PORTRAIT. Zinedine Zidane : “Très timide, pas hyper à l’aise avec la parole” Le retour d’un héros aussi énigmatique qu’adulé
L'ancien meneur de jeu des Bleus, champion du monde 1998, retrouve l'équipe de France 20 ans après l'avoir quitté sur un coup de tête. Héros de toute une nation, l'homme à la personnalité parfois énigmatique se retrouve désormais particulièrement exposé dans un rôle de sélectionneur qui semble taillé sur-mesure.
l'essentiel L'ancien meneur de jeu des Bleus, champion du monde 1998, retrouve l'équipe de France 20 ans après l'avoir quitté sur un coup de tête. Héros de toute une nation, l'homme à la personnalité parfois énigmatique se retrouve désormais particulièrement exposé dans un rôle de sélectionneur qui semble taillé sur-mesure.
Heureux qui comme Zizou a fait un beau voyage. 20 ans et 19 jours après le coup de boule le plus célèbre de l'Histoire du sport et avoir disparu dans la nuit noire de Berlin, tête baissée sans un regard pour cette Coupe du Monde qui semblait pourtant lui tendre les bras, Zinedine Zidane (54 ans) revient en terre promise, sa terre promise.
Nommé ce mardi 28 juillet à la tête des Bleus, ZZ aura donc mis deux décennies pour retrouver son royaume de France en qualité de sélectionneur. "Une continuité, quelque part un rêve", pour celui qui a tout refusé depuis 2021 et son départ du Real Madrid afin de ne pas rater le train bleu. Ou comment entretenir la légende d'un héros élevé au rang de mythe, tout en cultivant l'art de la discrétion.
"Longtemps introverti"
"Ce qui me frappe le plus chez lui, c'est sa modestie, confie Julien Cassan, correspondant à Madrid pour La Dépêche du Midi, qui a suivi les performances du joueur, mais aussi celles de l'entraîneur dans la capitale espagnole. L'homme est très timide, pas hyper à l'aise avec la parole." Un trait de caractère qui ne semble pas coller avec les codes, les exigences du football moderne. Et pourtant.
"En fait, il y a deux Zidane : le public, longtemps introverti, qui faisait un peu fuir les journalistes, expliquait récemment à L'Equipe le sociologue Stéphane Beaud, qui a consacré un livre à l'ancien n°10 des Bleus. Et le privé, chambreur, rigolard, apparemment très sympa."
Issu d'une fratrie de cinq enfants - dont il est le benjamin - aux parents originaires de Kabylie, celui qui se fait appeler "Yazid" par ses proches, a grandi à Marseille, dans le quartier de la Castellane. C'est là au pied des barres d'immeuble qu'il va taper dans ses premiers ballons. Le football va rapidement devenir une obsession.
"C'est évident que, pour comprendre, Zidane, ce n'est pas Maradona, Pelé ou Mbappé, poursuit Stéphane Beaud. Il n'est pas à 15 ans repéré et voulu par tout le monde, il est un bon joueur comme il y en a beaucoup. Ce qui est fascinant chez lui, c'est comment il a franchi chaque année des paliers, à la fois physique et footballistique."
Cannes, Bordeaux – où il gagne son surnom de "Zizou" dont l'affuble l'entraîneur Rolland Courbis – la Juventus, puis le Real Madrid : le parcours en club du joueur Zidane se résume en quatre clubs où il parvient à s'imposer à chaque fois. "Je pense même qu'il est encore plus déifié à Madrid qu'en France", ose même Julien Cassan, rappelant ses quatre triomphes en Ligue des Champions, dont trois en tant qu'entraîneur.
C'est pourtant à Saint-Denis, avec le maillot tricolore, un soir de juillet 1998, que "ZZ" accède au statut d'icône avec deux buts en finale de Coupe du Monde contre le Brésil (3-0). "Zidane président" projeté sur l'Arc de Triomphe à Paris : la vie du meneur de jeu bascule à jamais. Ballon d'or la même année, il devient presque intouchable malgré quelques zones d'ombre qui entourent le personnage.
Il y a d'abord ces interrogations sur le dopage, qui reposent principalement sur son passage à la Juventus (1996-2001), où une "pharmacie bien fournie" avait été retrouvée à l'époque, selon les dires du juge en charge de mener l'enquête dans les colonnes de So Foot. Zinedine Zidane avait lui concédé lors du procès avoir pris de la créatine, une substance ne figurant pas sur la liste des produits dopants du CIO ou de l'AMA mais dont l'utilisation a toujours fait débat.
Icône adulée malgré plusieurs zones d'ombre
Vient ensuite l'argent, avec un nom devenu presque une marque et monnayé auprès de nombreux partenaires, Adidas en tête. Une image d'homme-sandwich qu'avaient notamment brocardée Les Guignols de l'info à l'été 2005, lorsque le joueur avait annoncé sortir de sa retraite internationale. On y voyait alors sa marionnette entendre dans son sommeil ses sponsors lui implorant de revenir en équipe de France. Zinedine Zidane, le vrai, avait lui expliqué sa décision de renfiler le maillot après avoir entendu "une voix" et décrire une expérience relevant du "mystique".
Enfin, malgré un parcours se conjuguant au presque parfait, l'esthète Zidane était capable de coups de sang. Au cours de sa carrière, il a reçu la bagatelle de quatorze cartons rouges. Un bilan que ne pourrait renier un défenseur central de devoir, mais qui fait beaucoup pour un meneur de jeu au toucher de balle soyeux. "C'est un faux calme, observe Julien Cassan. Il donne l'impression d'être tranquille, mais ça bouillonne à l'intérieur."
Malgré tout, personne ou presque ne lui tient grief de ces écarts, et notamment de ce fameux coup de tête à l'encontre de Marco Materrazzi en finale du Mondial 2006. Un geste "inacceptable" mais néanmoins absout par Jacques Chirac quelques jours plus tard lors du 14-Juillet, le président de la République confiant "comprendre la réaction d'un homme" à la provocation de l'Italien.
"Quelque temps après cette finale, je me souviens avoir interviewé Florentino Perez (le tout-puissant président du Real, NDLR), se remémore Julien Cassan. Pour lui ce coup de tête, c'était le symbole d'une icône revenue sur terre."
Une icône qui redescend dans l'arène pour son pays, au risque d'écorner sa propre légende à un poste où le droit à l'erreur n'existe pas vraiment. À moins que la magie Zidane continue d'opérer dans cette Odyssée bleue.