Pour se libérer de la dépendance américaine, l’Europe se fixe une nouvelle ambition à dix milliards d’euros
Les États membres de l'Agence spatiale européenne ont annoncé ce mercredi à Paris souhaiter que l'Europe puisse envoyer elle-même ses astronautes dans l'espace sans dépendre de partenaires étrangers.
L'Europe spatiale va-t-elle enfin se lancer seule dans les vols habités ? Cela semble se concrétiser. Au sommet sur l'espace à Paris, le patron de l'Agence spatiale européenne (Esa) a appelé mercredi à ce que l'Europe ait à l'avenir la capacité d'envoyer elle-même des astronautes européens dans l'espace et depuis l'Europe. En réponse, les États membres, dont la Belgique, ont demandé à l'Esa de préparer "sans délai" les options nécessaires pour concrétiser cette ambition, en vue d'une décision lors d'une réunion des ministres en décembre. "Développer une capacité européenne compétitive de transport d'astronautes constituerait une nouvelle étape décisive pour renforcer notre base technologique et industrielle, garantir l'accès à l'espace et positionner l'Europe comme un acteur central façonnant les opportunités en orbite", affirment les ministres responsables dans une déclaration conjointe. "Alors que la station spatiale internationale (ISS) approche de la fin de sa vie, un nouvel écosystème émerge, qui sera collaboratif mais aussi commercial et concurrentiel. L'Europe a besoin d'un accès pérenne à cet environnement."
"Dans 50 ans, nous aurons certainement colonisé la Lune. Une économie importante se développera sur ce nouveau continent"Pour l'aventure du retour sur la Lune, "l'Europe doit s'affirmer en conciliant partenariats et autonomie ciblée. En fournissant des systèmes critiques et en développant ses propres capacités robotiques ainsi que ses infrastructures, elle pourra coopérer en position de force".
Désengagement américain
Actuellement, l'Europe ne dispose pas de capacités pour des vols spatiaux habités, et utilise les vaisseaux et fusées de l'entreprise américaine SpaceX pour se rendre à la Station spatiale internationale. Cela lui impose de dépendre des disponibilités de l'agence spatiale américaine, et d'offrir à la Nasa une contrepartie, en biens ou en services. Et depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le désengagement américain de programmes conjoints avec l'Europe a poussé les Européens à s'interroger sur leur dépendance envers cette puissance. Se munir de capacité de vols habités est donc revenu sur le devant de la scène.
Le patron de l'Esa a assuré que l'Europe pourrait développer des vols habités à "un coût raisonnable" : un milliard par an, pendant dix ans. "L'achat de vols pour les astronautes européens auprès de prestataires étrangers coûterait cinq milliards d'euros sur dix ans — une somme dont la majeure partie irait à l'industrie étrangère — et nécessiterait une autorisation de vol échappant au contrôle de l'Europe", affirme le patron de l'Esa, Josef Aschbacher. "L'alternative est d'investir dans des capacités qui restent en Europe, créent des emplois européens, renforcent l'autonomie européenne, inspirent notre jeunesse et la future main-d'œuvre, et nous confèrent une position plus forte dans les négociations internationales. Si l'Europe souhaite y parvenir, elle a besoin d'un moyen d'accéder à l'espace."
Pour survivre à l'effroyable nuit lunaire, la Nasa a choisi sa solution : "Sans cela, les astronautes mourraient gelés à -200 °C"Et d'ajouter : "L'Europe ne part pas de zéro, car elle dispose de capacités scientifiques, industrielles et d'infrastructures de classe mondiale". ArianeGroup, le concepteur d'Ariane 6, a pour sa part dit que le lanceur lourd européen pourrait être adapté aux vols habités.
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