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Pourquoi cette commune près de Monaco rend hommage à André Malraux cinquante ans après sa mort ?

À l’occasion de la 15e édition des Journées de l’Art-Bre, un buste d’André Malraux a été dévoilé à Roquebrune-Cap-Martin, le 17 septembre 2026. Un symbole, alors que l’on commémore, en 2026, les 50 ans de la disparition de l’ex ministre des affaires culturelles. Et une manière de rappeler qu’il vécu

Une lettre manuscrite datée du 8 octobre 1942 en atteste de manière cocasse, sous forme de Post scriptum. « Mon adresse n’est pas : Roquebrune, Var (d’où retard dans la transmission de votre lettre), mais Roquebrune-Cap-Martin, Alpes-Maritimes… » C’est un fait, André Malraux a séjourné de longs mois dans la commune azuréenne. Entre 1940 et 1942, plus précisément.

Alors que l’on célèbre cette année le cinquantenaire de sa mort, impossible, sur site, de ne pas rappeler ce lien fort. Restait à trouver l’événement phare pour s’y appliquer.

C’est à l’occasion des Journées de l’Art-Bre – inaugurées le jeudi 17 septembre 2026, sous le haut patronage du prince Albert II de Monaco – que l’écrivain et homme politique a ainsi été officiellement honoré. Via le dévoilement d’un buste, installé dans l’allée des célébrités.

Quand il arrive sur les rivages de la Méditerranée, en zone libre, le prix Goncourt 1933 – connu pour être anticolonialiste et militant antifasciste – vient de s’évader d’un camp de prisonniers.

« Il trouve refuge à Roquebrune, dans la villa Souco, grâce à son ami Gide. La commune représente pour lui une oasis artistique, propice aux rencontres avec les artistes qui fréquentent la Côte d’Azur », retrace le maire, Patrick Cesari.

Tout heureux que Roquebrune ait reçu le label « Cinquantenaire André Malraux » – qui distingue les projets culturels, mémoriels et éducatifs menés en 2026 et 2027 pour célébrer sa disparition. L’hommage roquebrunois se poursuivra à Cap Moderne, au printemps 2027, avec une exposition temporaire sur la relation entre André Malraux et Le Corbusier.

Le maire, lui, veut retenir du premier ministre des Affaires culturelles son attachement pour la liberté d’expression. « Continuer à la permettre est sans doute le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre », clame l’élu. Qui n’oublie pas, non plus, que Malraux prononça le discours d’entrée de Jean Moulin au Panthéon, en décembre 1964. Un texte qui « le bouleverse ».

Mais ce soir-là, c’est un autre texte que le maire se charge de lire aux invités. Quelques lignes écrites par Joël Haxaire, qui, membre des Amitiés internationales André Malraux, a participé aux recherches historiques pour imaginer une petite vidéo explicative en complément de la statue.

« Il m’a dit que nous avions bien fait de mettre Romain Gary et Malraux à côté l’un de l’autre », introduit Patrick Cesari. Les bustes ont, de fait, un point commun : ils ont tous deux été réalisés par l’artiste Cyril de La Patellière.

Mais les deux hommes, surtout, se sont rencontrés. Et estimés. Comme en témoigne cette citation dans La Promesse de l’aube (la vraie fausse autobiographie de Romain Gary) lue par le maire : « Parmi tous les autres bretteurs, j’ai beaucoup admiré Malraux. Sur le terrain, c’est celui que je préfère […] Cette pensée fulgurante, condamnée à se réduire à l’art, cette main tendue vers l’éternel et qui ne peut saisir qu’une autre main d’homme, cette merveilleuse intelligence, obligée de se contenter d’elle-même, cette aspiration bouleversante à percer, à deviner, à franchir, à transcender, et qui ne parvient finalement qu’à la beauté, ont été, pour moi, sur le terrain, un fraternel encouragement. »

Une parenthèse avant la Résistance

L’artiste Cyril de La Patellière et son oeuvre.
L’artiste Cyril de La Patellière et son oeuvre.
Jean François Ottonello / Nice-matin

Est-ce ici que Malraux a nourri son souhait d’entrer dans la Résistance ? Difficile de savoir. Dans un article qu’il lui consacre sur son site Internet, le philosophe Bernard-Henri Lévy questionne son sens de l’engagement.

« Prenez le Malraux de Roquebrune-Cap-Martin, le Malraux qui vit avec Josette Clotis et qui, tout en refusant obstinément et admirablement – les écrivains qui se tinrent à ce parti ne sont pas si nombreux – de publier et de signer la moindre ligne en France, tarde à entrer en Résistance. Ce n’est pas un écrivain engagé », écrit-il.

Il mentionne aussi le jour où Sartre s’est rendu sur place pour le convaincre de prendre les armes. « Il vient voir le grand Malraux, la conscience de l’intelligentsia du moment, pour l’exhorter à occuper le rôle immense que ses lecteurs innombrables lui ont, depuis longtemps, donné. Or Malraux l’écoute distraitement, hoche la tête et lui répond, en substance, que ce n’est pas le moment. »

Un autre élément de contexte a pourtant son importance. Dans sa Saga des intellectuels français, l’historien François Dosse explique qu’après son évasion, Malraux écrit au général de Gaulle pour lui proposer de poursuivre le combat.

Mais la secrétaire chargée de transmettre la lettre est arrêtée. Pas d’autre solution que de l’avaler pour éviter que le contenu de la missive ne soit découvert. Mais sans réponse, l’écrivain pense que de Gaulle le boude.

Dont acte. Son engagement dans la Résistance n’interviendra qu’au début de l’année 1944, sous le pseudonyme de « Colonel Berger ».

Les 15 ans des Journées de l’Art-Bre

À l’occasion des 15e Journées, deux autres œuvres ont été inaugurées. Parmi elles, le Poséidon de Marcos Marin.
À l’occasion des 15e Journées, deux autres œuvres ont été inaugurées. Parmi elles, le Poséidon de Marcos Marin.
Jean-François Ottonello / Nice Matin / Bestimage / Jean-François Ottonello / Nice Matin / Bestimage

Les Journées de l’Art-Bre fêtent cette année leurs 15 ans. « La première édition s’est tenue en 2011. Cela faisait 150 ans que le traité de Paris avait été acté, concernant le rattachement avec la France », souligne Patrick Cesari. Glissant qu’il avait eu l’idée d’un tel événement dès 1996, aux côtés du prince Rainier.

« Je lui avais dit : et si nous bâtissions un lien culturel entre la Principauté et la ville de Roquebrune ? Je n’ai pas pu le faire avec lui. Mais quand j’ai demandé au prince Albert s’il serait d’accord pour parrainer, il a immédiatement dit oui. Et il a dit qu’il serait présent », expose-t-il. Précisant que le souverain a même été au-delà. Allant jusqu’à prêter des œuvres.

De nombreux mécènes ont également permis à l’événement de perdurer dans le temps.

« Nous avons accueilli ici des œuvres monumentales de plus de 70 artistes – parmi lesquels Sosno, Arman, Folon, reprend le maire. Durant quinze ans, nous avons par ailleurs valorisé le patrimoine roquebrunois avec les bustes dans l’allée des célébrités. » Le premier d’entre eux ? Il représentait Jacques Brel.

L’établissement de Roquebrune-Cap-Martin décroche la 93e place du classement The World’s 50 Best Hotels 2026, qui distingue les adresses les plus remarquables de la planète.

« Le seul souci, conclut Patrick Cesari, c’est de trouver de la place. Car des célébrités, à Roquebrune, il y en a beaucoup… »