Pourquoi l’exécutif a-t-il tant tardé à faire émerger sa réforme de la Sécurité civile ?
Pour répondre à la colère des pompiers, épuisés après une saison estivale très intense sur le front des incendies, Laurent Nuñez a dégainé un texte présent dans l’atmosphère depuis… avril 2024.
Pour répondre à la colère des pompiers, épuisés après une saison estivale très intense sur le front des incendies, Laurent Nuñez a dégainé un texte présent dans l’atmosphère depuis… avril 2024.

ABDEL MAJID BZIOUAT / AFP
Pourquoi l’exécutif a-t-il tant tardé à faire émerger sa réforme de la Sécurité civile ? (photo d’illustration de Nunez et Lecornu prise au Maroc en juillet 2026)
Il n’aurait sans doute pas pu attendre davantage. Le ministre de l’Intérieur a annoncé sur les réseaux sociaux ce jeudi 13 août l’intention du gouvernement de présenter, enfin, sa réforme de la Sécurité civile, dont les mesures viennent d’être « arbitrées » par Sébastien Lecornu. Au même moment, les syndicats de sapeurs-pompiers appelaient à une mobilisation d’ampleur pour le mois de septembre, au sortir d’une rencontre « très décevante » avec le gouvernement.
« Depuis des années, les interventions augmentent, les crises se multiplient, les risques et la société évoluent, mais les moyens ne suivent pas », a par exemple dénoncé le porte-parole de l’intersyndicale Xavier Boy, après la réunion organisée en urgence par Laurent Nuñez pour tenter d’apaiser la fronde des soldats du feu, officiellement en grève ce jeudi.
Leur action aura au moins permis l’accélération du calendrier gouvernemental. Laurent Nuñez a effectivement promis à ces professionnels l’avènement prochain de la loi de modernisation qu’ils réclament à chaque occasion (et à chaque crise). Il serait temps, plus de deux ans après le début des travaux sur ce texte majeur qui touche, notamment, aux missions des pompiers.
Que s’est-il passé depuis 2024 ?
La loi que le ministre de l’Intérieur a annoncée ce jeudi pour l’automne prochain est en réalité dans les cartons depuis… avril 2024. Elle doit notamment traduire en acte les préconisations du rapport sur le « Beauvau de la Sécurité civile », le nom donné par l’exécutif à une série de concertations sur plusieurs mois qui étaient censées redéfinir un modèle à bout de souffle. Ceci, sur le modèle du « Ségur de la Santé », qui avait permis des augmentations de salaire sans précédent pour le personnel hospitalier, ou du « Beauvau de la sécurité », organisé après l’affaire du passage à tabac du producteur de musique Michel Zecler.
Concernant les pompiers, les péripéties ont été nombreuses. Débutés donc en avril 2024, les travaux sur la Sécurité civile ont été interrompus par la dissolution de l’Assemblée nationale deux mois plus tard, avant de reprendre l’automne suivant, sous la houlette de François-Noël Buffet, alors ministre auprès du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Le dirigeant LR (désormais en partance pour le poste de Défenseur des Droits) a rendu public le rapport un an plus tard, à l’automne 2025, préconisant par exemple de généraliser les plateformes communes de traitement des alertes ou de donner plus de poids aux préfets sur ces enjeux. Depuis ? Plus rien, ou presque.
Alors que ces longs travaux devaient déboucher sur une ambitieuse loi de modernisation, aucune mesure n’a été prise en ce sens jusqu’à présent. Certes, la chute du gouvernement de François Bayrou, puis l’interminable saison budgétaire, n’ont pas aidé l’exécutif à trouver une piste d’atterrissage à ce projet. Mais, de fait, le gouvernement ne l’a pas jugé prioritaire, préférant mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée des textes sur l’agriculture, la protection des mineurs, mais encore la répression des rave parties.
Nuñez reconnaît une réforme « très attendue »
Manifestement, les incendies monstres qui font battre des records à cet été 2026, puis la colère assez inhabituelle qui a conduit les pompiers jusque sous les fenêtres de Beauvau, ont poussé le gouvernement à presser le pas. Ainsi, Laurent Nuñez a expliqué ce jeudi que le Premier ministre avait fini par trancher sur ce qui doit figurer dans le texte, et que le tout serait présenté aux professionnels le 8 septembre avant un vote à l’automne. Jusqu’à présent, aucun calendrier n’avait été précisé.
« Il ne s’agit pas de lancer une nouvelle phase de concertation », a immédiatement indiqué Laurent Nuñez, lors d’un point presse improvisé en réponse à la colère des pompiers. « Il s’agit de montrer ce que nous avons retenu du Beauvau de la Sécurité civile. Le texte clarifie notamment les missions des services départementaux, pour avoir une meilleure répartition, et répond à la protection juridique des pompiers », a illustré le ministre. Qui a confirmé que cette réforme est « très attendue » par les professionnels, étant donné que la précédente remonte à 2004. Ensuite, viendra la question du financement, plus épineuse encore que le reste.
Ce dernier point devrait être évoqué pendant la saison budgétaire, a confirmé le locataire de la place Beauvau ce jeudi, sans s’appesantir sur ce qui est envisagé (via les départements) pour augmenter les moyens des pompiers. Les professionnels comme les élus réclament par exemple une plus grande contribution des compagnies d’assurances, lesquelles bénéficient directement du travail des soldats du feu. D’autres pistes circulent, comme une taxe spéciale sur le tourisme. Une chose est sûre en tout cas, « le temps est à l’action », pour citer le ministre de l’Intérieur. Rendez-vous après les vacances.