Pourquoi ce n’est pas un hasard si Zelensky présente précisément maintenant une proposition de paix
L’Ukraine a officiellement soumis ses propositions en vue de mettre fin à la guerre, a annoncé le président Volodymyr Zelensky depuis les États-Unis. Mais pourquoi l’Ukraine lance-t-elle cette initiative précisément maintenant? Selon l’ancien colonel de l’armée belge Roger Housen, ce n’est absolument pas un hasard: “Ce n’est pas un appel au secours, Zelensky saisit une occasion.”
L’Ukraine a officiellement soumis ses propositions en vue de mettre fin à la guerre, a annoncé le président Volodymyr Zelensky depuis les États-Unis. Mais pourquoi l’Ukraine lance-t-elle cette initiative précisément maintenant? Selon l’ancien colonel de l’armée belge Roger Housen, ce n’est absolument pas un hasard: “Ce n’est pas un appel au secours, Zelensky saisit une occasion.”
MB
Source: HLN
12 août 2026, 15:08
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Pourquoi Zelensky présente-t-il cette proposition maintenant?
“À l’heure actuelle, le choix du moment est bien plus important que le contenu”, estime Housen. Car plusieurs évolutions du conflit convergent depuis plusieurs mois.
D’une part, la campagne de frappes visant les infrastructures énergétiques et civiles ukrainiennes s’aggrave. “Le pays souffre d’un manque criant de moyens de défense antiaérienne”, insiste Housen. “La principale crainte à Kiev est que l’Ukraine connaisse un hiver encore plus difficile que les précédents.”
Sur le front, autour de Kramatorsk et de Sloviansk, la situation devient également préoccupante: “Les Russes sont déjà aux portes de Kramatorsk. Si la situation continue d’évoluer ainsi, ils pourraient également menacer Sloviansk à l’automne.” Une éventuelle nouvelle mobilisation russe après les élections de septembre rend les perspectives dans le Donbass encore plus inquiétantes.
Mais de l’autre côté, la population russe ressent elle aussi de plus en plus les effets de la guerre à travers les attaques ukrainiennes contre les infrastructures de carburant et la logistique. “Cela n’est évidemment pas comparable aux souffrances endurées en Ukraine, mais cela rend la guerre plus visible et plus concrète pour les Russes. À l’approche des élections en Russie, Zelensky veut tirer parti de cette vulnérabilité.”
Le facteur le plus fort reste la crainte de l’hiver à venir, estime Housen. “Mais je ne qualifierais pas cela simplement d’appel au secours. Zelensky saisit une occasion.”
Que propose exactement l’Ukraine?
Les détails précis ne sont pas encore connus, mais selon l’ancien militaire, la proposition ukrainienne comporte deux grands volets. Le premier reprend des éléments déjà connus: la démilitarisation des territoires occupés et des garanties de sécurité occidentales destinées à empêcher une nouvelle attaque russe à l’avenir.
Housen considère comme beaucoup plus remarquable le deuxième volet, de nature “transactionnelle”, par lequel Kiev entend rendre sa proposition attrayante pour Trump. “L’Ukraine propose de partager avec les États-Unis ses connaissances et son expertise militaires, notamment son expérience dans le domaine des drones et son industrie de défense flexible”, explique l’ancien colonel. L’accès des entreprises américaines aux matières premières et aux minerais ukrainiens jouera à nouveau un rôle pour susciter la bonne volonté américaine. “La majeure partie de la proposition avait déjà été mise sur la table auparavant”, estime-t-il. La différence réside surtout dans ce que Zelensky tente désormais d’offrir en échange aux Américains.
Pourquoi Zelensky s’adresse-t-il aussi ouvertement à Trump?
Avec sa proposition, Zelensky s’adresse tout autant à Trump qu’à Poutine: “Il est crucial pour Zelensky de rester en bons termes avec lui.”
“L’Ukraine a besoin de toute urgence de moyens supplémentaires de défense antiaérienne américains, ou de l’autorisation de produire elle-même des systèmes Patriot. L’Ukraine espère également que Trump fera pression sur Elon Musk afin que Starlink puisse être utilisé au-dessus du territoire russe pour permettre des frappes plus précises.”
Trump dispose par ailleurs d’un levier financier contre Moscou: “Le projet de loi des sénateurs Lindsey Graham et Richard Blumenthal prévoit de lourdes sanctions contre la Russie et ses clients pétroliers, mais donne au président américain le pouvoir de les alléger ou d’en reporter l’application”, détaille Housen. Kiev ne peut donc pas se permettre de détériorer ses relations avec Washington.
D’autant que le président américain s’est récemment entretenu avec Poutine au sujet de la libération d’un ancien Marine détenu en Russie. “Zelensky craint que Trump et Poutine aient également pu discuter d’autres sujets.”
À Kiev, le raisonnement est le suivant: “C’est le moment idéal pour instrumentaliser Trump à nos propres fins”
Mais l’agenda politique intérieur de Trump offre aussi une opportunité à Zelensky. À l’approche des élections de mi-mandat, le président américain pourrait tirer profit d’un succès sur la scène internationale. “Le raisonnement à Kiev est le suivant: c’est le moment idéal pour mettre Trump de notre côté.”
Selon Housen, cela explique également pourquoi le président ukrainien rend sa proposition publique. “La diplomatie fonctionne généralement dans l’ombre. En dévoilant cette fois ses cartes, il tente de rallier Trump à sa cause, d’accroître la pression sur Poutine et de montrer à sa propre population qu’il cherche une issue.”
Trump peut-il réellement amener Poutine à la table des négociations?
L’ancien colonel estime probable que Trump fasse quelque chose de la proposition ukrainienne: “Ce n’est pas garanti à cent pour cent, mais les chances sont élevées.” Un cessez-le-feu, voire le début de véritables négociations, constituerait un important succès diplomatique à l’approche des élections de mi-mandat.
La question est toutefois de savoir ce qui se passera lorsqu’il s’adressera ensuite à son homologue russe. Et sur ce point, Housen est beaucoup plus pessimiste. “Poutine ne bougera pas d’un millimètre.”
Cela ne signifie pas, selon lui, que le président russe rejettera ouvertement la proposition. Au contraire, Poutine a lui-même intérêt à ne pas détériorer ses relations avec Trump. “Il dira publiquement qu’il a toujours été prêt à négocier.” Mais en coulisses, ce sera le schéma russe habituel: faire traîner les négociations, puis avancer des conditions ou des contre-propositions que Kiev ne pourra pas accepter.
Quelle est la probabilité que cette proposition mette réellement fin à la guerre?
Tout dépendra finalement de la volonté de Poutine de modifier sa stratégie actuelle. Et sur ce point, l’officier à la retraite ne voit pour l’instant que peu de signes d’évolution: “Poutine est toujours fermement convaincu qu’il peut mettre l’Ukraine à genoux militairement.”
“Tant que le Kremlin pense pouvoir encore gagner du terrain sur le champ de bataille, il a peu de raisons de faire d’importantes concessions à la table des négociations. Les difficultés auxquelles la Russie est elle-même confrontée ne semblent pour l’instant guère changer cette situation. Les attaques ukrainiennes rendent la guerre plus concrète pour les Russes ordinaires, mais le fossé reste immense avec ce que doit endurer la population ukrainienne.”
Housen estime néanmoins important que les négociations soient à nouveau évoquées: “Il est en soi positif que de nouvelles idées ou propositions soient mises sur la table. C’est toujours un premier pas.” Il ne s’attend toutefois pas à une percée rapide. Zelensky cherche surtout à agir avant que les conditions ne deviennent encore plus difficiles pour son pays.