peu plus d’un semestre du scrutin. Décryptage.
Les électeurs français expriment une majorité de sentiments négatifs, et s’avouent en demande d’une rupture forte, à un peu plus d’un semestre du scrutin. Décryptage.
Inquiétude, incertitude, fatigue, colère, révolte, angoisse ?
Tels s’avèrent être les six sentiments prédominants chez les Français sondés, pour la troisième vague de la vaste enquête électorale que SciencesPo Cevipof, Le Monde, la Fondation Jean-Jaurès et l’institut Montaigne mènent en partenariat avec l’Ipsos, auprès d’un échantillon de plus de 13 000 personnes.
Contexte abrasif
Et dont les résultats ont été publiés à la mi-septembre. Dans la synthèse que nous proposons ci-contre, comme dans les détails de l’enquête, l’évidence s’impose : le moral des Français est au plus bas. Un constat émis à l’approche de l’élection présidentielle 2027, à la sortie d’un été caniculaire dans des proportions inédites, alors que les prix de l’énergie flambent, que l’inflation s’envole, que la dette publique enchaîne les records, que le chômage repart à la hausse, que les équilibres géostratégiques traditionnels sont bouleversés à l’international et que l’instabilité politique et institutionnelle règne en France.
Des avis partagés sur les retraites
Dans l’enquête Ipsos-bva ici évoquée, figure une entrée sur les priorités budgétaires. Aux résultats parfois étonnants.
Avec de vraies disparités qui apparaissent sur le sujet des retraites. Sur l’âge minimum de départ par exemple. Les Français sondés sont ainsi 34 % à souhaiter le voir diminuer, 21 % à vouloir l’augmenter, et 37 % à estimer qu’il ne faut pas y toucher. Idem pour la question du nombre de trimestres nécessaires pour avoir une retraite à taux plein. Là encore, on ne relève pas une position nettement tranchée : seul un petit tiers (32 %) souhaite le voir diminuer, 42 % optent pour la stabilité, et près d’un sondé quatre (21 %) fait le choix d’une augmentation. Des sujets où l’on retrouve certes des différences selon l’attachement partisan. Même si des lignes de partages assez marquées surgissent parfois au sein d’une même famille politique. Comme au PS et chez Place publique, où une moitié des partisans ne veut pas toucher à l’âge de départ, mais 27 % veulent le diminuer et 21 % l’augmenter.
Antoine Bristielle, docteur en science politique et directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès confirme : "Ce que l’on peut remarquer également, c’est l’évolution depuis mai 2024, ou depuis octobre 2021, où on n’était pas du tout sur les mêmes proportions. L’inquiétude est quand même passée de 38 % à 59 % en l’espace de cinq ans. La colère de 16 % à 30 %. La révolte de 14 % à 24 %. Donc, il y a une vraie augmentation majeure de cet état d’esprit extrêmement dégradé en France", observe-t-il.
"Sentiment de sinistrose"
Il renchérit : "Vous avez quand même 74 % des gens qui vous disent qu’elle va se détériorer. C’est passé en cinq ans de 45 % à 74 % ! Honnêtement, je n’ai jamais vu des chiffres comme ça dans les enquêtes."
De tels états d’esprit crispé, tourmenté, ou préoccupé, qui, selon le politologue, à l’aune des résultats de l’enquête à laquelle il a contribué, "sont majoritaires au sein de toutes les catégories de la population, que ce soit en termes d’âge ou de proximité politique. Un peu moins quand vous êtes proche du bloc central, mais, néanmoins, ça reste majoritaire. Ça montre bien que le climat de crise généralisée que l’on vit en France, sociale, internationale, environnementale, voire, pour certains, identitaire et sécuritaire, crée ce sentiment de sinistrose particulièrement marqué dans le pays".
"Culture populiste"
Il en va de même, pour qui apparaît dans cette enquête : "C’est assez frappant, comment cette demande de transformation radicale a encore augmenté, en l’espace de quelques mois seulement. Et chez les électeurs du bloc central, la demande de changement en profondeur est majoritaire aussi, même chez les plus modérés, oui."
Un constat que nuançait, et complétait, dans Le Monde après la publication de l’enquête, Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos : "Dans un pays aussi inquiet que la France, l’option de renverser la table s’accompagne d’un risque évident de casser la vaisselle qui peut éloigner le vote d’une partie des Français" des offres les plus radicales.
Et, partant, d’estimer, en se projetant sur 2027, que "si une culture populiste imprègne de plus en plus le pays, une bascule ne semble pas inévitable".