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Pourquoi “la masculinité vulnérable et mélancolique” de The Cure obsède la Gen Z

Robert Smith, leader de The Cure, et le bassiste Simon Gallup au Madison Square Garden de New York, le 18 juin 2016. Près de cinquante ans après sa création, le groupe britannique s’est mué en “référence immor...

Robert Smith, leader de The Cure, et le bassiste Simon Gallup au Madison Square Garden de New York, le 18 juin 2016. Près de cinquante ans après sa création, le groupe britannique s’est mué en “référence immortelle”, affirme le quotidien espagnol “El País”, notamment en osant incarner une masculinité jusqu’alors peu représentée qui plaît beaucoup à la génération Z. Celle-ci devrait se presser aux deux concerts du groupe en France : à Bordeaux le 28 août et au festival Rock en Seine le 30 août. Photo KRISTA SCHLUETER/THE NEW YORK TIMES

28 août 2026

Si la vallée des larmes avait une playlist, c’est sûr qu’il y aurait quelque part (voire un peu partout) The Cure.

Bientôt cinquante ans après sa création, le groupe britannique est tête d’affiche du festival Pagaille à Bordeaux, le 28 août, et de Rock en Seine, à Saint-Cloud, où il se produira le 30. Et s’est mué en “une référence immortelle, qu’on retrouve dans les séries, les films et les livres qui s’intéressent à l’adolescence actuelle”, estime El País.

Et le quotidien espagnol de s’interroger : “D’Olivia Rodrigo à TikTok, pourquoi The Cure obsède-t-il cette génération [Z] ?”

“On a le sentiment
de voyager dans le temps
sur le plan affectif,
de revenir à une époque
où l’on se découvrait”.

Beatriz Serrano, autrice de l’ouvrage Fuego en la garganta (“Du feu dans la gorge”, inédit en français),
au quotidien espagnol El País.

“Ces hymnes sensibles et crépusculaires sont devenus un reflet des expériences actuelles”, affirme le quotidien madrilène.

Car, non content d’être une source d’inspiration et de collaborer avec de nouveaux artistes, The Cure a écrit dans le dernier demi-siècle des chansons comme Lullaby, Boys Don’t Cry ou Pictures of You, entendues dans des séries et des comédies romantiques contemporaines.

Repris par Phoebe Bridgers dans L’Été où je suis devenue jolie (Friday I’m in Love), le fleuron new wave fait aussi partie de la bande-son de Sex Education (où figure Boys Don’t Cry) ou de celle de Stranger Things (avec A Forest).

Et ça ne s’arrête pas là. Dans son dernier album, You Seem Pretty Sad for a Girl So in Love, Olivia Rodrigo – qui avait chanté avec Robert Smith à Glastonbury l’été dernier – reconnaît que The Cure a été un fil conducteur. On y trouve un duo avec le chanteur anglais et même un titre baptisé… The Cure.

“J’avais toujours été fan de The Cure, mais depuis que j’ai rencontré [Robert Smith] et qu’on a traîné ensemble, genre, je suis revenue à tous ces groupes de new wave et je les ai écoutés. Pour moi, en tant qu’autrice-compositrice, le sentiment vient toujours en premier. Donc je savais que je voulais écrire des chansons sur ce qu’on ressent quand on est amoureux”, abonde la chanteuse américaine dans The New York Times.

El País voit aussi une autre raison au succès du groupe auprès de la Gen Z : “The Cure a osé révéler un type de masculinité peu représenté : vulnérable, mélancolique, introspective.”

“Robert Smith
a pris le pari
d’avoir une image
très éloignée
du stéréotype rock,
au point de devenir
lui-même un nouvel
archétype.”

Le critique Oriol Rosell dans le quotidien espagnol El País.

“D’une certaine manière, il apparaît comme un homme affecté sans être efféminé, sensible sans être faible, rêveur sans être ingénu. Et surtout comme un homme qui ne représente pas une menace pour les femmes”, analyse le critique Oriol Rosell dans les colonnes du quotidien espagnol.

“Smith est une figure extrêmement attrayante pour les ados qui ne se sentent pas à l’aise avec l’idée du succès à tout prix qu’impose le canon du rock, poursuit Rosell. Cette liberté, cette possibilité de s’affranchir de ce qui est traditionnel, voilà ce qui fait que l’emo [un genre très inspiré par The Cure] continue à séduire tant de jeunes.”

Dans un autre article, El País estime que l’intemporalité du groupe tient aussi à ceci : “Dans les moments où la lumière s’insinuait dans son obscurité – toujours plus accueillante que lugubre –, ce qu’il livrait ne se confondait pas avec un quelconque fruit de l’effervescence ou du carpe diem. Smith n’a presque jamais écrit de morceau qu’il ne pourrait pas chanter à 65 ans.”

Si bien que ce week-end, il est probable qu’une foule sans âge chante en chœur (brisé).—

Éloïse Duval