thejournalofsierraleonestudies.com

Pourquoi LFI est-elle accusée par le gouvernement d’être à l’origine du mouvement lycéen et de l’instrumentaliser ?

Les services du Premier ministre Sébastien Lecornu considèrent que les blocages observés dans les lycées sont le fait de "LFI et ses proxys de l'ultragauche". Franceinfo a pu consulter la note de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris sur laquelle se fonde Matignon.

Les services du Premier ministre Sébastien Lecornu considèrent que les blocages observés dans les lycées sont le fait de "LFI et ses proxys de l'ultragauche". Franceinfo a pu consulter la note de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris sur laquelle se fonde Matignon.

France Télévisions

Publié le 03/10/2026 18:59

Temps de lecture : 4min

Des lycéens manifestent à Lyon (Rhône), le 2 octobre 2026. (ALEX MARTIN / AFP)
Des lycéens manifestent à Lyon (Rhône), le 2 octobre 2026. (ALEX MARTIN / AFP)

La France insoumise (LFI) est-elle à l'origine de l'embrasement du mouvement de blocage des lycées observé ces derniers jours ? C'est la thèse défendue par le gouvernement, qui recense 1 747 interpellations pour la seule journée du vendredi 2 octobre et plus de 5 000 depuis lundi. A l'issue de la cellule interministérielle de crise qui s'est tenue sur le sujet jeudi, les services du Premier ministre ont directement dénoncé la responsabilité de "LFI et ses proxys de l'ultragauche" dans "l'origine du mouvement" qui a basculé en "violences urbaines".

Ce constat de Matignon se fonde sur une note produite le lundi 28 septembre par la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), que franceinfo a pu consulter. Le document, qui ne porte pas sur la mobilisation à l'échelle nationale, se focalise uniquement sur les "actions lycéennes en Seine-Saint-Denis" et fait état d'un "mouvement à la physionomie inédite".

Les agents du renseignement considèrent que les blocus de lycées en série "résident de toute évidence dans une instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de I'extrême gauche". L'objectif est "d'imposer leurs idées à I'approche d'échéances électorales nationales", est-il spécifié dès le début de la note.

Pour arriver à cette conclusion, les services de renseignements retracent les violences jour par jour aux abords des établissements du département francilien. Ils observant que les premiers rassemblements du 21 septembre, d'abord "peu mobilisateurs", ont laissé place à une montée en puissance du "mode opératoire" dès le 22 septembre, avec de premiers "jets de pierres et tirs de mortiers" en direction des forces de I'ordre.

Les différents débordements lycéens et étudiants sont cités dans le détail mais seules quatre références concrètes à des actions et propos émanant d'élus LFI figurent dans le document, sur un total de huit pages de notes. Il est ainsi mentionné que le 24 septembre, Bally Bagakoyo, maire de Saint-Denis, a "affiché publiquement sa volonté de retirer" les lanceurs de balles de défense (LBD) "de l'équipement de sa police". "Sans surprise", ajoute la note, l'édile a publié un communiqué "dès le 24 septembre au soir" regrettant qu'un agent municipal ait pu porter un LBD "alors même que la situation ne l'exigeait pas". Bally Bagayoko avait ajouté qu'il ne se satisfaisait "pas non plus de voir que des jeunes gens sont arrêtés puis mis en garde à vue par des agents de la police nationale pour leurs revendications".

Ce même jour, il est spécifié que le député de la 1re circonscription de Saint-Denis, Eric Coquerel, "a fait un passage" au lycée Marcel-Cachin de Saint-Ouen, où "80 jeunes se sont rassemblés et ont pris à partie un véhicule de police en le visant de divers projectiles, barrières et panneaux de chantier, occasionnant le bris du pare-brise".

De plus, les agents de la DRPP relèvent des appels sur les réseaux sociaux à bloquer deux lycées, à Noisy-le-Grand et à Pavillons-sous-Bois, lancés "dans le cadre d'un 'challenge des blocus lycéens organisé sur le département'". "Ceci rappelle fortement le 'blocus challenge' lancé en mars 2023 par le député LFI du Val-de-Marne Louis Boyard pendant le conflit social lié à la réforme des retraites pour créer une émulation entre les lycéens dans la mise en place de blocus d'établissements", relève la note. Il est précisé que le but de ce défi pour les lycéens est de "mettre en ligne sur les réseaux sociaux les photos et vidéos des actions sous le hashtag #blocuschallenge".

Les policiers de la préfecture précisent qu'au début du mouvement "les structures syndicales classiques" étaient "étonnamment invisibles sur le terrain". Mais ils notent que plusieurs organisations syndicales étudiantes ont ensuite tenté de se greffer au mouvement de contestation, comme celles émanant de I'université Paris 8 (Le Poing Levé, FSE) ou Paris-Nanterre (FSE).

Interrogés, plusieurs cadres de LFI démentent fermement être à l'origine du mouvement. Le coordinateur du parti, Manuel Bompard, s'est exprimé dès jeudi soir, dans la foulée des propos du Premier ministre sur les "proxys de l'ultragauche". "J'appelle le gouvernement à ne pas sombrer dans le complotisme et dans l'infantilisation des lycéens. Ce mouvement spontané est né d'une exaspération face à des conditions d'éducation absolument indignes (…) Il est temps que le Premier ministre renonce à jouer la stratégie du pourrissement et de la provocation", a-t-il déclaré à l'AFP.

Un député LFI abonde auprès de France Télévisions : "Croire qu'on a la capacité de soulever des centaines de bahuts en même temps, c'est nous donner beaucoup de crédit. Si on avait ces capacités, on l'aurait fait depuis des années". "La pire chose à faire, estime un autre élu LFI, est de prendre les jeunes pour des imbéciles manipulables. Ça les agace, et ça renforce l'osmose entre ce mouvement et LFI".

"Nous ne permettons pas que l'on nous accuse de cette manière", a lancé jeudi soir Jean-Luc Mélenchon, le chef de file du parti, lors d'un rassemblement retransmis notamment sur sa page Facebook. Tout en continuant à soutenir la révolte des lycéens, il a toutefois dénoncé les violences, estimant qu'elles desservent le mouvement. "Pas de panique ou d'énervement. Du sang-froid. Cela ne sert à rien de mettre le feu !", a-t-il notamment lancé.

Il a reconnu au passage que les députés LFI du Val-de-Marne Louis Boyard et Clémence Guetté s'étaient rendus au lycée Saint-Exupéry de Créteil le 21 septembre, où le mouvement a débuté via un classique appel à la grève lancé jeudi 17 septembre. "Les députés insoumis ont cette particularité par rapport aux autres : quand il se passe quelque chose, ils vont voir", a ironisé Jean-Luc Mélenchon, avant d'ajouter que "ce qu'il s'est passé à Créteil a fait le tour non seulement du département mais du pays. (...) Voilà comment ce mouvement s'est allumé".

Vous pouvez désormais privilégier l'affichage des articles de franceinfo dans les résultats de recherche Google. Comment ça marche ?

Shorts