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Pourquoi les Belges semblent moins patriotes que leurs voisins… sans forcément l’être - RTBF Actus

À chaque 21 juillet, le débat ressurgit : les Belges sont-ils moins patriotes que les Français, les Italiens ou encore les Américains ? Le fait que la Brabançonne soit moins spontanément chantée ou que les démo...

À chaque 21 juillet, le débat ressurgit : les Belges sont-ils moins patriotes que les Français, les Italiens ou encore les Américains ? Le fait que la Brabançonne soit moins spontanément chantée ou que les démonstrations de fierté nationale soient plus discrètes nourrit régulièrement cette perception.

Pour Catherine Lanneau, historienne à l’ULiège et spécialiste de l’histoire de la Belgique, cette impression traduit effectivement "une ferveur… peut-être un peu moins marquée que dans d’autres nations qui cultivent un roman national plus développé que le nôtre".

L’historienne nuance toutefois cette observation. La Brabançonne "se chante aussi dans la langue de chacun", rappelle-t-elle. "À la fois, c’est son charme et puis ça peut marquer une certaine limite". Elle souligne également que l’hymne national est peu appris à l’école, même si, selon elle, "il est peut-être moins mal connu qu’il ne l’a déjà été".

Un patriotisme marqué par l’histoire

Pour Catherine Lanneau, l’idée selon laquelle la Belgique serait un pays artificiel continue d’influencer les représentations. "Il y a évidemment une espèce de cliché dont la Belgique doit finalement se défaire, qui est l’idée d’avoir été un État artificiel créé par les grandes puissances, ce qui en réalité est faux, mais qui a malgré tout percolé à travers l’histoire".

Le pays a pourtant connu de véritables périodes de patriotisme intense. "Il y a eu des moments de patriotisme fort, notamment au lendemain de la Première Guerre mondiale, qu’on présente toujours comme étant un révélateur belge de patriotisme".

En revanche, la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences ont profondément modifié le paysage identitaire belge. Catherine Lanneau évoque "une certaine vision un petit peu simplificatrice du passé", avec une Wallonie perçue comme résistante et un mouvement flamand assimilé à la collaboration, "ce que pour partie il a été, mais pas seulement".

Selon elle, cette période a contribué à renforcer les identités régionales. "On voit bien qu’il y a une polarisation, après la Seconde Guerre mondiale, qui se cristallise aussi dans la question royale, qui a amené à voir se développer un certain nombre d’identités subnationales".

Une identité belge qui cohabite avec d’autres appartenances

L’évolution fédérale du pays et la construction européenne ont également transformé le rapport des Belges à leur identité nationale. " La Belgique a quand même misé sur cette idée d’être le pays un peu laboratoire de l’Europe […]. On a aussi construit un récit autour du Belge qui est aussi un excellent Européen".

Pour autant, cela ne signifie pas que le sentiment d’appartenance à la Belgique ait disparu. Catherine Lanneau évoque même "une espèce de patriotisme un petit peu en creux", une notion développée par les tenants de la Belgitude dans les années 1980.

Catherine Lanneau

Ce qui fait finalement le sentiment d’être belge, c’est de manquer précisément de ces raisons particulières de ferveur

Cette identité s’exprime souvent par l’autodérision. "Si on veut rentrer dans le stéréotype ou dans l’autostéréotype, c’est aussi très belge de jouer un peu l’autodérision ou finalement de dire : 'Oh oui, mais la Belgique n’existe que par les gaufres, la bière, le roi, etc.' ".

Mais, insiste l’historienne, "je pense que c’est quand même plus profond que ça chez beaucoup de Belges, aussi bien des Wallons que des Flamands".

Les enquêtes montrent un attachement toujours fort à la Belgique

Les études consacrées aux identités en Belgique viennent d’ailleurs contredire l’image d’un pays dépourvu de sentiment national. "Les enquêtes, même les plus récentes, montrent qu’il y a différentes manières de s’identifier […]. Mais chez les francophones et encore chez les Flamands, même si c’est un peu plus nuancé, la première identification, quand on demande d’en choisir une, c’est quand même l’identification belge".

Catherine Lanneau

Il y a un patriotisme qui n’est pas nécessairement une forme de fierté à tous crins ou de chauvinisme, mais il y a un attachement à la Belgique qui reste profond

Pour Catherine Lanneau, cet attachement n’empêche pas d’autres appartenances. "Les Wallons vont avoir tendance à dire d’abord qu’ils sont Belges […] et les Liégeois vous diront qu’ils sont d’abord Liégeois, par exemple".

Elle en sourit elle-même lorsque son interlocuteur lui rappelle qu’elle est liégeoise. "Je suis liégeoise, absolument. Mais ce qui n’empêche pas d’être belge également".

Même en Flandre, où "l’identité flamande est sans doute plus forte que ne l’est l’identité wallonne ", les chiffres restent clairs, conclut-elle : " On continue quand même, les chiffres le montrent, à se dire majoritairement belge".