Pourquoi les étudiants wallons boudent-ils le néerlandais (et pourquoi a-t-il la cote à Bruxelles ?) - RTBF Actus
Mais derrière ce succès se cache un clivage. D’après la linguiste namuroise, le néerlandais est devenu un marqueur social : "Les jeunes qui l’étudient viennent de familles au capital socioculturel élevé et stab...
Mais derrière ce succès se cache un clivage. D’après la linguiste namuroise, le néerlandais est devenu un marqueur social : "Les jeunes qui l’étudient viennent de familles au capital socioculturel élevé et stable, qui choisissent cette langue de manière délibérée, comme un sésame pour un meilleur avenir. À l’inverse, les familles plus fragilisées se tournent vers l’anglais, avec l’illusion que l’anglais suffit."
Les jeunes en immersion néerlandais viennent de familles au capital socioculturel élevé et stable.
Autre constat : la formule immersion connaît plus de succès en Wallonie qu’à Bruxelles. Environ 80% des élèves francophones en immersion néerlandais fréquentent une école wallonne, contre 20% à Bruxelles.
Bruxelles : le grand écart entre les deux enseignements
Et à Bruxelles, justement ? Dans la capitale, les familles ont le choix : l’enseignement francophone ou la filière néerlandophone.
Côté francophone, le néerlandais est obligatoire comme deuxième langue. En théorie, tous ces élèves devraient donc en sortir avec de bonnes bases…
La pratique raconte une autre histoire. Selon le baromètre linguistique mené par BRIO en 2024, moins de 10% jeunes Bruxellois passés par l’enseignement francophone (à Bruxelles ou en Wallonie) déclarent parler "bien à parfaitement" le néerlandais.
En parallèle, de plus en plus de familles francophones inscrivent leurs enfants dans l’enseignement néerlandophone. Selon les statistiques de la VGC, les élèves du secondaire dont les parents parlent exclusivement le français à la maison* représentaient 3,7% des effectifs en 1991-92… contre 32,4% en 2025-26.
*Prudence toutefois avec ces chiffres : ils reposent uniquement sur les déclarations des parents dans un formulaire rempli en début d’année. Les élèves y sont répartis en quatre grandes catégories : ceux qui parlent uniquement le néerlandais à la maison, le néerlandais et une autre langue, uniquement le français, ou ni le français ni le néerlandais. Dans notre exemple, nous ne prenons donc pas en compte une partie des 18,8% qui parlent français ET néerlandais à la maison.
Est-ce la preuve que le néerlandais a la cote à Bruxelles ? Pas si vite, tempère Laurence Mettewie : "L’enseignement néerlandophone bénéficie d’un taux de financement plus important : plus de moyens, plus de possibilités, donc une meilleure réputation. Et, en plus, il y a le néerlandais. Dans une étude menée en 2000, nous avions montré que les francophones scolarisés dans des écoles néerlandophones de Bruxelles avaient des attitudes plus positives vis-à-vis du néerlandais que les francophones d’écoles contrôle en Wallonie. Mais je n’oserais pas généraliser en disant qu’à Bruxelles, les familles sont plus en faveur du néerlandais."
Dans le supérieur, des auditoires qui se vident
Reste l’enseignement supérieur. Pour l’année académique 2025-2026, la Taalunie recense 703 étudiants avec le néerlandais comme matière principale dans les universités francophones (UMons, UCLouvain, ULB, UNamur, ULiège).
Cette statistique ne prend en compte que l’étude liée à la langue et littérature néerlandaises, pas les formations d’enseignants.
À Bruxelles, une demande qui explose chez les adultes
Au-delà des circuits académiques, il existe bien d’autres manières d’apprendre le néerlandais : promotion sociale, écoles de langues privées, centres de formation… Les pistes sont multiples, à Bruxelles comme en Wallonie. Les statistiques exhaustives, elles, sont beaucoup plus difficiles à récolter.
Dans la capitale, la Maison du Néerlandais à Bruxelles constitue souvent la porte d’entrée pour toutes celles et ceux qui souhaitent apprendre le néerlandais.
L’organisme réoriente ensuite les apprenants vers une offre adaptée à leurs besoins. S’il rassemble bien des statistiques, Het Huis van het Nederlands ne peut toutefois pas déterminer combien d’apprenants sont des " Belges francophones " : seule la nationalité est enregistrée.
Une chose est sûre : la demande explose, au point que la Maison du Néerlandais ne parvient plus à y répondre.
Patrick Manghelinckx, directeur de la Maison du Néerlandais à Bruxelles, rappelle les conclusions de l’enquête sur les motivations qui incitent les Bruxellois à apprendre le néerlandais : "Apprendre le néerlandais est rarement un but en soi pour les Bruxellois : c’est un levier vers trois grands objectifs de vie : décrocher un (meilleur) emploi, de loin le motif principal, offrir un bel avenir à leurs enfants et tisser de nouveaux contacts avec des néerlandophones."
Une motivation en berne
Laurence Mettewie a mené une vaste enquête auprès de quelque 800 rhétoriciens wallons : " Entre 2000 et 2025, les attitudes positives vis-à-vis de l’apprentissage des langues ont baissé. La motivation a diminué aussi, mais elle reste à la limite entre le positif et le négatif. " Autrement dit : les élèves perçoivent de moins en moins bien le néerlandais, tout en sentant qu’il reste nécessaire, voire utile.
L’étude à paraître révèle aussi un clivage social marqué : " Ceux qui sont dans les écoles à l’indice socio-économique le plus élevé choisissent encore plus souvent le néerlandais comme première langue moderne. " Le profil familial pèse donc lourd dans la balance.
Et cela en dit long sur l’image de la langue côté francophone : " Le néerlandais est surtout vu comme un sésame à l’emploi, rarement, à tort, comme un sésame culturel. Mais il y a une prise de conscience très réelle ", analyse la linguiste.
La solution ? Rendre le néerlandais attrayant !
En additionnant les différentes catégories, et même si ces chiffres ne sont pas exhaustifs, on s’approche des 300.000 apprenants du néerlandais en Belgique francophone.