Politique. La nomination de François-Noël Buffet comme Défenseur des droits fait (très) polémique
La nomination de François-Noël Buffet, 62 ans, comme Défenseur des droits par le président de la République, sera validée par le Parlement ce mardi. Le suspense est quasi nul. Mais cette nomination se sera fait...
La nomination de François-Noël Buffet, 62 ans, comme Défenseur des droits par le président de la République, sera validée par le Parlement ce mardi. Le suspense est quasi nul. Mais cette nomination se sera faite dans la polémique et la défiance vis-à-vis du sénateur LR (Les Républicains) du Rhône, éphémère ministre dans le gouvernement Bayrou auprès de Bruno Retailleau, quand celui-ci était ministre de l’Intérieur.
François-Noël Buffet doit être entendu ce mardi par la commission des lois du Sénat, qu’il a longtemps présidée. Ce sera plus agréable pour lui que son audition devant les députés, le 15 juillet. Ces derniers se sont fait le relais d’une soixantaine d’associations et de syndicats qui s’opposent à la nomination du sénateur à cause de ses positions très conservatrices.
Compatible ou pas compatible ?
Défendre des convictions contre le mariage pour tous, contre la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes et s’être opposé en 2024 à la constitutionnalisation de l’interruption volontaire de grossesse est-il compatible avec une mission consistant à défendre les droits ?
L’ancien avocat s’est défendu, mais n’a pas convaincu les oppositions de gauche, liguées contre lui. « Les prises de position de M. Buffet ne sont pas compatibles avec la fonction », insiste le député PS (Parti socialiste) du Calvados Arthur Delaporte. « La fonction est en première ligne dans la résistance à opposer aux vents mauvais qui menacent nos droits et plus largement la démocratie », a rappelé le rapporteur Hervé Saulignac (Ardèche), dans un moment où on ne connaît pas la couleur politique du prochain chef de l’État.
Sur le mariage pour tous, François-Noël Buffet admet que « treize ans plus tard, les choses ont évolué ». Sur l’aide médicale d’État, que les LR souhaitent remplacer par une aide médicale d’urgence, il a assuré que pour lui « la question sanitaire et humaine est première ». Il a également rappelé que la fonction de Défenseur des droits supposait ne plus faire de politique.
Un deal Élysée/Sénat ?
Mais sa nomination apparaît pourtant comme très politique. De nombreuses voix au Parlement la décrivent comme une monnaie d’échange destinée à éviter que les sénateurs LR ne s’opposent à la nomination d’Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée, comme gouverneur de la Banque de France. Interrogé sur ce sujet, François-Noël Buffet a répondu par la négative.
Sa nomination sera effective après le vote des sénateurs de la commission des lois du Sénat. Les députés ont voté le 15 juillet, mais le résultat est tenu secret jusqu’au scrutin des sénateurs. Les députés macronistes, même si certains ont formulé des réserves sur le profil de François-Noël Buffet, ne s’opposeront pas à sa nomination.
Ce dernier est conscient des réserves qu’il suscite. « Est-ce que le président de la République aurait pu choisir mieux ? Sans doute », a-t-il concédé. Il espère peut-être secrètement connaître le même destin que Jacques Toubon. Nommé par François Hollande dans un climat de grande défiance, il avait été unanimement salué à la fin de son mandat.