Pourquoi De Wever part-il deux jours en Inde, et ce en pleine tempête budgétaire?
Alors que le fédéral doit trouver 10 milliards d’euros d’économies pour renflouer le budget, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) effectuera la semaine prochaine un voyage en Inde. Pourquoi une telle initiative dans un moment aussi délicat? Bart Van Craeynest, économiste en chef à la Voka, et Tine Vekemans (UGent), professeure de langues et de cultures indiennes, donnent leur analyse sur la question.
Alors que le fédéral doit trouver 10 milliards d’euros d’économies pour renflouer le budget, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) effectuera la semaine prochaine un voyage en Inde. Pourquoi une telle initiative dans un moment aussi délicat? Bart Van Craeynest, économiste en chef à la Voka, et Tine Vekemans (UGent), professeure de langues et de cultures indiennes, donnent leur analyse sur la question.
Igor Bulcke, Kevin Dupont
Source: HLN
29 août 2026, 21:45
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Pour la première fois en 20 ans, un Premier ministre belge se rend en Inde. Jeudi prochain, Bart De Wever entamera sa visite de deux jours dans la capitale, New Delhi, par une rencontre de trois heures avec son homologue indien Narendra Modi. Le lendemain, il se rendra à Mumbai, le cœur économique du pays.
Avec cette visite en Inde, le Premier ministre De Wever entend battre le fer tant qu’il est chaud, après une importante mission économique en Inde l’année dernière et l’accord historique de libre-échange conclu entre l’UE et l’Inde au début de cette année. Avec pas moins de 1,5 milliard d’habitants, le pays constitue un marché plus attractif que jamais.
“Il est important de renforcer nos liens lorsque d’autres régions du monde se montrent moins ouvertes à notre égard”, explique Bart Van Craeynest, économiste en chef à la Voka. Il en veut pour preuve les droits de douane imposés par le président Donald Trump, ainsi que l’afflux de produits chinois qui inondent le marché européen, comme l’acier et les voitures. “La Belgique et la Flandre sont extrêmement dépendantes des exportations. Il est donc crucial de faire nous-mêmes un effort et de ne pas attendre qu’ils viennent vers nous.”
D’où ce voyage en Inde, un pays qui, depuis des années, tente de jouer un rôle plus important sur la scène mondiale. “Le fait que nous n’ayons pas toujours considéré l’Inde comme un pays important témoigne d’une certaine cécité sélective”, ajoute Tine Vekemans (UGent), spécialiste de la région. “C’est un pays prometteur, doté d’une classe moyenne en pleine expansion et d’un secteur éducatif gigantesque. Mais curieusement, nous ne nous en rendons compte que maintenant que nous sommes un peu dans le pétrin avec les deux grandes puissances que sont la Chine et les États-Unis, envers lesquelles nous semblons avoir perdu confiance.”
Mais ce n’est pas seulement la crise économique qui pousse la Belgique dans les bras des Indiens. Les troubles au Moyen-Orient et la guerre entre la Russie et l’Ukraine, qui dure depuis plus de quatre ans, participent également à ce rapprochement.
Diamant
Le commerce entre la Belgique et l’Inde est aujourd’hui principalement dominé par le diamant. Bart Van Craeynest voit toutefois de nombreuses autres possibilités pour développer le commerce entre les deux pays, notamment dans les secteurs de l’alimentation et de la chimie. La Belgique pourrait également prendre pied dans un secteur qu’elle connaît bien, et qui est aussi développé en Inde: celui pharmaceutique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Inde est surnommée “la pharmacie du monde”. Il y aurait également des opportunités à saisir dans les domaines de la technologie et du textile.
L’Inde souhaite également renforcer la coopération avec la Belgique dans le domaine de la défense. C’est pourquoi le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), se joindra à la délégation. Vendredi soir, dans l’émission flamande Terzake, il a d’ores et déjà annoncé la signature de “sept contrats majeurs dans le domaine de la défense”. “L’Inde dispose d’une armée assez impressionnante, mais une grande partie de son matériel provient encore de Russie. Le pays se pose donc parfois la question suivante: que se passerait-il si la Russie n’était plus en mesure d’effectuer des réparations ou de fournir des pièces de rechange? Il y a donc là des opportunités que nous pouvons saisir”, explique Tine Vekemans.
Se posent également d’autres questions plus sensibles. La qualité des produits indiens est-elle satisfaisante? Peut-on vraiment faire confiance à l’Inde sur le plan politique? “Quand on importe des produits de l’autre bout du monde, il y a toujours des interrogations”, nuance Tine Vekemans avant toutefois d’ajouter: “Je ne vois pas vraiment de danger, mais surtout beaucoup d’opportunités pour les deux parties”.
Pas une promenade de santé
La tâche de Bart De Wever s’annonce pour le moins laborieuse. “Ce n’est pas si évident de partir de zéro pour construire quelque chose”, souligne Bart Van Craeynest. “Mais ne rien faire et se contenter d’observer n’est pas non plus une option.”
Ce petit voyage en Inde arrive donc à point nommé, font remarquer les deux experts. Malheureusement pour la Belgique, d’autres pays veulent serrer la main de Modi. “Que nous y allions en premier, au milieu ou en dernier, l’important est simplement d’y aller”, estime Tine Vekemans. “Nous sommes un peu en retard pour nouer ces contacts, mais mieux vaut tard que jamais.”
Quels que soient les résultats, Bart De Wever et ses collaborateurs ne pourront de toute façon pas encore récolter les fruits de l’amélioration des relations commerciales avec l’Inde. “Nous ne ressentirons pas encore d’effet positif dans les années à venir”, précise Bart Van Craeynest, tempérant ainsi les attentes. “C’est maintenant qu’il faut semer les graines, afin de mener un projet sur cette base.” Selon lui, la Belgique aura donc “plus qu’assez de travail” pour renforcer véritablement ses liens avec New Delhi.