Pourquoi Les Affranchis reste l’étalon du film de gangsters
Pop Culture Trente-six ans après sa sortie, Goodfellas continue de dominer le cinéma criminel. Et même Martin Scorsese n’a jamais vraiment fait mieux. Image d'illustration. Les Affranchis — Warner Bros. P...
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Trente-six ans après sa sortie, Goodfellas continue de dominer le cinéma criminel. Et même Martin Scorsese n’a jamais vraiment fait mieux.
En bref
- Les Affranchis (Goodfellas) fête ses 36 ans
- Son influence dépasse largement le film de mafia
- Même Scorsese n’a pas refait aussi fort
Il y a des films qui vieillissent. Et il y a Goodfellas, qui continue de contaminer tout ce qu’on regarde autour de lui. Trente-six ans après sa sortie, le film de Martin Scorsese reste une référence très concrète, dans la façon de filmer le crime, de raconter l’ivresse du pouvoir, et même de penser la télévision moderne.
Un film qui a débordé le cinéma criminel
Son empreinte ne se limite pas au film de gangsters. Le fameux plan-séquence du Copacabana, toujours aussi souple aujourd’hui, a nourri d’autres séquences devenues cultes dans Pulp Fiction ou Boogie Nights. Et ce n’est pas un détail de cinéphile, parce que cette grammaire visuelle a fini par irriguer tout un pan du cinéma américain.
Même chose côté séries. HBO et The Sopranos portent une dette évidente envers Goodfellas, au point que la série est souvent associée au démarrage de l’âge d’or de la télévision. Dit autrement, on ne parle pas seulement d’un grand film, mais d’une œuvre qui a déplacé les standards du récit criminel.
Pourquoi 1990 a tout changé pour Scorsese
À l’origine, Scorsese ne cherchait même pas à replonger dans la mafia après Mean Streets. C’est la lecture de Wiseguy, le livre du journaliste criminel Nicholas Pileggi, qui relance la machine au milieu des années 1980. Ce qui l’intéresse alors, ce n’est pas seulement le crime, mais son pouvoir d’attraction.
Après La Dernière Tentation du Christ, il se met au travail sur ce qui deviendra son film le plus iconique. Sorti le 19 septembre 1990, Goodfellas suit Henry Hill, happé par la vie de gangster avant de voir sa vie criminelle et sa vie personnelle entrer en collision. Au casting, du très lourd, avec Ray Liotta, Robert De Niro, Joe Pesci, Lorraine Bracco ou encore Frank Vincent.
Le sommet d’une longue histoire du gangster movie
Le plus intéressant, c’est que Goodfellas arrive après plusieurs cycles. Dans les années 1930, le sous-genre explose avec The Public Enemy puis Scarface. Ensuite, le Code Hays serre la vis pendant des décennies, en compliquant les récits qui placent des criminels au centre et suscitent de l’empathie pour eux.
Quand ce carcan saute en 1968, le genre repart. On voit revenir des films comme The French Connection, The Godfather, puis Mean Streets. Goodfellas hérite de tout ça, mais avec une énergie bien plus nerveuse, presque toxique, qui lui donne encore aujourd’hui une modernité assez folle.
Même Scorsese n’a jamais retrouvé cette vitesse
Le paradoxe est là. Scorsese a signé d’autres grands films criminels, mais aucun n’a retrouvé ce mélange précis de style, de tension et de chaos. Casino, en 1995, creuse plus profondément le crime organisé à Las Vegas et ressemble souvent à l’autre face de la même pièce. Très grand film, quand même. Mais son ampleur plus lourde ne retrouve pas la frénésie de Goodfellas.
Puis il y a The Irishman, en 2019, avec sa technologie de rajeunissement pour suivre Frank Sheeran sur plusieurs décennies. Le film impressionne, clairement, mais son exécution plus sobre le tient à distance. Même The Departed ou The Wolf of Wall Street, pourtant ultra populaires, n’atteignent pas cette précision. Côté box-office, Goodfellas n’avait été qu’un succès modeste, avec environ 42 millions d’euros (47,1 millions de dollars) pour un budget d’environ 22 millions d’euros (25 millions de dollars). Son vrai triomphe, lui, s’est joué sur la durée. Et ça, pour le cinéma criminel, ce n’est pas un détail.
Morgan Fromentin
Spécialiste Pop Culture
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