« Pour ne pas être copié » : comment le néo rétro protège Renault face à la concurrence
Face à une concurrence asiatique incisive et un marché automobile menacé par la monotonie du design, Renault revendique une stratégie singulière : faire du rétro-futurisme sa meilleure arme. Lors d'une table ronde à laquelle Numerama a assisté le 24 septembre, Alexandre Malval, directeur du design de la marque
Face à une concurrence asiatique incisive et un marché automobile menacé par la monotonie du design, Renault revendique une stratégie singulière : faire du rétro-futurisme sa meilleure arme.
Lors d’une table ronde à laquelle Numerama a assisté le 24 septembre, Alexandre Malval, directeur du design de la marque Renault depuis janvier 2026 (il a auparavant dirigé le design de Citroën, puis un studio de design de Mercedes-Benz), a expliqué pourquoi le patrimoine de la marque reste son meilleur atout face à la concurrence.
Le designer est revenu sur les choix esthétiques de la marque au losange lors de la présentation du concept Renault 8 Gordini, qui sera exposé au Mondial de l’Auto de Paris du 12 au 18 octobre. Dans un marché saturé de silhouettes de plus en plus similaires, puiser dans 128 ans d’histoire dépasse le cadre du simple hommage nostalgique : c’est un impératif de différenciation.
Le patrimoine comme rempart aux clones
Dans un marché saturé de silhouettes électriques interchangeables, dessinées par des études de clientèle similaires et des contraintes d’aérodynamisme, comment réussir à capter le regard ? Pour Alexandre Malval, l’une des réponses se trouve dans l’histoire même de la marque. « L’électrique nous donne une très grande liberté de silhouette. Mais le vintage est une opportunité d’avoir une résonance forte à notre époque où l’uniformisation domine. »

Cette philosophie s’incarne dans la catégorie des « Classic Icons » (Renault 5, Renault 4, Twingo et aujourd’hui le concept R8 Gordini), à côté des « Future Icons » (Rafale, Scénic ou Mégane) chargées d’inventer le patrimoine de demain. Mais au-delà du supplément d’âme, le rétro-futurisme offre une protection industrielle majeure face aux nouveaux entrants sur le marché européen.
« L’approche rétro, c’est tout simplement une opportunité de faire vivre la marque. Et surtout, cela ne peut pas être copié », insiste le directeur du design de la marque. « Si un concurrent tentait de copier l’une de nos icônes, ce serait ridicule. C’est une force immense face à la concurrence. »
La dictature des écrans à l’intérieur des voitures
Ce besoin de singularité se retrouve également dans la conception de l’habitacle. Le concept R8 Gordini surprend par sa planche de bord d’une grande sobriété : une bande d’aluminium brossé, un style « Café Racer » minimaliste et l’absence totale d’écrans géants au profit de petits compteurs circulaires digitaux. Une approche à contre-courant des standards actuels, souvent dominés par la surenchère de dalles tactiles XXL.

Sur une voiture de série, en revanche, se passer d’écran reste compliqué, reconnaît le designer : « Aujourd’hui, ce sont les clients qui demandent cette connectivité. Ils veulent faire du mirroring avec leur smartphone, retrouver leurs applications, regarder des films ou jouer à des jeux vidéo lorsqu’ils sont à l’arrêt. »
Si les modèles familiaux conserveront leurs grands affichages multimédias, Alexandre Malval n’exclut pas de décliner un intérieur épuré sur des silhouettes plus radicales : « Rien ne nous empêcherait un jour de proposer un véhicule où l’on se passe de grand écran en réduisant l’affichage au strict minimum. Il faut juste trouver le bon produit, probablement plus sportif et moins orienté vers la famille. »
En attendant, la marque cherche à préserver l’ergonomie du quotidien en conservant des commandes physiques directes. Une manière de rappeler que la technologie doit rester au service de la conduite, et non l’inverse.
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