Plus de 6.000 réactions à l’enquête publique sur l’urbanisation de la Friche Josaphat: “On ne peut pas l’examiner avec un PRAS qui date de perpète”
Les opposants à l'urbanisation de la Friche Josaphat, zone naturelle de 25 hectares au cœur de Schaerbeek, enregistrent une participation record dans l'histoire de l'urbanisme bruxellois. Ce alors que le projet de 537 logements porté par le consortium Eiffage-AXA, mandaté par la SAU, revient pour la 4e fois à l'enquête publique. Le collectif Sauvons la Friche estime que l'instruction ne doit pas avoir lieu. Ce que conteste la Secrétaire d'État Audrey Henry.
La participation à l'enquête publique concernant l'urbanisation de la Friche Josaphat explose tous les records. Alors que le dossier reste à l'instruction jusqu'au 26 septembre 2026, "plus de 6.000 réponses" ont déjà été enregistrées selon le collectif Sauvons la Friche Josaphat. D'après le groupe de riverains et naturalistes, la précédente enquête concernant le projet avait rassemblé 2.800 retours citoyens. "Ce qui était déjà un record" à Bruxelles. L'ambition du collectif est d'atteindre les 10.000 réponses.
Cette nouvelle enquête publique se tient dans un contexte juridique qui a évolué par rapport à la précédente mouture du projet, la 3e, examinée en 2025. Lors d'une Commission de concertation houleuse en septembre, et suite à une interpellation citoyenne du Collectif Sauvons la Friche ayant divisé la majorité, la Commune de Schaerbeek avait décidé… de ne pas décider. La patate chaude revenait ainsi à la Région, tutelle de la SAU, son bras armé urbanistique chargé d'urbaniser la friche.
Jusqu'à 537 logements : en plein moratoire de 18 mois, le dossier Josaphat sera de retour à la rentrée de septembre 2026 avec une demande de permis de lotirMais le tribunal de première instance francophone de Bruxelles a ensuite condamné la Région de Bruxelles-Capitale à "prendre les mesures nécessaires pour suspendre l'urbanisation et l'imperméabilisation des sites et terrains non bâtis de plus de 0,5 hectare sur son territoire". Un jugement intervenu suite à une plainte de l'association We Are Nature. En clair, il s'agissait de geler les urbanisations de friches telles que Josaphat ou Marais Wiels et ce "jusqu'à l'adoption du nouveau Plan régional d'affectation du sol (PRAS), ou au plus tard jusqu'au 31 décembre 2026". Un engagement inscrit noir sur blanc dans la DPR, la Déclaration de Politique Régionale du Gouvernement Dilliès, au sein duquel la libérale Audrey Henry endosse les compétences de l'Urbanisme. Cette dernière est aussi Bourgmestre empêchée de Schaerbeek. Suite aux inquiétudes financières de la SAU quant aux pertes liées à la vente des terrains et aux potentiels dédits à verser aux promoteurs, le Gouvernement bruxellois a fait appel de cette décision de justice.
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"On est très surpris de voir le dossier à l'instruction"

Or, selon Sauvons la Friche, la 4e enquête publique en cours ne respecte pas cette même décision de justice. "On est très surpris de voir le dossier à l'instruction", opine Catherine Seigneur, qui représente le collectif. "Nous exigeons que l'instruction n'ait pas lieu. D'abord parce que, suite à la plainte de We Are Nature, le tribunal a conclu que les instruments administratifs régionaux sont obsolètes. Selon la justice, le RRU et le PRAS ne permettent pas de répondre aux enjeux climatiques et du réchauffement. D'où le moratoire, jusqu'à ce que ces instruments soient mis à jour : on ne peut pas examiner la demande à l'aune d'un PRAS qui date de perpète (il date de 2006, NDLR). C'est comme si on jugeait une infraction routière avec un code de la route d'il y a 50 ans : c'est stupide".
guillementOn ne peut pas examiner la demande à l'aune d'un PRAS qui date de perpète. C'est comme si on jugeait une infraction routière avec un code de la route d'il y a 50 ans.
La riveraine pointe aussi "le retard pris par la Région bruxelloise dans ses obligations européennes". Bruxelles pas plus que la Wallonie n'a en effet rempli ses devoirs dans le cadre du plan belge pour la restauration de la nature. Empêchant la Belgique de le rendre dans les délais ce 1er septembre 2026. Le plan exige des États membres qu'ils explicitent les mesures leur permettant de restaurer d'ici 2030 au moins 30 % des habitats protégés jugés en mauvais état. "Or, la Friche Josaphat, c'est un dossier clef sur porte pour la Région bruxelloise", peste Catherine Seigneur. "Dans le texte du Parlement européen, la piste de la préservation des anciennes friches est explicite (c'est en effet le 33e exemple de mesures de restauration encouragé par le texte du 24 juin 2024, NDLR). Et on ne peut pas dire que les parlementaires européens soient un ensemble de gauchos ou de bobos. Ces mesures font consensus, elles dépassent les clivages politiques".
Projet dévoilé pour la friche Josaphat : "Ce n'est plus du greenwashing, c'est de la fumisterie"La représentante de Sauvons la Friche explique bien entendu l'augmentation des oppositions citoyennes au projet par cet été 2026 dramatique. D'autant plus que l'essentiel de la bétonisation est prévu sur la zone à la plus haute valeur biologique. "Si ça prend tant d'ampleur, c'est parce que tout ce qu'on martèle devient évident, malheureusement. Il faut protéger les espaces verts dans la ville. Bâtir n'a aucun sens si on veut une Bruxelles résiliente. Dans ce dossier, on dépasse le rationnel, tout le monde s'arc-boute sur ses positions de départ. La population comprend clairement que bâtir ne devrait même pas être une discussion : quand le politique va-t-il enfin être à la hauteur de ses citoyens ?"
guillementNous demandons au MR de respecter ses engagements et de protéger la friche. Même son Président Georges-Louis Bouchez s'y est engagé.

Le collectif Sauvons la Friche Josaphat enjoint les citoyens à utiliser ses formulaires pour manifester son opposition au projet d'ici la fin de l'enquête publique ce 26 septembre 2026. Il interpellera une nouvelle fois le collège communal schaerbeekois ce mercredi 16 septembre, l'invitant à se positionner clairement contre le permis. "Nous demandons au MR de respecter ses engagements et de protéger la friche. Même son Président Georges-Louis Bouchez s'y est engagé". En 2022, le Montois a en effet qualifié la friche de "Hautes Fagnes bruxelloises" lors d'une visite sur place avec David Leisterh, alors en campagne pour la Ministre-présidence bruxelloise aux élections régionales de 2024. "Audrey Henry ne semble pas suivre la ligne de son parti", déplore cependant Catherine Seigneur sur base des dernières déclarations de la Secrétaire d'État (lire ci-dessous).
En répondant massivement à l'enquête publique, les citoyens semblent espérer que la petite comparaison de GLB avec les Fagnes ne sera pas prémonitoire et que la friche ne cramera pas sous les appétits immobiliers régionaux.
"Nous ne sommes pas tous égaux devant la mort climatique": We Are Nature exige les chiffres des hospitalisations et décès dus aux canicules à BruxellesAudrey Henry: "Tant que le PRAS n'a pas été formellement transformé et approuvé, les dossiers doivent continuer à être instruits"

"Il y a d'une part le temps de l'instruction, durant lequel l'administration doit traiter les dossiers dont elle est saisie, dans le respect des règles et des missions qui lui sont confiées, et d'autre part le temps politique. C'est sur ce point que la confusion semble apparaître", explique Audrey Henry, Secrétaire d'État à l'Urbanisme (MR), lorsqu'on lui demande pourquoi l'instruction du dossier de la Friche suit son cours malgré le moratoire. "Je ne peux pas demander à l'administration de ne pas exercer ses missions ou de prendre une décision contraire aux règles pour répondre à une orientation politique", plaide la libérale.
"Le gouvernement bruxellois a décidé d'un gel du développement du site, et cette décision sera respectée : aucun permis ne sera délivré pendant cette période de gel", continue Audrey Henry. "Pour autant, il ne me semble pas souhaitable qu'une procédure administrative soit interrompue ou bloquée en cours d'instruction du seul fait d'une décision politique, alors même que celle-ci ne remet pas en cause, à ce stade, le cadre dans lequel l'administration doit examiner le dossier".
guillementJe ne peux pas demander à l'administration de ne pas exercer ses missions ou de prendre une décision contraire aux règles pour répondre à une orientation politique.
Concernant les exigences européennes, la Secrétaire d'État à l'Urbanisme reconnaît que "les règles européennes doivent effectivement être transposées dans le droit belge et bruxellois. Pour autant, il serait inexact de dire que rien n'est fait aujourd'hui. Le PRAS est en cours de révision, ce qui nécessite du temps, des analyses et un travail conséquent. Il serait donc irréaliste de considérer qu'une telle réécriture puisse se faire d'un coup de baguette magique". Là encore, la libérale insiste : "Cette révision ne peut toutefois pas avoir pour conséquence de suspendre de manière générale l'instruction ou la délivrance des permis au niveau régional. Cela reviendrait à considérer que plus aucun projet ne pourrait avancer tant que le PRAS n'a pas été modifié et approuvé, ce qui ne correspond pas au cadre actuel. Le PRAS constitue une priorité pour moi et pour le Gouvernement bruxellois. Mais tant qu'il n'a pas été formellement transformé et approuvé, les dossiers doivent continuer à être instruits dans le respect des règles actuellement en vigueur".
"Le MR ne décide pas seul"
Quant au souhait des riverains et naturalistes de voir le MR "respecter ses engagements", Audrey Henry rétorque que "la DPR prévoit un gel du développement du site, à l'issue duquel le Gouvernement bruxellois devra prendre une décision. Des groupes de travail étudient actuellement la question afin d'alimenter et d'éclairer la décision du Gouvernement lorsqu'il sera amené à se prononcer".
Et la Bourgmestre empêchée de Schaerbeek de conclure : "J'ai pu éclairer ma position tant lors de précédents conseils communaux qu'au Parlement bruxellois. Que ce soit au niveau régional ou communal, le MR n'est pas seul à décider".
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