Plus de 6 attaques par jour en moyenne: en Cisjordanie, les violences des colons israéliens ont “dépassé le point de rupture”
En Cisjordanie occupée, les violences, parfois meurtrières, des colons israéliens envers les Palestiniens s'accentuent. Soutenus par le gouvernement de Benjamin Netanyahu qui prône la colonisation, et par une armée complaisante, ils multiplient les actes de harcèlement pour contraindre les habitants...

Un habitant palestinien observe les dégâts dans une tente après que celle-ci a été incendiée lors d'une attaque qui aurait été perpétrée par des colons israéliens dans le village palestinien de Sarra, à l'ouest de la ville de Naplouse, en Cisjordanie occupée par Israël, le 24 juillet 2026. - JAAFAR ASHTIYEH / AFP
En Cisjordanie occupée, les violences, parfois meurtrières, des colons israéliens envers les Palestiniens s'accentuent. Soutenus par le gouvernement de Benjamin Netanyahu qui prône la colonisation, et par une armée complaisante, ils multiplient les actes de harcèlement pour contraindre les habitants palestiniens au départ.
"La situation est terrifiante. Nous sommes encerclés de toutes parts. Tout ici est devenu colonie". Faij Rawabi, 38 ans, résume auprès de l'AFP le quotidien des trois millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie occupée. La violence des colons israéliens s’intensifie, encouragée par un gouvernement qui prône l’annexion du territoire au mépris du droit international.
Cette violence a "dépassé le point de rupture", alertait il y a quelques jours le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Cette année, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) a recensé en moyenne 6,6 attaques de colons par jour ayant entraîné des victimes et/ou des dégâts matériels. Un chiffre supérieur à celui de n’importe quelle autre année.
"Cette violence s'est accentuée depuis des années, mais il y a eu un vrai tournant avec l'arrivée du gouvernement de Benjamin Netanyahu (en 2022, NDLR) qui a développé sa politique de colonisation et qui lâche la bride aux colons les plus radicaux. Puis, après les attaques du 7 octobre 2023", rappelle Jean-Paul Chagnollaud, président d'honneur de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO), contacté par BFM.
Menaces, attaques matérielles et physiques...
Les colons israéliens harcèlent les Palestiniens jusqu'à les pousser à l'exil. Ils s'installent par la violence en multipliant les menaces et les attaques. Ils s'en prennent aux moyens de subsistances en coupant les accès à l'eau et à l'électricité. Ils restreignent l'accès aux pâturages des Palestiniens en construisant des routes ou en clôturant des zones entières, font paître leurs troupeaux, volent le bétail, détruisent les champs agricoles, les cultures ou encore les véhicules.
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Les colons "ont volé des poules, des terres avec des oliviers, abîmé le buisson de sauge de notre jardin avec leurs quads, fait entrer leurs moutons dans notre cour, et bien d'autres choses encore", énumère auprès de l'AFP Amin Rahal, qui habite au nord de la Cisjordanie, près d'une nouvelle colonie implantée début août. Ce qui reste de leur terre au sommet d'une colline n'est jamais laissé "sans surveillance", assure-t-il montrant à 100 mètres en contrebas le toit d'un préfabriqué.
"Notre peur est qu'ils s'en prennent aux enfants, brûlent les maisons, nous attaquent à la nuit tombée et s'introduisent de force chez nous", décrit Amin Rahal. Des incidents qui sont arrivés dans d'autres villages palestiniens.

Le 5 août, à Hébron, une trentaine de colons israéliens ont attaqué la zone de Masafer Yatta, jetant des pierres et des matériaux inflammables sur les maisons et agressant physiquement les habitants, selon le dernier point de situation d'Ocha. Cinq Palestiniens ont été blessés et trois habitations ont été détruites par les flammes. Le 9 août, des colons ont jeté des matériaux inflammables dans une maison alors que ses occupants dormaient.
Le même jour, près de Naplouse, à Qusra, des colons ont assiégé des maisons, bloquant leur approvisionnement en vivres.
Depuis le début de l'année, 79 Palestiniens, dont 18 enfants, ont été tués en Cisjordanie par les forces de sécurité israélienne ou les colons, selon l'ONU. Dont deux ce vendredi 21 août: un homme de 58 ans à Jénine, dans le nord, a été tué par des tirs de l'armée israélienne, et un jeune homme de 17 ans a été "tué par le tir d'un colon" à Saïr, une ville au nord d'Hébron, selon le ministère palestinien de la Santé.
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Depuis octobre 2023, le mois de juillet a été, à égalité avec mars, le mois le plus meurtrier pour les Palestiniens lors d'incidents impliquant des colons. Un pic de violence a en effet été observé entre mars et avril dernier, pendant la guerre israélo-américaine contre l'Iran.
Après des violences près de Naplouse le 24 juillet dernier qui ont provoqué la mort de deux Israéliens et de quatre Palestiniens, les tensions ont été exacerbées. Les deux ministres d'extrême droite, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, ont appelé à ce que les villages autour de Naplouse subissent le même sort qu'à Gaza, la destruction totale. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a quant à lui ordonné une "opération contre-terroriste de grande ampleur" et a sommé l’armée "d’accélérer la légalisation des avant-postes agricoles et la construction de nouvelles implantations".
Depuis 2023, au moins 1.099 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie, selon un décompte de l’AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien. "J’ai connu la guerre dans cette région toute ma vie, mais jamais comme ça", assure à Human Rights Watch Um Muhammad Muammar, 72 ans, une habitante de Qaryut (Naplouse) dont les deux fils ont été tués par des colons.

Depuis le début de l'année, environ 3.800 Palestiniens, dont près de la moitié sont des enfants, ont été déplacés en raison des violences des colons, des démolitions imposées par l'administration civile israélienne et des expulsions.
"Ils procèdent par nettoyage ethnique, c'est-à-dire qu'on nettoie une région - le mot est terrible - des Palestiniens qui s'y trouvent, comme ça s'est fait de manière systématique à Gaza", déplore le président d'honneur de l'iReMMO, Jean-Paul Chagnollaud, précisant que cette "politique de nettoyage ethnique est relativement nouvelle en Cisjordanie".
"Les colons n'ont aucune sorte de limite car ils ont le gouvernement à leur côté. Il faut rappeler que les colons ne sont que les agents d'une politique d'État", insiste le spécialiste de la question palestinienne. "Ce ne sont pas les colons qui font les choses de leur côté, c'est vraiment la mise en œuvre d'une politique gouvernementale qui remonte à très longtemps".
Des colons soutenus par le gouvernement israélien et l'armée
Outre le soutien idéologique, les colons agissent avec "le soutien financier, matériel et juridique de l'État israélien", relève l'ONG Human Right Watch dans un communiqué. D'après le Times of Israël, en mars, le gouvernement a approuvé l'allocation d'environ 50 millions de shekels (14 millions d'euros) a des avant-postes de colonies illégales. Ces avant-postes servent pour lancer des attaques ou constituent des précurseurs à des colonies plus importantes. Avec cet argent, les colons ont pu s'acheter des véhicules, des drones, des caméras, des panneaux solaires, des portails électriques ou encore des lunettes de vision nocturne.
Les financements destinés à la colonisation ont explosé depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël. Selon Amnesty International, le budget du ministère israélien des Colonies et des Missions nationales a augmenté de 122% depuis 2022.
Les colons commettant des actes de violence à l'encontre de Palestiniens sont par ailleurs épargnés par les autorités israéliennes. En 2025, une organisation israélienne de défense des droits humains, Ysh Din, a relevé que sur les centaines de cas recensés depuis 2005, seuls 3% avaient abouti à des condamnations.

Plus globalement, les colons sont soutenus par Tsahal. "Les forces israéliennes tolèrent, ne parviennent pas à empêcher, facilitent ou participent directement aux violences perpétrées par les colons contre les Palestiniens", observe Amnesty International.
"Il y a une collusion à la fois matérielle et idéologique, de plus en plus importante" entre les colons et Tsahal, explique Jean-Paul Chagnollaud. "Les jeunes colons sont très proches des jeunes militaires parce qu'une partie d'entre eux est née dans les colonies", précise-t-il.
Après les attaques du Hamas du 7-Octobre, quelque 5.500 colons de Cisjordanie, réservistes, ont de plus été mobilisés par l'armée israélienne dans des "bataillons de défense régionale". Les armes et les uniformes qui leur ont été distribués servent depuis à commettre des exactions contre les Palestiniens, et entretiennent un flou.

Conséquence de l’accélération de la colonisation: entre 2023 et 2025, 185 nouvelles implantations illégales ont vu le jour et 102 colonies ont été légalisées au regard du droit israélien, bien qu’elles demeurent contraires au droit international.
Sous l’actuel gouvernement israélien, 248 nouveaux avant-postes ont été établis - dont 65 en 2026 au 1er août - selon l’organisation israélienne PeaceNow. À titre de comparaison, entre 1996 et 2023, 151 avant-postes avaient été établis. Quatre colonies, évacuées en 2005 dans le cadre du plan de désengagement de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon, ont par ailleurs été réinvesties une par une cette année. Actuellement, quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie.
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Et à l’approche des élections législatives israéliennes du 27 octobre, cette accélération pourrait encore se poursuivre. Benjamin Netanyahu est "lancé dans une sorte de fuite en avant mortifère", estime Jean-Paul Chagnollaud, président d’honneur de l’iReMMO.