PrEP : plus de 10.000 Belges utilisent ce traitement contre le VIH, mais “seul le préservatif protège des maladies sexuellement transmissibles”
La PrEP poursuit sa progression en Belgique. Présenté comme l'un des outils les plus efficaces pour prévenir l'infection par le VIH, ce traitement préventif séduit un nombre croissant d'utilisateurs et s'impose progressivement dans la stratégie de lutte contre l'épidémie. Une montée en puissance qui se traduit aussi par une hausse des remboursements pris en charge par l'INAMI.
Tous les trois mois, Julien se rend dans un centre de référence VIH pour renouveler sa prescription de PrEP (Prophylaxie pré-exposition). Ce traitement préventif contre le VIH connaît un succès croissant en Belgique. Selon les données de l'INAMI, l'Institut national d'assurance maladie-invalidité, 10 100 personnes y ont eu recours en 2024, contre 8 731 l'année précédente, soit une hausse de près de 16 %. Les données concernant 2025 ne sont pas encore accessibles.
Disponible et remboursée depuis 2017, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) consiste à prendre un médicament antirétroviral avant une éventuelle exposition au VIH. Elle s'adresse principalement aux personnes les plus exposées au risque d'infection.
Les hommes représentent 98 % des utilisateurs et les 30-49 ans constituent la tranche d'âge la plus concernée. En 2024, 2 773 personnes ont commencé un traitement pour la première fois. Elles représentent plus d'un quart des utilisateurs. Dans le même temps, environ 23 % des personnes ayant utilisé la PrEP en 2023 n'ont pas renouvelé leur traitement l'année suivante.
Derrière ces chiffres se cachent aussi des parcours individuels. Julien, 46 ans, utilise la PrEP au quotidien. Au départ, il se posait des questions sur son efficacité. Aujourd'hui, il n'a plus de doute. "C'est une épée de Damoclès qui a été levée", confie-t-il. Selon lui, ce traitement permet une sexualité "plus libérée".
Les spécialistes soulignent toutefois que la PrEP ne remplace pas le préservatif. "Ça fonctionne vraiment bien, mais on ne pourra endiguer l'épidémie que si un nombre suffisant de Belges qui n'ont pas recours au préservatif le prend", explique un médecin spécialiste des maladies infectieuses. Il rappelle également que "seul le préservatif nous protège des maladies sexuellement transmissibles".
Au-delà du remboursement du médicament, l'INAMI finance aussi un suivi médical comprenant consultations, dépistages et prévention. En 2024, ce programme a représenté plus d'un million d'euros.
Pour les autorités sanitaires, la progression de la PrEP constitue un levier important dans la lutte contre le VIH. Sciensano estime que 1 224 personnes vivaient encore avec une infection non diagnostiquée en Belgique en 2024, un chiffre en diminution constante depuis plus de dix ans.
Le retrait du médicament le moins coûteux
Au-delà du remboursement du médicament lui-même, l'INAMI finance également un programme spécifique de suivi dans les centres de référence VIH. Celui-ci comprend notamment l'information des patients, la prévention des infections sexuellement transmissibles et l'accompagnement médical.
En 2024, 3 893 forfaits annuels PrEP ont été facturés à l'INAMI pour un montant total de 1,07 million d'euros. Pour les premiers mois de 2025, 2 913 forfaits ont déjà été enregistrés, représentant plus de 830 000 euros.
Le coût du traitement est largement pris en charge par l'assurance maladie. En pharmacie hospitalière, le calcul repose sur le nombre de comprimés délivrés. À titre d'exemple, pour 25 comprimés, un patient non bénéficiaire de l'intervention majorée paie au maximum 12,80 euros grâce au plafonnement du ticket modérateur, tandis que l'INAMI prend en charge plus de 84 euros.
Depuis peu, une convention spécifique permet également à certaines associations spécialisées dans l'accompagnement des travailleurs et travailleuses du sexe de délivrer la PrEP. Trois structures sont concernées : Alias, Espace P et Violett.
En 2024, 213 travailleurs du sexe ont bénéficié de ce dispositif. L'INAMI a versé un peu plus de 41 000 euros aux centres partenaires. Cette première année est toutefois atypique puisque les médicaments provenaient principalement de stocks constitués avant l'entrée en vigueur de la convention.
En 2025, le nombre de bénéficiaires est monté à 301 personnes. Les remboursements ont alors atteint 247.014 euros, dont 192.006 euros consacrés directement aux traitements PrEP. Les centres ont cependant été confrontés à des difficultés d'approvisionnement après le retrait du marché du médicament le moins coûteux.
À qui cela s'adresse-t-il, et à quel prix ?
La PrEP est indiquée uniquement pour certaines personnes, selon leur profil et leurs pratiques. Pour avoir accès à la PrEP, il faut ne pas avoir le VIH ; avoir plus de 18 ans ; être une personne qui a des relations sexuelles non protégées et faisant partie d'un groupe exposé à de grands risques d'acquisition (homme qui a des rapports sexuels avec d'autres hommes ; personne transgenre ; personne originaire de régions à forte prévalence, comme l'Afrique subsaharienne, l'Europe de l'est, l'Amérique latine, les Caraïbes, etc.) ; personne prostituée ; partenaire(s) usager-e de drogues par voie intraveineuse avec partage de matériel ; avoir eu des relations anales ou vaginales sans préservatif avec au moins deux partenaires dans les 6 derniers mois ; avoir présenté plusieurs épisodes d'IST, etc.
La PrEP est remboursée en Belgique selon certaines conditions. Seul un médecin spécialiste rattaché à un Centre de Référence VIH (NDLR : il y en a 12) peut autoriser ce remboursement après une évaluation et pour une période d'un an renouvelable. Si vous rentrez dans les critères de prescription, vous recevrez une demande de remboursement à remettre à votre mutuelle ou transmise automatiquement par le centre de suivi. Suite à son accord, vous pourrez alors obtenir le médicament en pharmacie grâce à l'ordonnance délivrée au prix maximum d'environ 15 € pour 90 comprimés. À ce coût viendront s'ajouter le prix des analyses médicales et des consultations.
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