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Les carnets de l’apothicaire : pourquoi cet anime est TRÈS politique

Entre ses enquêtes et ses vieilles blessures dynastiques, la saison 3, attendue dès le 2 octobre sur Crunchyroll, élargit encore le terrain de jeu de Mao Mao. Sans perdre son humour ni sa grâce, Les carnets de ...

Entre ses enquêtes et ses vieilles blessures dynastiques, la saison 3, attendue dès le 2 octobre sur Crunchyroll, élargit encore le terrain de jeu de Mao Mao. Sans perdre son humour ni sa grâce, Les carnets de l’apothicaire rappelle surtout ce qu’il raconte depuis le début : derrière chaque poison, chaque corps et chaque rumeur se cache une affaire de pouvoir.

Introduction

Il suffit parfois d’un insecte pour faire vaciller un empire. Les carnets de l’apothicaire le sait mieux que personne : depuis trois saisons, la série adaptée de l’œuvre de Natsu Hyūga transforme chaque détail en affaire d’État. Derrière ses enquêtes médicales et l’impassibilité acide de Mao Mao, cet anime, l’un des plus remarquables de sa génération, raconte surtout le pouvoir, ses mensonges et son inquiétante fragilité.

Attendue ce 2 octobre sur Crunchyroll, la troisième saison reprend sans sas de décompression. La rébellion du clan Shi écrasée, Mao Mao sauvée et Loulan officiellement disparue, l’Empire devrait pouvoir respirer. Ce serait toutefois mal connaître la série. Une mystérieuse silhouette encapuchée apparaît au milieu d’attaques de criquets frappant les anciennes terres des Shi, tandis qu’un nouveau pan de l’organisation politique du pays se dévoile… Quelques minutes suffisent pour remettre la machine en mouvement.

Pas une minute à perdre

Là où bien des séries d’animation consacrent leur retour à rafraîchir docilement les mémoires, Les carnets de l’apothicaire préfère faire confiance à celle du spectateur. À chacun, ensuite, de suivre. Une phrase glissée au détour d’un dialogue, un ouvrage aperçu quelques secondes, une remarque que l’on croyait sans conséquence… Tout peut refaire surface dix épisodes plus tard. Ici, détourner les yeux deux minutes suffit à s’égarer.

Les carnets de l’apothicaire, saison 1.©Crunchyroll

Cette densité fait la richesse de la série, quitte à se retourner ponctuellement contre elle. Deux saisons ont accumulé concubines, familles, officiers, faux eunuques, vrais princes et secrets généalogiques avec une gourmandise presque indécente. Revenir dans cet univers demande donc un léger effort de mémoire. Mais quelle récompense derrière : pas de gras, peu d’exposition laborieuse et cette sensation qu’un épisode de 20 minutes contient, réellement, 20 minutes d’histoire.

Le plaisir est aussi visuel. Désormais confiée au seul studio OLM, la série conserve cette élégance qui ne cherche jamais à assommer. Les tissus bruissent, les couleurs racontent autant que les dialogues, les visages bougent juste assez. Puis Mao Mao aperçoit quelque chose de vaguement toxique et la voilà réduite à une créature féline grotesque. Cette capacité à passer du raffinement au ridicule sans perdre une once de cohérence reste l’un de ses plus beaux tours de force.

La politique par les corps

Qualifier Les carnets de l’apothicaire d’anime politique peut sembler étrange. Sa protagoniste n’est ni ministre, ni générale, ni princesse : elle goûte les plats suspects, ausculte les corps et préférerait volontiers les poisons aux affaires d’État.

Pourtant, la politique affleure depuis le premier épisode : des cosmétiques toxiques menacent la descendance impériale ; puis l’histoire de Loulan et du clan Shi dissimule une rébellion ; enfin, le véritable statut de Jinshi fait peser une ombre sur la succession.

Les carnets de l’apothicaire, saison 1.©Crunchyroll

L’intime n’est jamais bien loin du trône, et c’est tout ce qui fait la richesse d’une œuvre difficile à classer. Polar médical, comédie, romance contrariée et drame de cour s’y mêlent avec aisance et malice. Mais l’oeuvre ne se contente pas de juxtaposer pas les genres : elle les fait constamment travailler les uns avec les autres.

Quand le criquet devient politique

La saison 3 prolonge exactement cette mécanique avec un nouvel élément : le criquet. Revenue dans le quartier des plaisirs, Mao Mao remarque leur abondance jusque dans les assiettes. Rien de spectaculaire, en apparence ; mais quelques observations suffisent pour faire apparaître la menace de mauvaises récoltes.

Les carnets de l’apothicaire, saison 3.©Crunchyroll

Le choix est d’autant plus habile que le fléau n’a rien de théorique. Les invasions de locustes ravagent depuis des siècles les cultures de plusieurs régions d’Asie et demeurent aujourd’hui une menace majeure en Asie centrale. Capables de former d’immenses essaims et de parcourir jusqu’à 150 kilomètres par jour, ces insectes peuvent rapidement faire d’un phénomène naturel une crise alimentaire.

Dans un univers nourri de la Chine impériale, la catastrophe prend aussitôt une dimension politique. Une famine ne vide pas seulement les greniers : elle peut fragiliser la légitimité du souverain, nourrir les superstitions et offrir aux colères populaires un récit auquel s’accrocher. Fidèle à son esprit, Mao Mao comprend très vite que derrière ces quelques insectes se profile une menace autrement plus vaste.

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Le cœur, dernier territoire à conquérir

Aux débuts de la série, Mao Mao savait surtout qu’au palais, comprendre trop de choses pouvait être dangereux. Si son détachement reste intact en façade (le personnage perdrait beaucoup à devenir héroïque ou sentimental), elle connaît désormais trop bien les mécanismes du pouvoir pour les regarder de loin.

Les carnets de l’apothicaire, saison 1.©Crunchyroll

Jinshi, lui, se rapproche dangereusement du centre de l’échiquier. Les nouveaux équilibres dynastiques et les zones d’ombre entourant son statut maintiennent une tension que la série n’a même plus besoin de surligner. Les carnets de l’apothicaire excelle depuis deux saisons à déplacer ses pièces sans dévoiler trop vite la partie ; reste qu’à force de patience, une autre intrigue commence à réclamer son dû.

Car si cette lenteur a fait tout le sel de la relation entre ses deux protagonistes, il serait dommage que leur histoire demeure éternellement suspendue à quelques regards, malentendus et gestes avortés. La tension entre le prince qui voudrait échapper à sa place et la petite apothicaire qui refuse obstinément de voir ce qu’il éprouve compte autant, désormais, que les complots de cour. Et ce nouveau volet gagnerait à laisser enfin leurs sentiments avancer d’un pas…

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