Plus de 6.000 hectares parcourus, des milliers d’évacuations, deux morts : il y a 5 ans, l’incendie de Gonfaron ravageait le paysage varois
Déclaré le 16 août 2021, l’incendie de Gonfaron a été éteint dix jours plus tard, après avoir détruit 6.832 hectares, ce qui en fait le sinistre le plus important de la zone sud depuis 1990. Un feu hors-norme, à l’image de celui du Gros Bessillon, qui vient d’être éteint dans le centre Var.
L’incendie du Gros Bessillon, qui a ravagé le paysage du centre Var cet été, est d’une ampleur remarquable. C’est même le plus long feu du département. Il n’atteint toutefois pas le niveau de celui qui « célèbre » cette année un bien triste anniversaire : le feu de Gonfaron.
Avec un total de 6.832 hectares détruits, l’incendie qui a sévi entre le lundi 16 et le jeudi 26 août 2021 surpasse le sinistre de 2026, « seulement » coupable d’avoir impacté quelque 6.300 hectares.
Le feu de Gonfaron, plus gros feu varois depuis 1990, reste, cinq ans après, dans toutes les mémoires. Et si les paysages ont retrouvé, peu à peu, des couleurs, si la végétation, aidée parfois par la main de l’homme, a repris ses droits dans les zones impactées, l’incendie reste un traumatisme pour bon nombre de témoins de l’époque.
Petit retour en arrière, avec quelques-uns de ceux qui ont vécu le drame.
La faune et la flore retrouvent des couleurs
Camille Dodet
Car le feu de Gonfaron, c’est avant tout cela : un drame. Deux personnes y ont perdu la vie. Un homme, âgé d’une cinquantaine d’années, décédé dans sa propre maison au Val de Gilly, sur la commune de Grimaud, près d’une jeune femme de 32 ans, qui était en vacances ici pour quelques jours, dans une location saisonnière. Une trentaine de blessés, et de nombreux dégâts matériels, sont aussi à déplorer dans les communes touchées par les flammes (1).
Photo F. M.
Sur l’environnement aussi, les pertes sont considérables. « Une catastrophe écologique », disait à l’époque la responsable de la réserve naturelle de la plaine des Maures. Catastrophe qui reste encore visible aujourd’hui. « Les chênes-lièges reprennent vie, un peu, constate Gregor Garnier, président société de chasse du Luc-en-Provence. Mais sinon, ce qui a repris, c’est du taillis. »
Au niveau de la faune, impactée elle aussi, c’est plus rassurant : lièvre, lapins, chevreuils, sangliers… « Ils sont de retour dans les forêts. Ceux qui ont le plus souffert, ce sont les reptiles et les insectes. » Et le chasseur de conclure : « Que ce soit au niveau de la faune ou de la flore, ça mettra pas mal d’années pour revenir à l’état d’origine. »
En 37 minutes, le feu a parcouru 10 hectares
Camille Dodet
L’état d’origine, c’est celui d’avant le feu. Avant ce fameux lundi 16 août 2021. David Michel est employé au circuit du Var, au Luc. Ce jour-là, il est en poste au niveau de l’entrée, pour le contrôle du pass sanitaire. On est en plein Covid, et il s’agit de vérifier les entrées au circuit, qui est occupé par des motos pour deux jours. Le site est situé à quelques dizaines de mètres seulement de l’aire des Sigues, d’où les flammes sont parties.
Frank Muller / Nice-matin
« J’étais pompier volontaire à l’époque, se souvient David. Forcément, en été, le risque incendie reste dans un coin de ma tête. » Les vents et la chaleur de ce lundi ne font que redouter le pire, mais « on ne s’attendait pas à ça ».
Le feu de Gonfaron se déclare à 17 h 43. Et il est d’une violence impressionnante.
« J’étais en train de sortir de la mairie, raconte pour sa part Thierry Bongiorno, maire de Gonfaron encore aujourd’hui. On m’appelle, et on m’informe qu’un départ de feu est constaté. Le temps que j’arrive sur place, le feu avait déjà sauté par-dessus le circuit du Var. »
Au circuit, justement, David poursuit : « À un moment, je lève les yeux, et je vois le panache de fumée. Je comprends tout de suite que ça va être un feu important. » Très vite, avec le personnel du circuit, David fait évacuer le site. « Certains voulaient rester, mais c’était vite évident qu’il fallait partir. »
« Une première nuit cataclysmique »
Camille Dodet
Au moment de partir, après avoir vérifié qu’il ne restait personne sur place, David croise un groupe de pompiers. « Ils me demandent d’ouvrir le circuit, ce que je fais. Je me mets évidemment à leur disposition. »
Dès le départ, quatre groupes d’intervention, la colonne sud-est, trois hélicoptères bombardiers d’eau, un Dash et deux Canadairs sont activés en première intention. En 13 minutes, le feu a déjà parcouru 3 à 4 hectares. Moins d’une demi-heure plus tard, c’est 10 hectares.
« Je suis resté toute la nuit, reprend David. On était en soutien aux pompiers, pour une aide logistique. » Il faut dire que le Poste de commandement s’implante vite sur place. « C’était une première nuit cataclysmique, se souvient Thierry Bongiorno. J’étais avec Dominique Lain [maire du Luc de l’époque, NDLR], sur place. Le feu a léché le circuit, puis s’est dirigé vers la plaine, et le sud. »
Dix jours de lutte pour un bilan dramatique
Photo doc Frank Muller / Var-matin
La suite, c’est donc dix jours de lutte acharnée, des évacuations par milliers, des victimes, des dégâts. C’est aussi d’innombrables enquêtes menant à un rapport de retour d’expérience mettant en lumière notamment la nécessité d’insister sur les obligations légales de débroussaillement. C’est aussi des pistes à explorer, comme celle du pare-feu agricole, soutenue par Thierry Bongiorno.
Photo Franck Fernandes
C’est aussi ce regard, forcément particulier, que les acteurs du feu de Gonfaron portent sur le sinistre du Gros Bessillon. « Je comprends et je sais le profond désarroi, la tristesse de mes collègues maires du feu du Gros Bessillon et de Taradeau, ainsi que les habitants et victimes de ces feux », lâche le maire de Gonfaron.
Autant de sinistrés d’aujourd’hui, soutenus par ceux d’hier. Avec le vain espoir de ne pas avoir à soutenir à leur tour les sinistrés de demain.
1. Gonfaron, La Garde-Freinet, Le Luc, Vidauban, Les Mayons, Le Cannet des Maures, La Môle, Grimaud et Cogolin.