Premier arbitre africain de D1, élu 4 fois meilleur arbitre, le niveau belge, son poste à la FIFA : on a retrouvé le souriant Jérôme Nzolo
Qui voilà ? Élu à quatre reprises meilleur arbitre de Belgique par les joueurs, Jérôme Nzolo n'avait plus accordé d'interview depuis l'arrêt brutal de sa carrière d'arbitre en 2015 (" j'avais simplement perdu l...
Qui voilà ? Élu à quatre reprises meilleur arbitre de Belgique par les joueurs, Jérôme Nzolo n'avait plus accordé d'interview depuis l'arrêt brutal de sa carrière d'arbitre en 2015 (" j'avais simplement perdu l'envie…"). Il n'a pas perdu sa marque de fabrique. Son sourire éclatant, qui fut l'un de ses atouts mais aussi son arme durant ses années d'arbitrage ("cela ne m'empêchait pas de donner une carte rouge…") n'a pas disparu.
À 45 ans, il n'a pas pris un gramme (" je fais du sport régulièrement "). Devenu instructeur technique pour les arbitres pour le compte de la FIFA, il se focalise actuellement sur le continent africain sans perdre de vue la Belgique.
La chronique d'Yves Taildeman: Mark van Bommel a sans doute été plus papa que sélectionneur après les accusations de "meurtre" visant son fils RubenDe passage chez nous, où deux de ses cinq enfants effectuent leurs études, c'était l'occasion ou jamais de le choper. Pour parler arbitrage évidemment, coupe du monde un peu, d'évolution technologique, de sa carrière où il a montré la voie à suivre en tant que premier arbitre de division 1 de couleur. Rendez-vous dans les salons de l'hôtel Vandervalck à Gosselies alors que des clients sirotent leur cocktail en afterwork. Devant une bière belge évidemment. Une interview émaillée de quelques éclats de rire.
Pourquoi étiez-vous récemment de passage en Belgique ?
J'y ai toujours une maison à deux pas d'ici. Je pourrais aller à pied au Mambourg. Deux de mes enfants (il en a cinq) effectuent leurs études en Belgique : Yannis pour devenir architecte, Lilah veut être avocate.
Quel est votre job actuel ?
Je suis instructeur technique pour les arbitres auprès de la FIFA. Je forme des arbitres et des instructeurs d'arbitres dans les associations. Pour l'instant, je me concentre essentiellement sur le continent africain.
Depuis que vous avez mis un terme à votre carrière en 2015, l'arbitrage a beaucoup évolué.
Notamment durant les deux ans de la période du Covid. Les lois du jeu ont énormément changé. Nous sommes tous envoyés dans les associations pour remettre les arbitres à niveau.
Recruter de nouveaux arbitres, est-ce facile ?
Plus qu'auparavant. Quand je sifflais, la technologie n'existait pratiquement pas à l'exception des oreillettes. Vous souvenez-vous qu'il y avait deux arbitres qui scrutaient la ligne de but ? L'arrivée de la VAR a fait du bien. Je n'entends plus dire que les arbitres jouent avec l'argent des joueurs…
" Vous souvenez-vous qu'il y avait deux arbitres qui scrutaient la ligne de but ? Heureusement que la technologie a évolué..."
Malgré les controverses, vous êtes partisan de la VAR
Totalement comme toutes les technologies qui sont arrivées pour aider les arbitres. Siffler hors-jeu pour un orteil ? Jadis, les gens demandaient plus de clarté et de précision. Aujourd'hui, vous l'avez donc il ne faut pas se plaindre.
Vous auriez donc aimé pouvoir profiter du VAR durant votre carrière ?
Évidemment même si cela n'aurait pas modifié ma manière de siffler. Malgré toutes les nouveautés et toutes les technologies du monde, l'arbitre reste le dernier décideur. La technologie ne doit pas supplanter l'être humain. Et aucun être humain n'est parfait.
En montrant les images de la VAR, ne pousse-t-on pas les arbitres à prendre une décision "populaire "?
Je ne pense pas. Avant le début de la CAN (la Coupe d'Afrique des Nations remportée sur tapis vert par le Maroc), j'ai formé des journalistes sportifs et des consultants gabonais sur les lois du jeu. Ils doivent être des éducateurs vis-à-vis du public. Cela augmente leur crédibilité. De tout temps, VAR ou pas, les téléspectateurs ont toujours été des arbitres potentiels. Autant leur amener des explications claires et précises.
Lobbying de Kompany, autoproclamations de Mbappé et Yamal… : et si le Ballon d'or ne se gagnait pas que sur le terrain ?Auriez-vous pris de meilleures décisions arbitrales avec la VAR ?
Je le répète. C'est une aide mais elle ne tranche pas. On parle toujours des buts annulés par la VAR mais il y a aussi des buts qui sont accordés parce que l'arbitre laisse aller l'action et ne vérifie qu'a posteriori. S'il avait stoppé l'action, il n'y aurait jamais eu but.
Arrêter un match pendant plusieurs minutes pour prendre une décision, n'est ce pas antinomique avec le jeu ?
Non. La décision prise sera la bonne. Ceux qui s'intéressent au football doivent comprendre les lois du jeu. Pas uniquement les lire.

Où en est l'arbitrage africain ?
Il évolue dans le bon sens. Dois-je rappeler que la finale de la Coupe du Monde 1998 a été arbitrée par un Africain ? (NdlR le Marocain Said Belqola). Actuellement, la CAF compte une vingtaine d'arbitres professionnels. Neuf avaient été présélectionnés pour la coupe du monde 2026. Le Gabonais Pierre Atcho a été retenu (NdlR : il a arbitré Irak-Norvège et Croatie-Panama et était le 4e arbitre de Belgique-Etats-Unis en 1/8emes de finale)

A-t-il le niveau mondial ?
Il a toujours eu même si vous les découvrez lors d'un tournoi. Vous, Belges, avez sans doute zappé que l'arbitre de votre 8e de finale historique contre le Japon en 2018 (NdlR le fameux "je l'ai dit bordel ") était le Sénégalais Maland Dedhiou.
Quand vous passez votre tête en Belgique, en profitez-vous pour rencontrer des arbitres belges ?
Je vois régulièrement Johan Verbiest ou Jonathan Lardot qui est devenu le responsable des arbitres en Belgique. Je regarde aussi souvent les matches du championnat.

Comprenez-vous qu'il n'y ait plus d'arbitres belges présents à la Coupe du Monde depuis 2010 avec Frank De Bleeckere (il a sifflé la petite finale pour la 3e place) ?
Le phénomène n'est pas neuf. De tout temps, la Belgique et d'autres pays ont connu un creux. Tant au niveau sportif que chez les arbitres. Erik Lambrechts a intégré la catégorie Elite UEFA, la seule qui peut mener à la Coupe du monde. Jasper Vergoote le suit en devenant Category First. Cela signifie que cela se rapproche pour une présence en Coupe du monde. Bram Van Driessche était à la Coupe du monde pour la VAR. Erik Lambrechts a 41 ans, il a encore 4 ans devant lui. Si les planètes s'alignent.. Sauf contretemps, il n'y a aucune raison qu'il ne soit pas sélectionné pour l'Euro 2028 en Allemagne.
Vous êtes célèbre pour avoir arbitré avec un sourire permanent. Tentez-vous de transmettre cette attitude en tant qu'instructeur ?
Cela a toujours fait partie de ma personnalité. L'arbitre italien Pierluigi Collina (il a entre autres sifflé la finale de la Coupe du monde 2002 entre l'Allemagne et le Brésil) ouvrait ses grands yeux et ça calmait tout le monde. Il ne faut pas imiter un autre arbitre même s'il c'est votre idole ou modèle. Il ne faut jamais transgresser sa propre personnalité sinon cela sonne faux. Il ne faut pas imiter Nzolo.
"Il ne faut pas imiter Jéröme Nzolo"
Votre sourire Pepsodent permettait quand même de faire baisser la tension sur le terrain.
C'est peut-être votre perception de l'extérieur mais je ne jouais jamais un scénario. Il faut reconnaître que cela fonctionnait plutôt bien. Cela devait donc avoir une influence.
Pensez-vous que les arbitres sont parfois un peu trop sérieux et trop robotiques ?
La FIFA demande désormais aux arbitres de revenir à la base. Après chaque compétition, qui est scrutée et analysée par des experts, il y a un débrief sur le niveau mais aussi sur les améliorations à apporter. Nous avons constaté que les arbitres ne prenaient plus assez leurs responsabilités. Comme si la VAR arbitrait à leur place. Depuis un an, on leur demande de prendre des décisions. La technologie n'est qu'un apport. Vous ne connaissez pas les considérations et les consignes données aux arbitres. C'est bien d'inviter Jonathan Lardot pour expliquer des décisions sur un plateau télé mais une formation dure 5 jours.
Revenons en arrière. Comment débarquez-vous en Belgique ?
Je n'ai jamais demandé de venir. J'étais boursier pour l'État gabonais qui m'a envoyé en Belgique. C'était la première fois que je mettais les pieds en Europe. Je suis arrivé le 8 octobre 1995. Il faisait froid. (nous avons vérifié, il faisait quand même 15 degrés…)
Quand vous avez débuté l'arbitrage, visiez-vous haut ?
J'avais déjà sifflé à un bon niveau au Gabon. Après une blessure, j'ai mis un terme à ma "carrière "de joueur pour me tourner vers l'arbitrage en Belgique. Je ne tenais pas à recommencer tout en bas de l'échelle. J'étais ici pour faire mes études et, cinq ans plus tard, je me retrouve en D1. Ils ont trouvé que j'avais un peu de qualités.
Plus de dix ans après l'arrêt de votre carrière, comprenez-vous que vous n'ayez pas de successeur en tant qu'arbitre d'origine africaine ?
Il y a eu Karim Saadouni qui est devenu policier. Il ne faut pas croire qu'être arbitre est facile. Je peux être un exemple mais il faut pouvoir se faire violence. Quand j'allais arbitrer dans les pays de l'Est par moins 7 degrés… Ne vous inquiétez pas, d'autres vont arriver.
Un souvenir de votre premier match en D1 ?
Brussels-Lokeren le 28 janvier 2006. Je ne connais pas le stress mais l'attente est très grande. J'étais une attraction. Comme le premier joueur de couleur à avoir défendu les couleurs de l'équipe nationale. Il ne fallait pas passer à côté. Il fallait que ça marche. Pour les gens qui m'ont fait confiance. Pour la population noire pour qui je représentais quelque chose.

Ne nourrissez-vous aucun regret de ne pas avoir pu siffler en Coupe du Monde ?
En Europe, il y a des catégories. Si vous n'êtes pas Élite, personne ne pense à vous. J'ai évidemment rêvé. Parce que j'ai sifflé en coupe d'Europe. J'ai toujours voulu relativiser. Pour ne pas nourrir de regret. Pour me remettre d'équerre, je terminais chacune de mes saisons en sifflant la finale d'un tournoi de minimes à Soignies. À cet age-là, on ne pense pas à tricher. On est loin d'un football business où l'on tente de tromper l'arbitre.
Avoir été désigné à quatre reprises meilleur arbitre de D1 par les joueurs, cela doit être gratifiant.
Cela vient des acteurs eux-mêmes. Malgré les prises de tête, malgré les cartes rouges. Quand au bout du compte, vous êtes désigné, c'est plus que gratifiant. C'est un honneur.
Préfériez vous siffler dans un stade plein quitte à avoir la pression du public ou devant une assistance plus modeste ?
Je préférais un stade comble. Quand les gens gueulent, on n'entend pas ce qu'ils disent. Arbitre ou joueur, la ferveur du public est un plus.
Vous n'avez jamais vraiment expliqué les raisons qui vous ont poussé à arrêter subitement votre carrière en 2015.
On a beaucoup parlé des tests physiques. Les réussir n'a jamais été un problème et ne l'aurait pas été si je l'avais voulu. J'ai toujours voulu prendre du plaisir en arbitrant. Il commençait à diminuer, j'ai préféré dire stop que de siffler les matches de trop. Quand vous êtes arbitre, vous avez le devoir de rendre une copie impeccable vis-à-vis des deux équipes. Je sais que cela a pu surprendre. Je me connais. Je ne le sentais plus. Mieux vaut partir sur une note positive. Je n'avais pas envie du match de trop.

Et cela ne vous a pas manqué ?
Au début oui. J'ai retrouvé des weekends avec mes enfants. J'ai été assesseur des arbitres. J'ai continué à travailler. Encore aujourd'hui des gens me demandent pourquoi j'ai arrêté.
Aviez-vous l'impression d'être arrivé au bout ?
J'étais arrivé à mon maximum. À l'international, je me considérais comme un ambassadeur de la Belgique. Je ne voulais pas donner une mauvaise image.
Le Gabon connaît-il la Belgique ?
Évidemment. Dieudonné Londo a joué à Mons et est aujourd'hui manager de l'équipe nationale.
Comment jugez-vous l'évolution du foot belge en 10 ans ?
Il y a eu des nouveautés. Depuis l'Euro 2022, ce sont désormais les capitaines les seuls habilités à parler a l'arbitre. En principe, fini les attroupements.
Les arbitres devraient-ils davantage expliquer leurs décisions ?
Je le faisais. C'est toujours mieux de pouvoir expliquer à un joueur pourquoi il reçoit le carton rouge. En Angleterre, ils expliquent tout. C'est un rôle d'éducateur avant d'être le gendarme.
Où habitez-vous ?
J'habite ici ou au Gabon. Je suis surtout dans les airs. J'ai été en 2015 conseiller du ministre gabonais en charge de toutes les fédérations sportives et directeur de l'agence de développement du sport.
Aimiez-vous tous les joueurs ?
Je n'étais pas là pour être aimé des joueurs. J'étais arbitre. J'ai sifflé la plupart des entraîneurs actuels en D1. Peut-être que leur vision de l'arbitre a changé… J'ai retrouvé Hugo Broos au Cameroun ou Yannick Ferrera a Zamalek. Ça fait bizarre.
Le meilleur arbitre du monde ?
J'ai été impressionné par le Polonais Sylon Marciniak lors de la finale de la coupe du monde 2022. Pas une seule intervention de la VAR, cela veut dire que tu es très fort. Le Français Le Texier est aussi du haut vol.
Des regrets ?
J'ai été content de ce que l'on m'a donné. Cela n'a rien à voir avec siffler Barcelone ou pas. En 2013, j'ai sifflé le Trophée des champions PSG-Bordeaux. Si cela s'était mal passé, tout le monde s'en souviendrait.
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