Plus on roule vite, plus on gagne de points : TripRank, l’application d’analyse de la conduite, suscite la polémique - RTBF Actus
Les concepteurs de TripRank se défendent de promouvoir la vitesse excessive ou les comportements dangereux sur la route. Dans le règlement général de l’application, on peut lire que "ce n’est pas une course de ...
Les concepteurs de TripRank se défendent de promouvoir la vitesse excessive ou les comportements dangereux sur la route. Dans le règlement général de l’application, on peut lire que "ce n’est pas une course de vitesse. Aucun classement n’est établi en fonction de la vitesse de conduite. On progresse en parcourant plus de distance, pas en allant plus vite". Ou encore "qu’il ne s’agit pas d’une course chronométrée. Pas de passage de 0 à 100 km/h, pas de chronomètre de départ ni de chronomètre au tour. L’application ne vous compare à aucun objectif".
Pourtant, selon Het Laatste Nieuws, plus le conducteur roule vite, plus il gagne de points et grimpe dans le classement virtuel. Photographier ou filmer son compteur à 250 km/h sur une portion d’autoroute octroie un bonus et affiche "un très bon score" sur le profil de l’utilisateur. L’application rétribue d’ailleurs les conducteurs pour leurs vidéos : 50 centimes d’euros par tranche de 1000 vues.
Nous avons contacté le concepteur de TripRank, Uros Mijajlovic, pour qu’il nous précise le but de son application. Il nous a répondu par écrit ce vendredi en fin de journée et reconnaît quelques erreurs de communication: "Nous ne cautionnons pas les courses de rue. En réalité, si vous téléchargez l'application, vous constaterez qu'il n'existe aucun classement de vitesse de pointe. Les seuls classements présents concernent la distance totale, la distance par trajet et les trophées (ces derniers récompensant par exemple les séries de jours de conduite consécutifs). Pourtant, nous avons mentionné un "classement de vitesse de pointe" dans notre communication marketing, alors même que l'application n'en proposait pas. Nous en sommes sincèrement désolés et nous désapprouvons totalement de telles pratiques, même si notre communication a pu laisser penser le contraire. Nous avons retiré l'application du marché en attendant une refonte majeure visant à encourager une conduite respectueuse des limitations de vitesse. D'ici là, l'application restera totalement indisponible."
Avec environ 250.000 téléchargements à travers le monde depuis son lancement en début d'année, TripRank connaît un réel engouement sur les réseaux sociaux. On ignore encore le nombre d’utilisateurs en Belgique. Mais elle a tout pour séduire les amateurs(trices) de vitesse, de courses ou de rodéos urbains, qui, parfois, s’identifient un peu trop à la puissance du moteur de leur voiture.
Le mea culpa du concepteur de TripRank et son annonce, ce vendredi soir, du retrait de l'application du marché, tant que la notion de vitesse y apparaît, pourrait apaiser les tensions. Car chez nous, elle a suscité une vive polémique, notamment du côté de VIAS, l’institut pour la sécurité routière: "Comment peut-on inciter les gens à faire des trajets de la manière la plus rapide possible ?", s’offusque Benoît Godard, le porte-parole de VIAS. "La route n’est ni un circuit automobile, ni un terrain de jeu. Chaque année, en Belgique, 450 personnes sont tuées sur nos routes et 45.000 sont blessées. On ne peut pas, d’un côté, faire des efforts pour améliorer les choses et sauver des vies, et de l’autre, avoir ce genre d’application totalement stupide qui incite les conducteurs à rouler de la manière la plus rapide possible".
Pour Régis Kalut, porte-parole de la police fédérale, "ce genre d’application crée une communauté de gens qui vont enregistrer, comparer et diffuser des données qui reflètent un comportement dangereux, donc des infractions importantes à la circulation routière. Cela peut pousser des jeunes ou des personnes influençables à commettre des infractions pour s’identifier à cette communauté. C’est très dangereux". Pour rappel, un excès de vitesse supérieur à 40 km/h de la vitesse maximale autorisée signifie une comparution systématique devant un tribunal de police avec une amende de plusieurs milliers d’euros à la clé et un retrait de permis allant de 8 jours à 5 ans.
Au niveau politique, le cabinet du ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), évalue l’ampleur du phénomène chez nous. Et, en collaboration avec le ministère de la Justice, n’exclut pas l’interdiction pure et simple de l’application TripRank en Belgique.
La mise au point fournie ce soir à la RTBF par Uros Mijajlovic, le créateur de TripRank, devrait, à tout le moins, permettre de clarifier les intentions des uns et les limites autorisées par les autres.